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LES SYMPTOMES

1° Période de début. — D'après les descriptions classiques, les symptômes qui traduisent le début et sollicitent la recherche d’un anévrysme poplité sont les suivants :

Parfois des phénomènes de claudication intermittente ou de dérobement du membre traduisant un certain degré de gêne dans la circulation artérielle.

Parfois des symptômes de compression veineuse : œdème de la jambe et du cou de pied, d’abord transitoire, n’apparaissant qu'à la fatigue, ou si discret qu'il n’est décelable qu’à la mensuration du mollet ; ou bien apparition de varices sous-cutanées traduisant une gêne de la circulation veineuse profonde.

Tantôt ce sont des troubles nerveux :

Troubles sensitifs : soit simples fourmillements et sensations d’engourdissement du membre, soit des phénomènes

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douloureux véritables, à type névralgique, douleur siégeant le long des nerfs de la jambe.

Troubles moteurs : soit du côté des extenseurs (sciatique poplitée externe), soit du côté des fléchisseurs (übial postérieur).

.. Troubles trophiques : atrophie musculaire, ulcérations à type de mal perforant, déformations des ongles, chute des poils, etc.

Tantôt, enfin, des phénomènes purement mécaniques :

limitation du mouvement de flexion de la jambe.

Rien de semblable chez notre malade.

M. M... était un homme relativement actif, circulant normalement, gêné seulement par un état d’emphysème pulmonaire provoquant une dyspnée très pénible à l'effort et dans le décubitus dorsal.

Jamais il n'avait éprouvé le moindre symptôme de gêne fonctionnelle ou de douleur du côté des membres inférieurs.

La première manifestation a été chez ui l'apparition brusque d’engourdissement du pied, avec impossibilité absolue de faire aucun mouvement, de refroidissement avec pâleur des téguments; bref, de signes parüculièrement nets d'une embolie artérielle périphérique.

C’est là, nous semble-t-il, un début assez rare et que nous n avons pas trouvé signalé dans les descriptions et les observations que nous avons parcourues.

Les phénomènes d'ischémie locale, pâleur, refroidis-

RENE À Pme

sement, durent trois jours, au bout desquels la circulation se rétablit, au moins suffisante pour éviter toute lésion des téguments.

Mais l'impotence du membre reste complète et dès ce moment apparaissent des douleurs dont l'intensité devient telle qu’elles constituent bientôt le symptôme capital chez notre malade.

Ces douleurs siègent surtout au dos du pied et dans la région du mollet, le long du trajet présumé du nerf tibial postérieur. Elles prennent bientôt un caractère si violent et si contimu qu elles nécessitent l'emploi répété de morphine.

2° Période d’état. — Lorsque le malade est examiné à Paris, le 10 septembre, par notre maître le docteur Hugnier, il présente tous les signes physiques d’un anévrisme poplité bien caractérisé. On trouve dans la région poplitée deux tumeurs :

L'une, supérieure, derrière le fémur, a tous les caractères classiques d’un sac anévrysmal.

C'est une tumeur renittente, animée de battements synchrônes au pouls et de mouvements d'expansion ; elle est partiellement réductible à la pression.

A l’auscultation au stéthoscope, on trouve vers la partie supérieure de la tumeur un souffle continu à renforcement systolique.

Enfin, la compression de la fémorale à la cuisse fait disparaître tous ces phénomènes.

Plus bas, une seconde tumeur un peu moins volumi-

neuse est dure, non réductible, et ne présente ni battements, ni mouvements d'expansion.

Sans l'existence de la poche supérieure, on aurait pu croice à un ganglion. On y pensa même un instant ; c'est là une erreur classique et tous les traités citent le cas des quatre chirurgiens de l’Hôtel-Dieu qui, croyant imciseï des adénites suppurées, ouvrirent des anévrysmes pophiïés enflammés.

Au-dessous de ces deux tumeurs, sur le trajet de la tibiale postérieure et de la pédieuse gauches, les batiements ont entièrement disparu.

À droite, au contraire, la tibiale postérieure est netiement perceptible derrière la malléole interne.

Au Pachon, on ne trouve de même, à la jambe gauche, que quelques petites oscillations et il est imposable de mesurer une tension quelconque ; à droite, la tension est à peu près normale. (T. max. 14 ; T: min. 7).

Nous avons déjà signalé l'intensité et la précocité d'apparition des phénomènes douloureux chez notre malade. Ces douleurs spontanées ont débuté quelques jours après les accidents d’embolie périphérique du débui.

Peut-être faut-1l chercher l’explication de leur intensité dans l’étai général et l'état nerveux du sujet qui, à deux reprises déjà, à l’occasion de lésions ou d’affeciions peu graves, avait accusé des réactions douloureuses très marquées. 3

Quant à eur cause véritable, 1l nous est difficile de conclure d’une façon précise.

Au point de vue objectif, l'examen de la jambe permettait de localiser nettement à la pression des points douloureux sur le trajet du nerf tibial postérieur.

Faut-il voir là de simples phénomènes de compression, ou, comme le voulait Liston, y a-t-il eu après l’embolie procédé, l’anévrysmorraphie oblitérative... » l’artère du nerf tibial postérieur ?

Peu de troubles trophiques ; seulement un aspect luisant et squameux des téguments. L’ongle du gros orteil est atteint d’onychogryphose, mais cette déformation est ancienne.

3° Evolution. — Elle est caractérisée chez notre malade par le développement très rapide de la poche anévrysmale. Au bout de quinze jours (deuxième examen le 24 septembre) ,on note :

Une augmentation notable du volume de la tumeur supérieure qui bat sur le côté interne de la cuisse ; elle remonte à quatre travers de doigt au-dessus du condyle interne.

Il existe une atrophie du mollet gauche dont le volume a diminué par rapport au mollet droit.

L’amplitude des mouvements de flexion n’atteint plus que l’angle droit.

Enfin, les douleurs ont pris un caractère d'intensité telle qu’elles privent le malade de sommeil, réagissent sur son état général.

L'ensemble de ces faits commande donc d’agir rapi-

dement.

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