‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 43 sur 48 · SUCCESSION DE BOSSUET · texte numérisé non relu

SUCCESSION DE BOSSUET

L'abbé Bossuet, ayant renoncé à son titre de légataire universel et à celui d'héritier, n'en gère pas moins les affaires xle la succession de son oncle, « le petit Cornuau », son intendant, étant tuteur de « la petite demoiselle Marguerite Bossuet », héritière bénéficiaire.

Bossuet, durant son épiscopat, a omis de contribuer pour une moitié aux réparations de la cathédrale, l'autre moitié incombant au chapitre. Il a omis encore de donner, selon l'usage, à la cathédrale un ornement complet en drap d'argent pour sa participation aux frais des ornements sacrés. Les chanoines réclament, aux requêtes du palais, 5.000 livres sur devis des hommes de l'art. L'ai bé fait si bien par ses sollicitations à la Cour que la somme des réparations est réduite à 1.400 livres. Quant à l'ornement, celui qu'il a donné de lui-même est censé acquitter celui dû par son oncle. C'est tout ce que l'Eglise de Meaux hérite de Bossuet.

Le palais épiscopal ne doit rien garder de lui. Bissy ayant été préconisé le iG janvier, et le 9 février, le gratis complet de ses Bulles lui ayant été accordé en consistoire « pour ses grands mérites, eximia ejiis mérita », a pris possession de son siège le 10 mai. L'abbé Bossuet lui a proposé de lui céder le mobilier de la succession pour 21.000 Uvres. Bissy en offrant 20.000, le tapissier des frères Bossuet qui en offre 20.800, à la préférence; puis il est écarté, l'abbé pensant qu'une vente aux enchères donnerait plus d'argent. Tout est vendu à Meaux, puis à Germigny, bien qu'ici

Bissy ait ajouté 400 livres à l'estimation faite par le tapissier. Des objets ayant appartenus à Bossuet, il ne restera à Meaux que l'ornement dû à la cathédrale, et aujourd'hui disparu.

L'irritation, à cette heure, de l'abbé contre l'évêque est vive. Bossuet avait reçu des héritiers de son prédécesseur Ligny, une somme due à la mense épiscopale, et ne l'y avait point remise ; il avait négligé les réparations obligées des deux résidences épiscopales ; il avait commis à son profit des dégâts dans les bois de l'évêché, et y avait coupé annuellement une quarantaine de chênes au delà du chiffre normal : justice était à faire sur tout cela. L'abbé ne cherchant qu'à se dérober, Biss}^ se voit contraint de la réclamer aux tribunaux. Le cardinal de Noailles intervient, disant : Nous les e?npécherons bien de plaider, et la mémoire de feu M. de Meaux nous est trop chère pour souffrir qu'on y donne la moindre atteinte *. Il oblige l'abbé à reprendre son titre de légataire universel et fait consentir Bissy à accepter un arbitrage qu'il avait d'abord refusé net. Le président Pelletier, arbitre, rendra sa sentence le 24 mars 1706. « C'est 41.000 livres que la succession est chargée de payer dans cette année », écrit Ledieu, ajoutant : « C'est un bien pour la réputation de feu M. de Meaux que cette affaire était terminée à l'amiable ; car c'aurait été une grande honte d'entendre des avocats se chamailler dans des audiences publiques sur les dégradations des bois, sur la maison de Germigny, sur les bassins ruinés, et autres négligences criantes ». Le 4 avril l'abbé Bossuet se plaindra amèrement à Ledieu qu' « il avait été obligé de vendre deux de ses contrats sur la ville » et qu'après 40.000 livres^ il aurait encore de l'argent à donner à M. l'évêque de Meaux pour acquitter les dettes de la succession ».

C'est sur les deux propriétés de M"* de Mauléon qu'il se rabat pour faire face aux autres dettes de son oncle ; et par ces poursuites sans merci il espère donner le change au public sur « la vieille amie » du défunt. J'apprends, écrit Ledieu, le 23 juin, de M. Anisson fils, conseiller à la Cour, que M"^ de Mauléon a été condamnée

* Ledieu, 13 mai 1705.

par l'airCt du Parlement, dans sa chambre, à faire vendre par décret sa maison de Mauiéon, située à Saint-Brice, près Montmorency, avec ses dépendances, et sa halle au poisson, pour payer tant les sommes principales dues aux héritiers de feu M. Pajot, avocat, que les intérêts dus tant à eux qu'à la succession de feu M. de Meaux, qui avait souvent payé en sa vie les arrérages des rentes de M. Pajot », L'arrêt est du i8 mai 1706. La saisie aura lieu le 28 *. Les héritiers, sur Wvdrc du roi, font taire en même temps la demoiselle, qu'ils ont trop fait parler. C'est le légataire universel final, l'abbé Bossuet qui, parallèlement à ses poursuites publiques, fait une transaction secrète.

« Une famille considérée dans Paris et qui a produit des personnes de mérite^ écrira Voltaire dans son Siècle de Louis Xll , assure qu'il y a eu un contrat de mariage secret entre Bossue, encore très jeune, et mademoiselle des Vieux... Ce fut cette famille qui régla les reprises et les conventions matrimoniales ». En juillet 1761, Voltaire, donnant le nom de la famille à Burigny, de l'Académie des Inscriptions, qui fait paraître la première Vie de Bossuet, lui écrira : « Tout ce que je puis vous dire, monsieur, c'est que feu M. Secousse m'écrivit, il y a quelques années, à Berlin, que son oncle avait réglé les droits et reprises de mademoiselle des Vieux, fondés sur son contrat avec M. Bossuet. C'est une cl ose que je vous assure sur mon honneur ». Le correspondant de Voltaire est Denis François Secousse, avocat au Parlement de Paris, membre de l'Académie des Inscriptions, mort le 15 mars 1754; l'oncle est Jean Léonard Secousse^ avocat, chef du conseil du duc du Maine, mort le 16 novembre 171 1. Burigny, pouvant facilement contrôler l'assertion de Voltaire relative aux deux Secousse, il est évident que cette assertion publiquement émise, et si énergiquement soutenue, n'est point un de ces mots en l'air du trop peu scrupuleux écrivain. Le contrat en question, arrivera, d'ailleurs, nous le savons, de l'étude des Secousse dans celle de Detresne, notaire à Paris, et de ses mains dans celles du fondateur des AnnaUs de philosophie chrétienne.

* FLOQ.UET, t. I, p. 57c.

M"'' de Mauléon, dépouillée de ses deux propriétés, mais rentée convenablement, est décidément obligée à se taire. Elle rentre ainsi dans l'ombre en 1706. La tradition ne fournira sur elle à la curiosité de Voltaire que ce vague et singulier souvenir qu'elle « a vécu près de cent années ». On vient de découvrir ' qu'elle est morte en 17 14 à Paris.

Si M"^ de Mauléon se lait, un autre hélas ! va parler et terriblement.

En 17 12, l'Europe étant liguée contre Louis XIV, paraît à Londres un petit livre, Mémoires anecdotes de la Cour et du Clergé de France par le sieur Jean-B aptiste Denis, ci-devant secrétaire de M. Vévéque de Meaux. L'évêque est Bissy, et l'auteur, un ex-chanoine de Toul, son aumônier, amené par lui à Meaux, qui de Meaux est allé apostasier à Genève. Le 28 septembre 1706, Ledieu a écrit : « Son maître Ta chassé d'auprès de lui à Rebais, l'ayant trouvé ivre. Il était étourdi, goinfre, dissipé, aimant le plaisir, le jeu, la compagnie des femmes, sans gravité, ni piété, ni affection, toujours à la chasse à Germigny et même en visite ». Pendant seize mois qu'il a passés aux côtés de l'évêque de Meaux, Denis a appris bien des particularités secrètes — anecdotes — , dont il abuse à cette heure, au bénéfice et sous le couvert même des ennemis de l'Eglise et de la France. Son livre mal écrit, mais plein de curieux détails, trop souvent fondés en substance, qu'il donne avec assez de précaution, sur la décadence, le servilisme et les divisions du Clergé français du grand siècle, porte une dédicace à très Illustre et très Révérendissime Père en Dieu Mylord archevêque de Cantorbery. Une gravure représente le primat du Clergé anglican, assis, sa mitre et sa crosse à ses pieds, recevant dans sa bibliothèque, de la main de Denis, qui s'approche incliné, les Mémoires anecdotes.

