EXAMEN DE LA PIECE
La jambe amputée a été disséquée aussitôt après l’opération.
On trouve :
Un anévrysme fusiforme, long de 15 centimètres, oceupant l'artère poplitée sur presque toute sa hauteur.
Son pôle supérieur s'arrête à deux centimètres au-dessous de l’anneau de Hunter.
Son pôle inférieur à un centimètre au-dessus de l’anneau du soléaire. =
Ïl a la forme d’un sablier, avec :
a) Une poche supérieure, allongée, du volume d’un très gros citron.
b) Une poche inférieure plus petite, arrondie, du
volume d’une petite mandarine.
nn, “
(1) Anévrysme poplité total — en sablier. Vue: antérieure. (2) Id. Section transversale de la poche supérieure. (3) Id. Vue postérieure après section longitudinale.
Les deux poches sont séparées par un point rétréci, dont le diamètre cependant dépasse notablement le calibre de l’artère normale.
Les poches sont extérieurement irrégulières, recouvertes par endroit de lobules graisseux. Elles adhèrent peu aux autres organes du creux poplité.
Un peu au-dessus de la poche supérieure, on voit l’origine de la grande anastomatique ; il n’a pas été possible de disséquer l’origine des artères articulaires.
Au-dessus de l’anévrysme, l'artère poplitée a un calibre à peu près normal ; au-dessous, elle est doublée de volume, sa paroi a une coloration grisâtre.
Le sac ouvert dans toute sa longueur, on constate :
Que la paroi anévrysmale a une épaisseur variable suivant les points examinés : épaisse par endroits, elle est mince en d'autres.
Le sac supérieur est rempli de caillots rouges cruoriques, adhérents à toute la paroï, comblant presque entièrement la cavité du sac, sauf au centre où il persiste une lumière étroite dans laquelle on trouve un peu de sang liquide.
Par contre, le sac inférieur est entièrement comblé par un caïllot grisâtre très adhérent qui descend jusqu’à l’origine du tronc tiblo-péronier et pénètre même jusque dans la lumière de l’origine des branches de bifurcation.
La veine poplitée, qui descendait le long de la paroi postérieure de l’anévrysme, était appliquée étroitement contre elle, mais facilement disséquable au bistouri, sauf au niveau du point rétréci du sac.
RE) Ne
Anévrysme et veine, ainsi accolés, n'étaient pas adhérents aux organes voisins ; pas de gangue inflammatoire autour d'eux. |
Les nerfs sciatique-poplité interne et externe, d'aspect, de volume, de forme, de coloration normales, n'étaient nullement adhérents au sac vasculaire.
L'examen histologique de la pièce que nous devons à l’obligeance et à la haute compétence de M. le docteur Rubens-Duval, a donné les renseignements suivants :
. @1° Coupe de l'artère fémorale au-dessus de l’ané- Urysme : :
Les trois tuniques sont nettement distinctes les unes des autres.
a) La tunique externe est formée de faisceaux conjonctifs et de fibres élastiques. Les faisceaux conjonctifs ‘sont isolés ou réunis en lames fibreuses. Dans leur ensemble, ces formations sont allongées suivant la longueur du vaisseau. Les fibres élastiques, volumineuses, sont orientées de même et d’autant plus nombreuses qu’on se rapproche davantage de la tunique moyenne. La tunique externe est indemne de lésions et est du type normal.
b) La funique moyenne, musculaire lisse, ne renferme qu’un délicat réseau de très fines fibres élastiques, flexueuses, et elle apparaît ainsi très nettement délimitée sur les .coupes colorées à l’orcéine: en dehors, par les grosses fibres élastiques de la tunique externe ; en dedans, par la lame élastique interne très forte et souvent double. Cette
SA
tunique moyenne, d'épaisseur inégale suivant les points examinés, est altérée. On note une atrophie des fibres musculaires lisses et un développement du tissu de sclérose tels que les éléments musculaires lisses et les faisceaux conjonctifs interviennent à peu près pour parties égales dans la structure de cette tunique.
c) La tunique interne est encore plus altérée. D'une manière générale, elle est épaissie, mais cet épaississement varie du simple au décuple suivant les points examinés et peut dépasser un millimètre. La lame élastique interne, le plus souvent dédoublée, a disparu au niveau
d’un petit foyer d’athérome développé à la limite-de la
tunique interne et de la tunique moyenne.
En dedans de la lame élastique interne, on trouve un plus où moins grand nombre de lames élastiques plus minces, prenant moins bien l’orcéine, s’entremêlant en un feutrage de moins en moins épais lorsque l’on s'éloigne de la lame élastique interne et qui se réduit dans les parties superficielles de l’endartère en un réseau délicat de très fines fibres élastiques.
Dans l'épaisseur de cette endartère sont développés des nodules fibreux, scléreux, formés de gros faisceaux conjonctifs, denses, hyalins, et des lésions athéromateuses avec cellules en voie de dégénérescence graisseuse et début d'infiltration calcaire.
Le revêtement endothélial, conservé par places, est d'aspect normal. |
À mesure que l’on se rapproche de l’anévrysme, l’atrophie de la tunique moyenne musculaire lisse s’accentue, l’épaississement et les lésions athéromateuses de la tunique interne augmentent, l’endothelium disparaît; des caillots fibrineux adhèrent à la tunique interne partiellement dépouillée de son endothelium.
Au niveau du collet de l’anévrysme, la tunique moyenne a disparu et la paroi est formée par une couche de tissu fibreux plus ou moins hyalin, dépourvu de fibres élastiques et contenant des cristaux d'acides gras, couche
formée par l’adossement de la tunique interne à la tunique externe, devenues méconnaissables toutes les deux.
2° Coupes de l’anévrysme.
La paroi de l’anévrysme est formée de lames fibreuses superposées. Le tissu fibreux, très dense, pauvre en cellules, est presque hyalin. Dans cette paroi fibreuse persistent cà et là des formations élastiques fragmentaires et irrégulières. Cette paroi est doublée en dehors de tissu conjonctif lâche et de tissu adipeux qui semblent se condenser et s’enrichir en fibres élastiques au contact de l’anévrysme. En dedans, la paroi fibreuse est tapissée de caillots fibrineux anciens. Dans les interstices des lames fibrineuses, on voit en assez grande abondance du pigment ocre, reli-
quat d’hémorragies intersticielles anciennes.
3° Coupes de l’artère au-dessous de l’anévrysme.
Au-dessous de l’anévrysme, les lésions sont bien moindres et surtout moins étendues. Rapidement, l’épaissis-