‹ Étude Critique des Traitements des Prolapsus du RectumChapitre 29 sur 42 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Prolapsus du rectum, complet, réductible, de 6 à 7 centimètres de long. Rectopexie postérieure. Guérison complète (Pas de récidive après 17 mois). M. Lejars, Gazette des Hôpitaux, no 67, année 1803.

Il s’agit d’un homme de 39 ans, assez vigoureux et de taille moyenne. Depuis 6 ans, employé chez un marchand de papiers en gros, il passe ses journées à soulever, porter et déplacer de lourds ballots. Un an auparavant, il s'était aperçu que, durant ses efforts, une grosseur lui sortait par l'anus ; cette hernie se reproduisait pendant la défécation, si bien qu’à chaque fois, il devait en pratiquer la réduction avec les doigts.

Dés lors, le prolapsus ne fit que s’accroître : il avait acquis le volume d’une grosse mandarine, au dire du patient; il ne saignait jamais ou à peine; mais se herniant au moindre effort, et dans la position accroupie, il provoquait une gêne considérable.

La constipation qui était habituelle, n'était pas, du reste, pour améliorer l’affection rectale.

Ce fut en cet état que le malade vint nous trouver le 6 octobre 1891, à l’hôpital de la Pitié. Le prolapsus complet, aisément réductible, mais retombant bientôt, mesurait de 6 à 7 centimètres de long ; l'orifice était bien central et la longueur du boudin prolabé égale sur tout son pourtour. Le sphincter avait conservé une certaine tonicité, bien que très dilatable sous la simple pression du doigt.

Je proposai au malade la rectopexie qui fut pratiquée le

14 octobre 1891, sous le chloroforme. Désinfection soignée de toute la région, le prolapsus est réduit.

On commence en arrière de l’anus, aux deux extrémités de son quart postérieur, deux incisions obliques en arrière et en dehors, puis coudées à angle très obtus, qui viennent se rejoindre sur la face postérieure du coccyx à un centimètre et demi de sa pointe.

On délimite ainsi un lambeau losangique émoussé à son angle antérieur. À ce niveau, on incise la peau de la marge, en reliant par un trait courbe les deux côtés antérieurs du losange; les fibres du sphincter sont légèrement entamées, mais la tonicité du muscle étant conservé en partie, il paraît inutile d’en réséquer un sesment. La dissection amorcée, le lambeau cutané est disséqué à petits coups et rétracté en arrière.

La loge graisseuse rétro-rectale se trouve, dès lors, largement ouverte : les pelotons adipeux sont écartés et dissociés et la paroi de l'intestin apparaît blanchâtre, au fond de la plaie.

Une longue aiguille courbe est enfoncée sur les côtés de la base du coccyx, et, menée très obliquement, vient sortir dans la plaie, près de la pointe de l'os : elle traverse non seulement la peau, mais les parties fibreuses latéro coccygiennes, et le fil de soie qu’elle entraîne est presque vertical ; l’autre bout, du même fil, est alors conduit horizontalement, dans l'épaisseur de la paroi rectale postérieure, qu’il suit dans une largeur aussi grande que possible; puis il est repris par laiguille courbe menée symétriquement du côté opposé au coccyx.

Nous avons de la sorte une première anse de fil, presque verticale : trois autres, entièrement semblables, sont passées au dessous, à une distance réciproque de 5 à 6 millimètres. Pour thacune d’elles, la traversée rectale est aussi large que pos-

sible; pour toutes aussi, les points de sortie des fils, à la V. SE CS

nm ot

peau, sont notablement plus élevés que la partie moyenne de l’anse.

Cela fait, les extrémités gauches des fils sont nouées deux à deux et de petits cylindres de gaze iodoformée interposés sous chacun dcs nœuds; puis les extrémités droites sont tirées et bien tendues, de façon à largement appliquer la paroi rectale postérieure contre le coccyx et les parties molles superficielles : à leur tour, elles sont nouées deux à deux. Il ne reste plus qu’à suturer au crin de florence les deux lèvres cutanées ; les deux fils sont passés en plein sphincter, et le froncent en l’épaississant

dans sa moitié postérieure.

Pas de draïn ; pansement à la gaze iodoformée ; large enve-

loppement ouaté.

On ne leva le pansement qu’au sixième jour ; la réunion sem-

blait assurée et quelques fils superficiels furent enlevés; les fils profonds, suspenseufs, restèrent en place jusqu’au quinzième jour. Au cinquième jour, eut lieu la première selle, sans incident. On maintint le malade au lit pendant trois semaines.

Le prolapsus n'existait plus ; au moment des selles, rien re paraissait ; et, au bout d’un mois, l’opéré quittait Phôpital.

Il revint nous voir tous les quinze jours, jusque dans le courant de janvier 1892; la guérison persistait, les selles étaiert régulières. À lexamen de Ja ,région anale, on ne voyait rien d’anormal ; à peine si, pendant les efforts, on décou\rait, en étalant l’anus, un léger bourrelet muqueux circulaire, qui n’en débordait pas Porifice.

. Le malade ne se rendait nullement compte de l’existence de ce bourrelet, il ne le sentait pas, il n’en éprouvait aucure gêne, et il refusa la cautérisation complémentaire que je lui pro-

posai.

Notre opéré reprit son travail, dans la même maison, soule-

vant et portant des charges, comme devant; aucun nouvel accident n’est survenu.

OI

Il y à aujourd’hui (1) dix-sept mois, que la rectopexie a été

pratiquée; le prolapsus n’a pas récidivé. On constate, lors des

grands efforts, ce léger bourrelet muqueux dont nous parlions

plus haut, mais il n’a pas grossi depuis quinze mois et pas

plus aujourd’hui qu’à la fin de 1691, notre homme n’en est incommodé.

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