Ce primat est un vieillard de soixante-seize ans, Tenison, ancien archevêque de Dublin, qui a beaucoup écrit contre les Papistes, intitulant, en 1689, un de ses livres : U incurable scepticisme de V Eglise de Rome. S'il ne brille pas par l'éloquence, il passe pour un « homme

* M Urbain.

de bon sens, modère et intègre ' ». Il a assisté en 1695, '^ ^^^^^ Marie à ses derniers moments, et a fait son oraison funèbre. Après la mort de la reine Anne, il sera un des régents de la Grande-Bretagne, et, le 20 octobre 1714, il couronnera Georges P' à Westminster. C'est dire combien le livre de Denis, consacré par son haut patronage, acquiert de l'importance, non seulement chez les protestants, mais chez les catholiques même, avec le grand nom de Bossuet profondément mis en cause.

Denis dit en somme, pour la question des finances de Bossuet, ce que nous apprennent avec plus de précision \t Journal de Ledieu et les actes notariés ou judiciaires. Pour celle des mœurs, il est avec plus de détails, mis sur le compte de « personnes dignes de foi » et pour nous impossibles à contrôler, en plein accord substantiel avec l'abbé Legendre. L'accord est particulièrement frappant sur cette circonstance du prétendu « contrat de mariage » de Bossuet, qu'il était en le faisant « seulement sous-diacre ». La commune source de ce singulier et si grave détail, est évidemment M"^ de Mauléon, ayant le contrat en main. Denis a une source en plus de renseignements que Legendre, ce sont les domestiques de Bossuet : tel fait confirmé par Ledieu nous prouve que ce qu'il dit d'après eux n'est pas sans valeur. Parmi ces domestiques est un valet de chambre de Bossuet, passé après sa mort au service de Bissy, Lassalle, qui, sollicité par sa femme mal convertie et par Denis, ira^ un an après celui-ci^ embrasser avec sa famille la Religion réformée à Genève.

Le primat de Cantorbery, marié, peut s'autoriser, dans le livre de Denis, non seulement de l'exemple, mais encore du témoignage de Bossuet. « Des personnes, dit l'auteur qu'il patronne, se sont souvenus que leu M. l'évêque de Condom étant un jour consulté si le mariage d'un prêtre éiaiî bon, son sentiment fut qu'il le croiait valide et devoir subsister, encore qu'il ne lui fût pas permis de le contracter. On l'a souvent prié (à ce que m'ont assuré des gens de probité et très distingués) de donner son sentiment par écrit : Mais il l'a toujours refusé. Il aimait trop la paix pour vouloir exciter

* Macaulay, Histoire de Guillaume III, t. III, p.. 253.

quelques troubles dans l'Eglise, ou la diviser : lui qui avait tant travaillé pour la réunir. Il se contentait de faire faire à la conscience ce qu'une cabale politique et intéressée avait fait autrefois rejeter dans son Eglise ». La casuistique de Bossuet, si ennemi des casuistes, est-elle allée secrètement jusque-là ? Malgré son faible dans la question de la vie conjugale à laisser aux protestants revenant à l'Eglise et qu'on ordonnerait prêtres et même évéques, on hésite à le croire. Mais on comprend que le primat de Cantorbery n'ait pas hésité ni tous les protestants du monde.

Dans son livre, l'ex-aumônier de Bissy provoque M"^ de Mauléon et les neveux de Bossuet à parler : « La mère pourrait nous le dire. Ils pourraient nous le dire ; mais s'ils veulent se taire et ne pas parler, qu'ils ne nous empêchent pas du moins de le rapporter ». C'est toujours sagesse de se taire pour nous. Le primat de Cantorbery étant personnellement en scène, l'abbé Bossuet, qui a tant dit à son oncle, au nom de trois neveux : Nous ne sou^rirons pas que votre réputation ait la moindre atteinte, n'était-il pas tenu à une réfutation des dires de Denis sous une forme ou sous une autre ? Mais pouvait-il s'y risquer? M"* de Mauléon, si connue dans Paris, y est toujours vivante, et n'y mourra que dans deux ans. Condamné comme elle à se taire, l'abbé Bossuet oblige l'histoire à croire que l'apologie de son oncle lui était décidément impossible.

Bissy s'est tu comme l'abbé Bossuet ; et pourtant il était obligé de toutes manières^ l'accusateur étant son ex-aumônier et lui-même étant mis en cause par Denis comme témoin, à venger la mémoire de son prédécesseur. Il le fera en avril 171 5 sur la calomnie de non-invocation des saints. Il ne le fait pas, il ne le fera jamais sur d'autres j}oints. Ce n'est pas le bon vouloir qui lui manque. Le 23 octobre 1705 ne disait-il pas à Ledieu : // w? revient de plusieurs côtés que je décrie la mémoire de jeu M. de Meaux dans mes visites ; je sais ï honneur et le respect que je lui dois et je ne m'en écarterai jamais. Ces bruits nont donc aucun Jondement, et loin d'y donner occasion, j'ai caché partout ce qui pouvait donner la moindre atteinte à sa réputation ? Dans une quinzaine d'années, toutefois, Bissy, cardinal, adversaire déclaré des Jansénistes, n'empêchera pas le chanoine Legendre, avec

lequel il est « lié étroitement ' » d'écrire pour nous, la postérité^ ses véridiques Mémoires.

Tels sont, quatre mois avant la fin du règne de Louis XIV, qui va mourir le i" septembre 171 5, les derniers bruits contemporains autour de la tombe de Bossuet. Mais déjà à commencé avec la publication de ses écrits inédits, qui sont les trois quarts de son œuvre, une vie posthume qui va se prolonger un siècle et qui lui donnera dans l'Eglise une place de plus en plus considérable. Plut à Dieu que ce fût pour son soutien plutôt que pour sa ruine! Enregistrons en très rapidement les traits si importants.

• Legendre, 365.

VIE POSTHUME DE BOSSUET AU XVIIl^ SIECLE

Au lendemain de la mort de Bossuet, deux condamnations de Rome allaient frapper sa doctrine sur le jansénisme et son gallicanisme. D'après lui les Jansénistes n'étaient pas hérétiques, n'étant pas tenus à un acte véritable de /o/ visa vis du jugement de l'Eglise qu'il disait 7wn infaillible sur le fait de Jansénius. Le 15 juillet 1705, Clément XI, par la bulle Vineam Domini, flétrit « comme un excès d'impudence, de duplicité, de malhonnêteté naturelle, la souscription du Formulaire, sans la croyance interne que la doctrine du livre de Jansénius est hérétique ». Mais « l'esprit du grand Bossuet, dit le Janséniste Tabaraud, respirait encore dans l'Assemblée qui fut convoquée l'année d'après sa mort pour la réception de cette Bulle * » . Le 21 août, l'archevêque de Rouen, Colbert, dans un rapport fait au nom de la commission^ établit que les constitutions des Papes n'obligent toute l'Eglise que lorsqu'elles ont été acceptées par le corps des pasteurs et que cette acception se fait par voie de jugement. Clément XI, le 15 janvier 1706, doit adresser aux prélats de l'Assemblée un Bref contenant ces paroles foudroyantes : « Qui vous a établis juges au-dessus de nous ? Est-ce aux inférieurs à décider de l'autorité du supérieur et à examiner ses jugements ? Souffrez, vénérables Frères, qu'on vous le dise : c'est une chose tout à fait intolérable que quelques évêques, principalement de ces Eglises

* Histoire critique de }'j4 s semblée du Clergé de France en 1682, p. 214.

