‹ Étude critique du traitement des épithéliomas des paupièresChapitre 8 sur 49 · II. — Conditions prédisposantes · texte numérisé non relu

II. — Conditions prédisposantes

Nous avons vu plus haut que l’épithélioma des paupières atteignait le plus souvent des sujets très âgés. En dehors de cette question d'âge, diverses hypothèses ont été émises : l'exposition aux intempéries, le soleil, la malpropreté, pourraient jouer un rôle dans l’apparition du néoplasme. L'irritation chronique est parfois incriminée; c’est ainsi qu'on voit des malades accuser leur pince-nez du développement d’un épithélioma à l’angle interne des paupières. De même on accuse parfois les inflammations chroniques, quoique, d'après Morax, les états pathologiques locaux ne semblent pas jouer un rôle évident dans l’apparition du cancer cutané; il signale cependant un cas d’épithélioma marginal, ayant succédé à une blépharite chronique avec entropion et trichiasis; 5 malades du Docteur Appelmans accusaient de même une blépharite sèche, eczémateuse, très tenace.

Borrel envisage le rôle possible des démodex : pour cet auteur, ils seraient les agents d’inoculation d'un virus inconnu, qui provoqueraient l'infection cancéreuse.

Le cancer peut aussi avoir comme point de départ une

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cicatrice, un lupus, une tumeur bénigne, tel un papillome. Assez souvent, il prend naissance au niveau de ces croûtes brunâtres, adhérentes, des gens âgés, appelées crasses séniles : ce sont des hypergenèses épithéliales cutanées, constituant un stade précancéreux.

IT. — Aspect clinique.

Considéré tout à son début, quelle que soit la forme clinique qu'il prendra ultérieurement, l’épithélioma des paupières a toujours sensiblement le même aspect : il s’agit d’une petite saillie cutanée limitée, semblable à une petite verrue, ou à un petit « bouton », comme disent souvent les malades. Ce bouton est dur, rosé, grisâtre ou jaunâtre. Il se recouvre d’une squame cornée; le malade se gratte, la squame arrachée se reforme et finit par devenir une croûte brunâtre qui recouvre une petite ulcération.

Ultérieurement, s’'individualiseront les divers aspects cliniques que nous allons décrire.

Les aspects les plus souvent observés correspondent au type basocellulaire; ce sont : l’ulcus rodens, l'épithélioma plan cicatriciel et l’épithélioma térébrant.

1° L'ulcus rodens. — I se développe assez souvent sur une crasse sénile. Une fois développé, c’est une ulcération creuse à base et à bords indurés. Les bords forment un léger bourrelet d’un diamètre de 4 à 3 millimètres environ, Le fond jaunâtre ou jaune brun ne saigne pas et paraît sec.

2° L'épithélioma plan cicatriciel. — Il a aussi assez souvent pour point de départ une crasse sénile. Celle-ci se recouvre de croûtes épaisses qui, une fois tombées, découvrent une petite ulcération. Comme son nom l'indique, ses bords ne fonf pas saillie. L'ulcération progresse en certains points, pendant qu’en d’autres se forme une cicatrice déprimée irréeulière. Ce type: d'épithélioma progresse lentement; il peut durer des années. À a longue, il creuse les téguments et peut causer d'importantes mutilations.

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3° L’épithélioma térébrant. — Le plus souvent, il est l’aboutissant des deux’ formes précédentes. Ici, l’ulcération qui s’est formée progresse plus en profondeur qu’en surface; il finit par se produire un cratère et des cavités, dont la surface est granuleuse, rouge, suintante, et qui sont entourés d’une induration limitée.

Au niveau des paupières, on rencontre moins souvent des épithéliomas du type spinocellulaire; les aspects cliniques observés sont les suivants

1° L’épithélioma papillaire ou superficiel végétant. — Il se développe volontiers sur une kératose sénile, une lésion inflammatoire chronique. L’élevure verruqueuse qui est à son origine, au bout d’un temps plus ou moins long, s'étale en une tumeur saillante, limitée par un bord relevé en ourlet. Le centre présente des villosités engainées par des croûtes cornées adhérentes. Cet épithélioma saigne facilement. Au cours de son évolution, il peut s’ulcérer et aboutit à la longue à la forme cancroïde.

2° L'épithélioma papillaire sans revêtement corné. — II a une surface rouge. Son évolution est lente et bénigne, mais il peut cependant se transformer en cancroïde.

3° L’épithélioma cancroïde. — Relativement rare, il peut apparaître sur une lésion chronique, une cicatrice de brûlure, un lupus. A son début, il est représenté par un tubercule grisâtre recouvert de squames et de croûtelles. Il gagne en profondeur, rougit, s’ulcère. Il arrive à former une tumeur assez volumineuse, dont les bords sont renflés en bourrelets plus ou moins kératosiques. À sa partie centrale, on voit une érosion, puis une ulcération à bords taillés à pic, irrégulière, grisâtre, sanieuse, saignant très facilement, d'où s’échappent les vermiottes classiques; elle gagne en profondeur, la gangrène peut entrer en jeu et les ganglions s’infecter.

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