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dont les privilèges et les dignités ne reposent que sur la munificence du Pontife romain, lèvent la tète contre rauteur de leur titre et de leur honneur ', et s'efforcent de saper ces droits du premier siège qui reposent sur une autorité non humaine mais divine ». Et le 31 août ce saint Pontife prophétisant écrira à Louis XIV : « Si pareille nouveauté n'est pas réprimée, ce sera bientôt la ruine entière non seulement des Constitutions Apostoliques, mais de la Foi catholique ; les ordonnances de Votre Majesté royale n'empêcheront rien... On arrivera à l'impunité et au triomphe soit du jansénisme, soit du quiétisme, et par suite de toute hérésie. C'est la cause de la Foi et de l'Eglise que nous plaidons, bien plus, c'est celle de votre Royaume lui-môme ».

Le roi comprendra. La Défense de la Déclaration lui ayant été offerte après la mort de Bossuet par son neveu, il ne l'a pas acceptée. Mais en 1708, le chancelier de Pontchartrain venant en 1707 de presser l'abbé de l'imprimer, et celui-ci n'ayant osé le faire, Louis XIV accepte Voriginal de cet ouvrage, la rédaction première autographe. C'est pour mettre le triste engin de guerre sous sa garde. Dans la permission accordée le 24 mars par le chancelier pour l'impression de seize ouvrages inédits de Bossuet, la Défense de la Déclaration ne figure pas ; non plus que deux écrits que nous allons voir, en opposition évidente avec les condamnations du jansénisme par les Souverains Pontifes.

Cette année 1708, Clément XI interdit sous peine d'excommunication, la lecture des Réflexions morales sur le Nouveau Testament de Quesnel et ordonne que tous les exemplaires en soient brûlés, ce livre contenant « des doctrines et propositions séditieuses, téméraires, pernicieuses, erronées, déjà condamnées et sentant manifestement l'hérésie janséniste «. Le cardinal de Noailles se venge en publiant, dans un Mandement, la Lettre de Bossuet aux religieuses de Port-Royal, où, avec le parjure, est autorisé le jansénisme. Il va plus loin. La Politique césarienne, soit-disant tirée des propres paroles de V Ecriture Sainte, de Bossuet venait de paraître en 1709, en même

' Innocentius I, Epislola ad Patres concili'. Cartaginiensis II, a. 417.

temps que le Missel gallican de Meaux, il fait en 1710 imprimer en Flandre par Quesnel la Justification par Bossuet des Réflexions sur h Nouveau Testament, et en donne à Paris en 171 1 une nouvelle édition, d'après les dernières retouches de l'auteur \ Q.uesnel s'autorisant contre le Pape du suffrage de Bossuet et de la défense qu'il a faite de son livre dans un ouvrage exprès. Clément Xî répond en 17 13 par la bulle Unigenitus. Le livre de Quesnel et le livre ou libelle de Bossuet, publié pour sa Défense, sont condamnés, celui-là renouvelant manifestemefit diverses hérésies, principalement celles de Jansénius, celui-ci composé pour la défense de ces hérésies. Quesnel dénie à la Bulle toute créance dans les esprits raisonnables, en faisant appel zfeu M. de Meaux. Elle est rejetée par neuf évêques, dont Noailles s'appuyant sur Bossuet : le grand Bossuet qu'invoque Quesnel pour constater l'égarement de la cour de Rome dans le temps où elle affecte le plus r infaillibilité.

C'est ainsi que quatorze évêques vont résister à Louis XIV qui, le 14 janvier 17 14, a donné des lettres patentes pour la publication de la Bulle et la suppression du livre condamné. Deux mois avant la Bulle, il était encore attaché au gallftanisme. Mais Clément XI ayant, à cette date, refusé ses bulles à l'abbé de Saint-Aignan nommé à l'évêché de Beauvais, pour avoir en 1705 défendu en Sorbonne la Déclaration de 1682, le roi « a changé d'avis sur la fin de ses jours, »

* « Les deux évêques deLuçon et de La Rochelle, qui étaieat en mésintelligence avec le cardinal de Noailles, adressèrent au pape Clément XI, en 17 13, un long Mémoire, dans lequel ils prétendaient convaincre de jansénisme le cardinal et lui ôter l'appui de Bossuet. Ce qu'ils alléguaient contre lui comme des preuves irrécusables et accablantes, c'étaient les deux ordonnances qu'il avait publiées en 1696 et en 1703. Or, toutes deux étaient l'œuvre de Bossuet, du moins dans leur partie doctrinale, et il est certain qu'il en approus'a même le dispositif sans aucune réserve... A des écrits et à des actes authentiques, ils ne purent opposer que des conjectures charitables et des propos recueillis par divers témoins, prouvant bien que l'illustre évêque de Meaux avait blâmé en particulier certains excès des jansénistes, mais nullement qu'il eût désapprouvé toute leur doctrine à la fin de sa carrière ».

P. Gazeau, V Infaillibilité de l'Eglise et Vinfluence de Bossuet. — Etudes religieuses, etc., par des PP. de la C. de Jésus, avril 1877, p. 541, 542.

et dans une lettre ^ Clé-mcnt XI a promis au Pape de faire retracter les évûques du royaume de la sanction qu'ils avaient donnée aux Quatre » Articles de Bossuet '. Noailles, ayant osé défendre à son clergé, sous peine de suspense, de recevoir la bulle Vni^iicnitus^ va être, le roi d'accord avec le Pape, déposé du cardinalat ; et pour écraser l'hydre du jansénisme, un concile national va se tenir présidé par le Légat du Pape. Sur ce, Louis XIV meurt le i" septembre 1715. Il meurt en roi^ en roi très chrétien. Mais ses jours ont été abrégés par Noailles. « Il est certain, écrivait le 24 février M""" de Maintenon qu'il abrégera les jours du roi ». L'historien de Clément XI, parlant du jansénisme, doit écrire : « Il a été reconnu que les très durs obstacles que le roi a rencontrés en voulant expulser cette peste ont abrégé les jours du vieux prince, gémissant au fond de l'âme des périls de la religion S). Mais Noailles, mais « les très durs obstacles », c'est Bossuet.! Il n'est donc pas vrai de dire, sans 'de capitales réserves, de Bossuet : « Ce grand homme est, pour ainsi dire, l'àme du siècle de Louis XIV ^

Une des grandes victimes de Bossuet, Fénelon à précédé de sept mois Louis XIV dans la tombe. Innocent XII voulait le faire cardinal, sitôt après son admirable soumission à la condamnation des Maximes des Saints. Devenu le champion par excellence de l'Eglise contre le jansénisme, la pourpre l'attendait sous peu, écrivait un mois avant sa mort, le futur cardinal Quirini, sortant de l'audience de Clément XI. C'est au ciel que la main de Dieu s'est empressée de la lui donner éclatante et immortelle.

A la mort de Louis XIV le jansénisme exulte. Le 7 mars 17 16, l'abbé Bossuet est nommé par le régent à l evêché de Tro3'es. Malgré le refus de ses bulles, il prend les armes d'évêque-comte, et se fait célébrer comme rendant au monde le Nom, le Génie et les Vertus de son onde. C'est sur une attestation en sa faveur du cardinal de la Trémouille qu'en 17 18 Clément XI consentira à le faire évêque.

* D'Alembert, Eloge académique de Bossuet.

* De vita et rehus gestis démentis XI, 1. I, c. XXXIX.

3 Di.}AOGEOT, Histoire de la littérature française, 1852, p. 450.

Noailles sera son consécrateur. Trois amis de Bossuet les évêques Soanen, la Broue, Colbert ont fait appel en Sorbonne contre la bulle Unigenitus ; la Sorbonne a adhéré à l'appel; puis seize autres évêques, quatre Universités, le chapitre de Paris et quarante-huit curés. Une partie des égarés se repent; l'évêque de Troyesserepent, lui, en sens contraire, il se fait réappelant avec Soanen et Colbert.

De tels excès appelaient le juste châtiment sur leur principal et manifeste auteur, Bossuet. Benoît XIII, qui, créé cardinal en 1672 a suivi de près les affaires de la Regale et la Déclaration de 1682^ après avoir en 1725 confirmé la bulle Unigenitus dans un concile tenu à Rome, en fait tenir un autre à Avignon, dont il approuvera les Actes en 1728. Bossuet, sans y être nommé, y est clairement désigné par ses « écrits très éloquents ; » et il est rangé parmi ceux « qu'on croit avec raison, jure credas, vouloir miner tout autour le fondement de l'Eglise pour faire crouler ainsi tout l'édifice ». A lui qui s'est tant réclamé des Pères, on rappelle « qu'ils tenaient pour une chose sacrilège, impie et absolument contraire à la vérité de s'écarter, même d'une mince ligne, des décrets du Souverain Pontife » ; et il entend qualifier « tout homme qui refuse l'infaillibilité à la chaire de Pierre d'homme étrangement dépourvu de raison, tam rationis expers * ». Cette année 1728, Grégoire VII tant flétri par Bossuet est canonisé par Benoit XIII.

Bossuet est de nouveau opposé au Pape. Ce n'est pas par la cour de France. Le Régent étant mort subitement le 2 décembre 1723, elle a fait en mars 1724, saisir et mettre au secret une]Jcopie, revue par l'auteur, de la Défense delà Déclaration, que l'abbé Fieury a léguée a Daguesseau ; puis elle a supprimé le Discours sur les libertés de l'Eglise gallicane de l'abbé imprimé après 'sa mort. La légende du Bréviaire romain de saint Grégoire VII n'en est pas moins supprimée par le Parlement et condamnée par cinq évêques, dont le neveu de Bossuet. Dans son Mandement, où il résume la première partie de la Défense de la Déclaration - il annonce au public l'existence de cet

* Açta et décréta sacrorum conciliorum recentiorum cdllectio Laansis, 1. 1, col. 476-8.

* « Le 30 septembre 1729, Mgr Bossuet, évêque de Troyes, publiait un gros ivre sur le premier article de la Déclaration du clergé de France et terminait en

ouvrage et en fait entrevoir la iniblication prodiaine. Elle est empêchée a Genève par le résident de l-rance ; de même en Hollande : « Ouvrage pernicieiix », écrit le garde des sceaux. Mais une impression estropiée et fautive est faite en 1730 à Luxembourg sur une copie prise ;\ la hâte pour le cardinal de Noailles a qui a été communiqué l'original de la première rédaction où Bossuet cache son nom. Soumis et insoumis à la fois à la bulle Unigenilus, tombé à l'état d'enfance, l'archevêque de Paris est mort le 4 mai 1729, livrant au public r (( ouvrage pernicieux » de son maître. C'est sa réponse dissimulée à la légende de sa-nt Grégoire VII qu'il n'a osé condamner.

Le neveu de Bossuet, qui a avoué à Ledieu que la Défense de la Déclaration est un « ouvrage odieux », a difleré longtemps la publication de deux autres ouvrages de son oncle où il sait bien qu'il y a de r « odieux » aussi, les Elévations sur les mystères imprimées en 171 1 ' et non publiées, et les Méditations sur V Evangile que Bossuet avait intitulées Réflcxicns, à l'instar de Quesnel. Les Elévations ont paru en 1727 ; les Méditations paraissent en 173 1. Les deux suscitent de vives réclamations. On lira dans la Bibliothèque janséniste àyi célèbre jésuite Colonia : c< Méditations faussement attribuées à jeu M. Bossuet... M. l'archevêque de Sens et M. l'archevêque de Rhodes ont lait voir que plusieurs ouvrages faussement publiés sous le nom de M. l'évêque de Meaux, contiennent diverses propositions condamnées dans Baïus, dans Jansénius et dans Quesnel ^ ». Mais en 1733 l'autographe des Elévations sera produit au Parlement par révêque de Troyes et collationné avec l'imprimé; et il faudra renoncer à contester l'authenticité des Méditations. Le neveu vient hélas ! de porter le coup de mort à l'orthodoxie de l'oncle comme à la sienne dans une Instruction où il dit de la Justification publiée des

parlant du poison contenu dans la légende de Grégoire VII, de « ces actions qui auraient dû demeurer ensevelies dans un éternel oubli et ne^peuvent que déshonorer leuis auteurs ». Mgr Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1903, p. }0.

' Ledieu, 15 juin 171 1.

» Edition de 1744, t. II, p. 280.

Réflexions morales de Quesnel, qu'elle est exactement ccnformek l'original, dont il a une copie revue et corrigée par l'auteur, et ajoute, en faisant fi de la bulle Unigenitus qui la condamne expressément : « Ce grand homme nous a dit plusieurs fois que c'était le plus beau morceau de théologie qu'il eût jam^ais fait ».

En 173 1 a paru l'Histoire de l'Eglise de Meaux de Dom Toussaints du Plessis, religieux de Saint- Germain-des-Prés, composée sur l'ordre de l'abbé commendataire, le cardinal de Bissy, évêque de Meaux, et à lui dédiée. Bonne justice y est faite par le docte bénédictin de Bossuet envahisseur des abbayes bénédictines de Faremoustiers, de Jouarre, de Rebais. L'exposition « de l'importante affaire du quiétisme » venge Fénelon ; elle venge aussi M"'^ Guyon, dont l'auteur «. fait un si grand éloge », écrit avec indignation l'abbé de Saint-André, favori de Bossuet, et présentement grand vicaire de son successeur. Saint-André ne s'indigne pas moins de ces lignes de Dom Toussaints dans sa Préface : « Et si au lieu d'une Histoire de Meaux, où il semble qu'on ne doit avoir des yeux que pour M. de Bossuet, il eût fallu travailler à celle de fénelon, j'étais en état d'écrire avec moins de réserve ».

C'est à ce moment, vers 1730, que le chanoine de Notre-Dame de Paris, abbé de Clairfontaine, Legendre à écrit ses Mémoires contenant sur Bossuet de si terribles révélations. Témoin singulièrement grave ! « La mort de M. de Noailles, écrit-il sur l'année 1720, me donna occasion de lier plus étroitement avec M. le cardinal de Bissy €t avec M. de Fleury, ancien évêque de Fréjus, alors précepteur du roi, aujourd'hui cardinal et premier ministre. L'un et l'autre méritoient l'attachement d'un honnête homme ».

Benoît Xin^ en 1729, a condamné les trois premiers Mandements donnés contre la légende de saint Grégoire VII, ceux des évêques d'Auxerre, de Metz et de Montpellier. Son successeur en 1730, Clément XII s'abstiendra de condamner celui de l'évêque de Troyes €t la Défense de la Déclaration publiée à la suite. Benoît XIV en donnera les raisons. « Sous Clément XII, notre prédécesseur immédiat, écrit-il, il fut sérieusement question de proscrire cet ouvrage, et on conclut enfin qu'on s'abstiendrait de le faire... par la juste crainte de

nouvelles dissensions ' ». Le cardinal de l'ieury, tout en continuant de proscrire cet ouvrage pcniicicux, ne vient-il pas, le 22 juin 17^0, de maintenir dans l'Assemblée du clergé la doctrine du premier des Quatre Articles ? Et le culte de saint Grégoire \\\, prescrit par Rome, n'est-il pas interdit dans tous les diocèses de France ?

A Rome le dominicain Orsi, futur cardinal, donnera en latin, en 17^9 et 1740, en italien, en 174T, une réfutation magistrale de la Défense de la Déclaration sur l'infaillibilité doctrinale et l'autorité gouvernementale du Souverain Pontife, montrant maintes fois les raisonnements ridicules de l'Aigle de Meaux. On affectera en France de fermer les oreilles.

En 1735 l'évèque de Troyes s'est occupé de donner de la Défense « une bonne traduction et une bonne édition - ». Le premier volume d'une traduction médiocre faite par l'abbé Buffart janséniste venant d'être saisi par la police, l'oratorien janséniste le Roy s'arrête dans Fexécution de « cet ouvrage, auquel, écrit l'évèque, je joindrai toute mon autorité, si on me laisse iaire ». Il se dédommage en publiant en 1736 le Traité de Vamour de Dieu nécessaire dans Je sacrement de Pénitence, en latin, avec une traduction française, où Bossuet contredit la doctrine de Rome, en s'attachant à celle des Jansénistes; puis, en 1741, le traité De la connaissance de Dieu et de soi-même, de l'école janséniste encore puisque cartésien. En 1745 le Roy donnera en cinq volumes, dont trois de traduction, l'édition de la Defensio Déclarationis, de la dernière rédaction, désirée par l'évèque de Troyes. Elle paraît sous la rubrique d'Amsterdam, l'évèque de Mirepoix, Boyer, successeur du cardinal de Fleury au ministère, ne voulant point « qu'elle parût avec l'autorisation du gouvernement : » et ne peut « voir le jour qu'à la faveur d'une permission tacite ^ », visiblement donnée par le chancelier janséniste d'Aguesseau. Le Roy va quitter l'Oratoire en 1746, pour refus d'adhérer à la bulle Unigcniius. Quant au second Bossuet, il a dû le 30 mars 1742, donner sa dé-

' Lettre à l'archevêque de Compostelle 31 juil. 1748. * Lettre du 31 août.

3 Tabaraud, Histoire critique de ï Assemblée générale du clergé de France en 1682, p. 218.

mission de son siège, laissant son diocèse en proie au démon janséniste qu'il a déchaîné. Ayant obtenu une pension, il est mort le 12 juillet 1743 à Paris.

Il a « provoqué » l'édition des Œuvres de son oncle que vont donner l'ex-oratorien le Roy laïque, et le diacre Peran, licencié, et jadis prieur, de Sorbonne. Peran vient en 1742, dans un opuscule anonyme et retentissant, Le secret des Franc-maçcns, d'écrire d'une société poursuivie dès 1737 parle cardinal ministre ; condamnée le 28 avril 1738 par le Pape, et qui est l'anti-christianisme apporté d'Angleterre : « De toutes les sociétés que les hommes ont pu lormer entre eux depuis le commencement du monde, il n'y en eut jamais de plus sage, de plus utile ». Rééditant Le secret des Francsmaçons en 1744, après la mort du cardinal de Fleury survenue le 29 janvier 1744, il se glorifiera de s'être fait c( recevoir dans l'Ordre des Francs-maçons, quelque temps » après avoir arrêté le texte de cette réédition pour laquelle il a eu la pei mission de son « Ordre ». La Franc-maçonnerie trouve en efi'et son compte à la consécration et à la diffusion des écrits de Bossuet ; et c'est un Frère Trois-Points qui de 1743 a 1747 va présenter dans ses Préfaces et Avertissements douze des vingt volumes de l'édition au public.

Le savoir-faire janséniste à soin en même temps de montrer en Bossuet le prélat de la direction des âmes, un autre François de Sales. En 1746 paraissent ses Lettres spirituelles à une de ses pénitentes, la singulière mystique sœur Cornuau. V Abrégé de l'Histoire de France, dont l'esprit est celui de la Défense de la Déclaration, paraîtra l'année suivante.

Vers la fin de cette année 1747, paraît à Avignon, muni des approbations romaines, un volume du lazariste Soardi, dédié à Benoît XIV, De supremâ Romani Pontificis auctoritate, hodierna Ecclesia gallicana. doctrina. L'auteur démontre péremptoirement, ce qu'a rappelé Clément XI, ce qu'a dém.ontré Charlas, que Bossuet n'a pas moins contre lui VEglise gallicane de nos jours que l'Eglise rom.aine et toutes les autres Eglises. Ce livre étant publié à Paris en 1748, le Parlement, le 2^' juin, ordonne la saisie de tous les exemplaires ; et l'arrêt est si bien exécuté que la France ne connaîtra

guère l'écrit que par la sentence qui le llctrit. C'est le chancelier d'Aguesscau octogénaire qui souffleté ainsi Benoit XIV. Ce n'est pas sans l'encenser. On lit dans l'arrôt que le « respect » de la France pour le chef de l'Eglise» reçoit un nouvel accroissement par les vertus et la profonde sagesse du Pontife qui remplit aujourd'hui si dignement le Siège Apostolique ».

La réponse de Benoît XIV est dans une lettre du 31 juillet 1748 au grand Inquisiteur d'Espagne. Il dit de la Dcjcusc de la Déclaration de Bossuet : « Il est certainement difficile de trouver un autre ouvrage plus opposé A la doctrine reçue partout hors de France sur l'infaillibilité du Souverain Pontife définissant ^.v cathedra, sur sa supériorité au-dessus de tout concile œcuménique, et sur le droit indirect qu'il a, principalement quand l'intérêt de la religion et de l'Eglise le demande, sur les droits temporels des princes souverains ». Et le Pape rappelle que sous Clément XII la crainte seule de graves discordes empêcha la proscription de cet ouvrage.

D'Aguesseau répliquera en faisant rendre à Louis XV le fameux Edit de 1749 par lequel « il est interdit à l'Eglise de recevoir aucun immeuble soit par donation, soit par testament, soit par échange sans lettres patentes du roi enregistrées au Parlement ' ». Cet édit sacrilège, la pleine application du premier des Quatre Articles de Bossuet, la brutale suppression de l'autonomie de l'Eglise, le pas fondamental de la France dans la Révolution est le Nunc dimittis de d'Aguesseau. Il résignera les sceaux l'année suivante et mourra le 9 février 175 1. Le cardinal de Fleury qui lui a rendu les sceaux en 1736, a trop oublié le calviniste limousin a lui si bien connu en 1724. Un bon catholique écrivait alors du successeur du Régent au pouvoir : « M. le duc de Bourbon... intimement lié avec M. l'ancien évêque de Fréjus... suit en tout ses avis... Il n'a point voulu entendre parler du retour du chancelier^ grand parpaillot M) .

Le châtiment de tels méfaits va éclater sans délai sur la mémoire

' Taine, La Révolution, t. I, p. 213, I0« édition. ^ Bibliothèque vaticane, 8375, n° 183,

du prélat qui en est si hautement cause. Un bénédictin apostat de Saint-Maur, La Croze, a, en 1735, repris, dans un écrit publié à la Haye, l'affirmation de Denis sur le mariage secret de Bossuet, ajoutant : Tous les gens de lettres de Paris connaissent la vérité du fait*. » Voltaire, en 1752, au sommet de sa gloire, va dans le Siècle de Louis XIT, porter le fait constant d' « un mariage secret » au grand public, le Siècle de Louis XIV devenant classique, car » les religieuses de Saint-Cyr » elles-mêmes le mettent dans « la bibliothèque des grandes classes ^ ». En 1755 les Mémoires de M^^ deMaiivr tenon, dont elles ont fourni à La Beaumelle une partie des documents ayant autorisé le texte, résumeront Denis, avec cette affirmation préalable : « Les partisans de Fénelon disent encore aujourd'hui » qu'il « avait la copie » du « Contrat de mariage » de Bossuet. En 1771 l'Encyclopédie suivra. Voltaire. En 1775 d'Alembert, faisant l'éloge de Bossuet à l'Académie, opposera malicieusement à tous ces témoignages cette unique et plaisante raison : « Il avait plus besoin de combats que de société domestique et de gloire que d'attachements ».

En même temps, le jansénisme de Bossuet est de plus en plus mis en lumière, non seulement par une Collection de portraits des hommes de Port-Royal, où il figure avec son neveu, mais encore par la publication que le Roy fait en 1753 ^ Amsterdam de trois volumes à'Œuvres posthumes. On y trouve la Défense de la Tradition et des Saints-Pères contre Richard Simon, mais avec l'omission du livre XIIP et dernier, si dur et si révoltant à l'endroit du libre arbitre. Le janséniste Racine, dans V Abrégé de l'histoire ecclésiastique, imprimé à Cologne en 1754, consacrera iio pages à l'analyse de ces trois volumes, avec cette conclusion triomphale : « Les prétendus jansénistes n'ont point d'autre doctrine que celle de ce savant prélat... Si c'est un crime d'être janséniste, M. Bossuet en est autant coupable qu'aucun autre... On peut dire avec vérité, que personne n'a été plus janséniste que le grand Bossuet ».

^ Histoire d'un voyage littéraire fait en 1753 en France, en Angleterre et en Hollande, p. 202, 203.

* A. Tephonil, Le théâtre de Saint-Cyr.

Une nouvelle édiiion des Œuvres de Bossuet est entreprise en Î765 par un autre janséniste, l'abbé Lc^ueux, chapelain de Saint-Ivcs il Paris. Elle sera continuée après sa mort en 1768 par Doni Deforis et ses confrères bénédictins jannénistes des Blancs- Manteaux. Les Sermons tous inédits paraîtront de 1772 à 1788; puis les Lettres pareillement inédites, Diverses, de Piété et de Direction, Sur l'affaire du Qiiiélisnie. Janséniste ardent, Dom Deforis est heureux de mettre en reliet, dans les sermons déjà, bien des traits propres à réjouir son parti. Le 12 septembre 1780 un rapport est fait à l'Assemblée du Clergé contre son édition. L'Assemblée en tait une improbaiion expresse, et le garde des sceaux, qui a donné l'ordre de n'imprimer que le texte de Bossuet, le réitère. Mais rien ne pourra vaincre l'opiniâtreté de Dom Deforis, qui, théologien hors de la voie, est un juste critique, un véridique historien. Bossuétiste-janséniste jusqu'au dernier soupir^ il portera, le 25 juin 1794, sa tête sur l'échafaud.

Le clergé de France qui résiste à Bossuet janséniste, en niant qu'il soit tel, est pleinement, à cette heure, entraîné par Bossuet gallican. En 1753, le Parlement de Paris, qui favorise les loges maçonniques, a intimé à toutes les Universités de son ressort l'ordre d'enseigner les Quatre Articles. Le 19 décembre 176 1, le provincial des Jésuites de Paris, voulant sauver la société en France, y adhère au nom des Jésuites français. Les Parlements ligués n'en ferment pas moins, le i^' avril 1762 tous ,les collèges des Jésuites; et un Edit du roi de novembre 176-j, enregistré au Parlement de Paris le i*"" décembre, portera que la Société n'aura plus lieu en France. L'adhésion des Jésuites aux Quatre Articles est suivie de celle de tous les religieux. Il y a plus. Le 27 décembre 1762, un petit-fils de Jacques II, l'évêque de Soissons Fitz-James, entouré d'appelants, déclare, dans une Instruction pastorale, que les Quatre Articles sont autant de vérités saintes qui appartiennent à la révélation. Un décret de l'Inquisition qui condamne VInstruction pastorale étant adressé par Clément XIII à Louis XV, le Parlement supprime le Décret; une commission, composée des archevêques de Lyon, de Narbonne, de Toulouse er de l'évêque d'Orléans, déclare au roi que

V Instruction pastorale est irréprochable ; et le roi écrit au Pape : « Je me ferai toujours gloire, à l'exemple des rois mes prédécesseurs... de maintenir, dans toute son intégrité, la doctrine tenue et enseignée de tout temps par les évêques et les écoles de mon royaume ». Avec cela, Y omirage pernicieux de Bossuet ne peut toujoursl^pas être publié en France. « Ce ne fut, dit Tabaraud, qu'en 1774 qu'une seconde édition de la traduction (de la Défense de la Déclaration) , augmentée du Mémoire de Bossuet sur l'ouvrage de Roccaberti et de la réfutation de celui du cardinal Orsi par l'éditeur, eut la liberté de se montrer an grand jour avec l'approbation du censeur royal qui ne pouvait être suspect, et sous le patronage de M. de Montazet, archevêque de Lyon, à qui elle était dédiée '. » Tunique de Nessus que Louis XV, mourant le 10 mai dans la débilité du vice, mais au moins dans le réveil du repentir, lègue à l'innocent Louis XVI ! Le clergé va lui glisser la fatale tunique sous le manteau du sacre. L'Assemblée de 1775 veut « que les Quatre Articles » soient « in-

* Histoire critique, p. 219. Cette publication avait été précédée en 1772 du premier écrit d'Emery, professeur de morale au séminaire de Lyon, l'Esprit de Leibnit{, Lyon, 2 vol. in-12. On y lit, malgré la réprobation solennelle et tant de fois répétée des Quatre Articles de Bossuet par les souverains pontifes, cette incroyable déclaration :

« Pour écarter jusqu'aux plus légers soupçons d'ultramontanisme, nous déclarons que nous sommes très attachés aux Maximes du clergé consignées dans sa Déclaration de 1682. Nous la regardons, cette Déclaration, comme un monument précieux, même au S.;int-Siège, dont nous ne doutons pas qu'il ne loue un jour la sagesse et ne récb.me l'autorité, parce que, en même temps qu'on y rejette des prérogatives qui n'ont pas de fondement dans l'Evangile, on y établit celles qui sont de droit divin et sur lesquelles repose l'immuable grandeur du Saint-Siège ; et si l'Eglise gallicane y indique d'une main la partie de l'édifice qu'on peut abattre, elle montre de l'autre celle qui doit être à jamais sacrée et inviolable. Le moment n'est peut-être pas éloigné où l'on adoptera, dans les Etats catholiques, vos Maximes, et la crainte qu'en poussant précipitamment la juridiction du Pape, on la fasse reculer au delà de ses justes bornes, nous a donné lieu de faire l'observation précédente. »

Cette profession de foi sera reproduite par Emery, supérieur général de la compagnie de Saint -Sulpice, dans le Discours préliminaire des Nouveaux opuscules de Fleury, publiés en 1807. Les Sulpiciens la retrancheront dans l'édition des Nouveaux opuscules de 1816. Elle servira près d'un siècle de Credo à la France.

scrés A Kl suite du p.iucgyriquc <lc saint Augustin prêché devant clic ' ». Un cJit royal du 23 juin 1777 ne permettra donc aux exjésuites d'exercer les fonctions de vicaire qu'après avoir « fait leur soumission... de maintenir et professer les libertés de l'Eglise gallicane et notamment les Quatre Articles de la Déclaration de 1682 ». Le centenaire de la Déclaration sera célébré en 1782 par toute l'Assemblée du clergé. L'évéque de Sénez, « M. de Beauvais, dit Tabaraud, chargé de prononcer le discours d'ouverture, conçut l'heureuse idée d'y célébrer l'année séculaire de celle où avait été proclamée la Déclaration des Quatre Articles. Cet endroit de son discours fut généralement applaudi, et M. le Cardinal de La Rochefoucault, qui en était le président, fut chargé par tous ses collègues d'en faire compliment à l'orateur -. »

Le centenaire des Quatre Articles ne sera pas moins célébré en Allemagne qu'en France. « .En 1782, écrit triomphalement l'abbé Grégoire, Joseph II avait défendu d'enseigner l'infaillibilité personnelle, la supériorité du Pape sur les conciles oecuméniques, la nécessité des appels à Rome '. En 1763, le coadjuteur de Trêves, Hontheim, sous le nom de Febronius, ayant préconisé le système gallican de Bossuet, a été aussitôt condamné par Rome; et voilà qu'en 1769 les trois électeurs de Trêves, de Cologne, de Mayence et l'archevêque df' Salzbourg le reprennent en adressant à la cour impériale une lettre pleine de griefs contre le Pape. Voilà qu'en 1786 ils signent à Ems un plan de réformation ecclésiastique qui équivaut à la fondation d'une Eglise nationale allemande. Approuvé par Joseph II, il sera réprouvé par Pie VI. Cette année 1786, l'évéque de Pistoie, secondant les innovations du grand duc de Florence, Léopold P"", frère de Joseph II, tient un synode où la doctrine sur le grâce de Quesnel est adoptée avec les Quatre Articles de Bossuet. Le gallicanisme triomphe par toute l'Italie; même en Espagne, malgré huit censures de l'Inquisition contre les Quatre Articles; de même en Portugal. Les Actes du Synode de Pistoie seront publiés

1 Tab.'\raud, p. 216.

2 Ibjd.

^ Essai historique sur les libertés de l'Eglise gallicane, etc., 1818, p. 280. rcsâCET : 2

en 1788, et condamnés par Pie VI dans l'immortelle Bulle Auctorem fidei du 28 août 1794. Elle frappe le gallicanisme de Bossuet, comme la Bulle Unigenitus a frappé son jansénisme.

« Nous ne devons pas, dit le Souverain Pontife, passer sous silence l'insigne et frauduleuse témérité de ce synode qui non seulement a osé faire le plus grand éloge de la Déclaration de l'Assemblée du clergé de France tenue en 1682, et improuvée depuis longtemps par le Siège Apostolique, maii encore, pour lui donner d'autant plus d'autorité, a oser l'insérer perfidement dans un décret intitulé De la foi... Cette adoption infectée de tant de vices... nous la réprouvons et condamnons par cette présente constitution, et voulons qu'on la tienne pour réprouvée et condamnée.

Mais déjà la Providence a fait une autre « réprobation » et condamnation » ; déjà a été célébré le plein centenaire delà Déclaration de Bossuet, la Révolution française.

Une cohorte de jansénistes et de francs-maçons, les deux maintes fois étant un, qui forment la grande majorité des députés envoyés par la France trompée aux Etats-généraux du 4 mai 1789 ', a fait fî de ses mandats, a supprimé la distinction des Trois Ordies, Clergé, Noblesse, Tiers-Etat, a arraché à la royauté son sceptre débile, et s'est transformée, dès le 17 juin, en Assemblée nationale. Tirant alors les dernières conséquences du premier des Quatre Articles, l'article calviniste, qui porte « que saint Pierre et ses successeurs, Vicaires du Christ, et que toute l'Eglise même, n'ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et concernant le salut, et non sur les civiles et temporelles, » les sectaires ont, le 26 août, écarté l'Eglise et le Christ de l'ordre social, et donné pour Chartre unique à la France la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen prise du Contrat social du calviniste et déiste Jean-Jacques Rousseau, et formulée par le franc-maçon Mounier, oracle de la Loge parisienne le Contrat social. S'ils mettent cette Déclaration sous les auspices de VEtre suprême, nom nouveau qu'ils donnent à Dieu, cet

' On a compté 474 francs-maçons, rien que parmi les 604 membres du Tiers- Etats présents aux Etats-généraux. L'abbé Goussard, la Voix de Notre-Dame de Chartres, ']\iïn 1889, p. 132.

Mtrc est un roi fainéant dont ils s'attribuent, comme iégislalcuis, toute la divinité. Les dîmes, tribut du à Dieu, et les propriétés de riiglise, domaine sacré de Dieu, étant choses « civiles et temporelles », sont supprimées par leur omnipotence, celles-là sur l'oOrc de l'archevC'Que de Paris, de Juigné, gallican, celles-ci à la démande de Tévèque d'Autun, de Talleyrand, franc-maçon.

Obligés de subir encore le C hrist et l'Eglise, auxquels croient leurs mandataires, ils tirent, le 12 juillet 1790, les conséquences violentes des trois autres Articles de Bossuet qui ont soumis le Vicaire du Christ i\ l'autorité de ses subordonnés et ont dénié l'infaillibilité à ses oracles. Tous les diocèses créés par les Papes durant dix-huit siècles sont remplacés par les départements que les novateurs ont créés, en dépeçant à leur fantaisie la France historique; la nomination des évèques et des curés est livrée à la multitude : une Constitution civile du clergé remplace la constitution divine et ecclésiastique.

Le 24 août, veille de la fête de saint Louis, elle recevra la sanction de Louis XVI, égaré par deux archevêques ; et le 23 décembre, le successeur de Clovis qui, baptisé la nuit de Noël, s'écriait au récit de la Passion du Christ : « Si j'eusse été là avec mes Francs! » acceptera les décrets de l'Assemblée imposant au clergé en fonction le serment à cette constitution impie. ^ J'ai toujours regardé leur acceptation comme un acte forcé », écrira, le 15 avril 1791, le pauvre prince inconscient de son crime. Ouvrant enfin les yeux, le roi très chrétien va préférer la mort aux persécutions contre les prêtres fidèles, et la couronne du martyre attend sa tête.

Telles sont les influences toujours grandissantes pendant un siècle, malgré l'arrêt mis par la religion et la sagesse de Louis XIV mourant par lesquelles on est arrivé au plus inouï des abîmes. Si le patriarche •de Ferney commande l'aile gauche delà Révolution, qui préside à l'aile droite, si ce n'est l'évêque de MeauxPLe xYin*^ siècle n'est pas moins le siècle de Bossuet que celui de Voltaire \

* Voici la « Conclusion sur Bossuet et le jr.nsénisme » des remarquables études •du R. P. Gazeau, publiées de 1869 à 1877 :

a En vérité, nous ne savons ce qui doit le plus étonner, ou d'un si grand gé-

nie rejetant rinfailiibilité de l'Eglise pour le fait de Jansénius, ou d'une tradition nationale qui lui attribue la gloire de l'avoir invoquée au moment même où il l'a écartée avec une obstination si funeste à notre pays. Devenu l'arbitre de l'Eglise gallicane, il a voulu jusqu'à sa mort la maintenir dans la situation anormale qu'il avait contribué plu? que tout autre à lui donner depuis quarante ans. Pourquoi le jansénisme a-t-il obtenu et conservé le bénéfice d'une paix légale, qui lui a permis si longtemps de se propager impunément sous le masque du silence? Parce que l'opinion s'est accr?ditée que l'Eglise n'est pas infaillible pour obliger ses enfants à faire un acte de foi sur sa seule autorité, contre le fait de Jansénius; et le formulaire en a perdu toute efficacité. — Pourquoi le gallicanisme a t-il obtenu et conservé le bénéfice d'un établissement oificiel, qui rend inviolable la Charte de ses libertés ? Parce que c'est un principe reçu que le chef de TEglise universelle n'est pas infaillible pour intervenir dans les aflFaires particulières de l'Eglise gallicane ; et les décrets pontificaux y sont acceptés ou supprimés suivant le bon plaisir du gouvernement, qui vient encore d'annuler, en 1703, le bref condamnant le fameux Cas de conscience. — Pourquoi Bossuet, au lieu de publier ce bref avec un mandement spécial, comme plusieurs autres évêques, applaudit-il à l'arrêt du Parlement qui empêche l'intervention efficace des Papes, et à X Ordonnance du 22 février

Qui empêche l'intervention efficace même de l'Eglise universelle ? Evidemment, parce que Bossuet approuve une telle situation religieuse, dont il est le représentant le plus célèbre, le plus complet, le plus accrédité et le plus responsable.

« Ce qui lui manque, c'est ce qui manque à la France et ce dont il persiste à la priver : la croyance à une autorité infaillible qui s'exerce, sans conteste et sans contrôle possible, contre le fait hérétique de Jansénius... Bossuet la remplaçait, au profit des jansénistes, par l'autorité du cardinal de Noailles, à qui il faisait dire qu'il était le premier juge de la doctrine et des cas de conscience dans son diocè^e. C'était préparer de nouveaux malheurs à l'Eglise de France. Mais le prestige du nom de Bossuet devait être plus puissant à le faire croire infaillible que le spectacle de maux trop réels à faire voir son erreur ».

L'infaillibilité de V Eglise cl l'influence de Bossuet, Etudes religieuses, avril 1877^ p. 544.

VIIÀ POSTKUMK AU XIX.'^ SIHCLE ET A CETTE HEURE

Cent trente et un évoque fiançais sur cent trente-cinq, et cinquante mille prêtres, attachés trop aveuglément aux principes de Bûssuet, ont reculé devant les conséquences et bravé les persécutions et la mort pour résister au schisme et retenir la France dans le sein de l'Eglise. Des milliers de martyrs vont faire reverdir par leur sang l'arbre de la foi. Des légions de Macchabées, de Lyon à Nantes^ multiplieront dans la gloire l'holocauste salutaire, La première récompense envoyée par le ciel est l'effondrement de la Constitution civile du clergé dans les folies immondes du culte et de la déesse Raison, et les justes hécatombes de ses adorateurs qu'abat la hache de la Terreur. Avec l'évêque assermenté et régicide de Blois, Grégoire, docte et obstiné tenant de Bossuet, cette Constitution cherche, le 2) août 1797, à se relever et à rendre la vie au cadavre méprisé de l'Eglise nationale. Le Directoire abject lui prête le concours de ses déportations de prêtres catholiques. C'est en vain. Après dix ans d'une Ere des martyrs rappelant celle de Dioclétien, l'heure de la dénvrance sonne. Tout à coup un vieillard couronné hier de la tiare, et un capitaine de trente-deux ans, favori providentiel de la victoire, se donnent la main pour fouler aux pieds, par un acte sans exemple, la Déclaration de Bossuet, et rendre la paix religieuse et l'ordre social à la France.

Pie VL après avoir déclaré solennellement qu'on pouvait donner à Louis XVI le titre de martyr, :x reconnu pour roi de France son

fils Louis XVII, puis son frère Louis XVIIL Le Démosthène catiîolique de l'assemblée révolutionnaire, Maury, récompensé par le cardinalat, a été accrédité auprès de Pie VI par Louis XVIII comme son ambassadeur, et de même auprès de Pie VII, qui a notifié à ce souverain, ainsi qu'à tous les souverains catholiques, son avènement à la chaire de Saint-Pierre. Voilà que le premier consul de la République française, le général Bonaparte, le soir de sa victoire de Marengo, qui le rend maître de la Haute-Italie, le 14 juin 1800, fait offrir au Pape de restaurer sur de nouvelles bases la France catholique. Ce soldat de la Révolution reconnaîi au Pape le droit que lui a dénié le courtisan de la Monarchie, Bossuet, d' « affranchir les sujets de la parole donnée et de l'obéissance due aux rois et aux princes, » de « les délier du serment prêté de fidélité » ; le droit pareillement dénié de « régler l'usage de la puissance apostohque » autrement que « par les canons établis par l'Esprit de Dieu et consacrés par la révérence du monde entier», — quand l'intérêt religieux et l'intérêt social réclament ces grandes mesures.

En conséquence, le trône de Louis XVIII est supprimé, et la République française reconnue, avec ses consuls faisant profession du culte catholique; les cent trente-cinq sièges épiscopaux et toutes les paroisses de France sont supprimés de même pour faire place à d'autres circonscriptions ecclésiastiques ; la propriété des biens ecclésiastiques est garantie aux acquéreurs par le Souverain Pontife, a qui on en reconnaît le haut domaine usurpé, il y a douze ans, parle clergé français, puis par l'Assemblée nationale, « un traitement convenable aux évêques et aux curés » étant assuré par le gouvernement comme indemnité, avec l'engagement « que les catholiques français puissent, s'ils le veulent, faire en faveur des églises des ton dations : un concordat est signé ainsi le 15 juillet 1801 entre les plénipotentiaires du Pape et du gouvernement français, et ratifié le 15 août par Pie VII dans sa bulle Eccksia Christi. Jamais le monde n'avait vu rien d'approchant de ce coup d'Etat de la puissance papale. Elle est portée soudain par la Providence à sa pleine et suprême extension, au lendemain du siècle de Bossuet et de Voltaire,

sur le chaos des ruines qu'ils ont faites. Le inonde est stupéfait, mais il s incline, et il applaudit.

Saint Gréj^'oire Vil, sur qui Bossuct et tout un siècle à sa suite ont jeté Tanathènie, avait déposé un roi des Romains monstrueusement ■criminel. Pie VII, le cœur brisé, a déposé un roi de I-rance, héritier non indigne de saint Louis, et plus de cent évêques confesseurs de la loi. Le salut du peuple, suprême loi, l'exigeait; et Dieu a montré à l'univers, heureux de le reconnaître, le pouvoir qu'a le Vicaire du Sauveur des hommes, du Roi des rois, du Fils de Dieu.

La Révolution prend sa revanche. Son fils, qui l'a mise à terre, la relève. H la redoute, et, animé de son esprit, il lui donne les gages sur lesquels elle ne transigera jamais. Au Concordat, selon saint Grégoire VII, il soude cyniquement les Articles Organiques selon Bossuet. L'article 24 porte : « Ceux qui seront choisis pour l'enseignement dans les séminaires souscriront la Déclaration faite par le clergé de France en 1682, et publiée par un Edit de la même année ; ils se soumettront à y enseigner la doctrine qui y est contenue, et les évêques adresseront une expédition en forme de cette soumission au conseiller d'Etat chargé de toutes les affaires concernant les cultes ». Pie VII proteste contre la basse tricherie, aussi incohérente <:]ue scandaleuse. Sur la promesse qu'elle cessera, il couronne Bonaparte empereur des Français sous son nom de baptême, Napoléon, et remplace par une quatrième dynastie celle trois fois séculaire de Hugues Capetet de Louis XIV. Le César perfide se joue de ses engagements. Pour contenter la Maçonnerie avec qui il a des engagements plus encore que pour obéir à une ambition insensée, il découronne le Pape qui l'a couronné ^ Il l'incarcère. Il tentera, en 1813, de lui ravir le pouvoir spirituel après le temporel, en se faisant livrer l'institution des évêques. Il s'est écrié, le i" janvier 181 1, lui

' « Qu'est-ce qui le portait à cette spoliation si injuste ? Selon les uns, son ambition insatiable ; selon d'autres, une suggestion de quelque secte ou taction ennemie de la papauté, une condition que lui avait imposée cette secte pour prix de son concours à son élévation au trône de France. J'adopterais volontiers cette dernière opinion qui me paraît plus vraisemblable. >. Pacca, Mémoires, 1845, t. II, p. II.

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excommunié, devant Maury, son archevêque intrus de Paris, en apostropliant l'abbé d'Astros, vicaire capitulaire légitime : « Il faut être Français avant tout. Il faut soutenir les libertés de l'Eglise gallicane. Il y a autant de distance de la religion de Bossuet à celle de Grégoire VII, que du ciel à l'enfer. Du reste, j'ai l'épée au côté, prenez garde à vous ' ! » Et l'associé d'emprisonnement de Pie VII, le cardinal Pacca, montre « Napoléon toujours à cheval sur les Quatre Articles ^ ».

Tout cela conduira le maître de TEurope à Canossa : le Canossa des neiges moscovites, le Canossa de Sainte-Hélène. Là, le poursuivra le pardon de Pie VII, son inébranlable paternité, son étonnante et plus que touchante gratitude. « J'ai oublié les torts de Napoléon, l'Eglise n'oubliera jamais ses services », dira-t-il de celui qu'il appelle toujours de son nom d'Empereur; et les prières du Vicaire de Jésus-Christ feront mourir ce terrible enfant prodigue dans les bras de Jésus-Christ.

L'nncien roi de France qui n'obtiendra jamais de Pie VII qu'il le félicite d'être remonté sur le trône'de ses ancêtres, s'empressera d'opposer au Pape Bossuet. Il faut faire un dogme du premier des Quatre Articles portant que « les rois... ne peuvent être déposés directement ni indirectement par l'autorité des chefs de l'Eglise », et faire aussi des dogmes des trois autres niant la pleine autorité du Pape dans l'Eglise et son infaillibilité doctrinale. Celle-ci n'est-elle pas la base des droits divins qu'il s'attribue sur la société religieuse, et si l'intérêt de cette société le réclame, sur la société civile ? Peu importe qu'on continue Napoléon dans la voie même où il a sombré ; il faut avant tout anéantir le sceau sacré de son titre impérial. Et puis la Révolution est là qui ne désarme jamais vis-à-vis de l'Eglise. Jadis son complice, naguère son candidat, Louis XVIII est son esclave. Quelles larges concessions il lui fait dans sa Charte ! La concession fondamentale est celle du relèvement du gallicanisme, qui va être l'entreprise par excellence des

' PoujOULAT, Le cardinal Maiiry, 1859, p. 272. * T. 1, p. 312.

lîourbons Je l;i soi-disant Kcstauration. Le christianisme de Bossuet doit, A rencontre de celui de Rome, être donné au monde par le trône et l'autel unis sous la devise fournie par Machiavel — entende/ Talleyrand — de la Ic^^itimitc, comme le christianisme unique et éternel.

Six mois après l'entrée de Louis XVIII à Paris, en novembre 1814, l'ancien évèque d'Alais,B^usset, publie son Histoire de Bossuet, panégyrique incessant et enthousiaste. Il dit de la Déclaration de 1682 : « Cette Déclaration est connue de tout le monde ; il est peu d'actes ecclésiastiques qui aient eu autant de solennité et obtenu autant d'autorité. Mais c'est surtout dans la vie de Bossuet qu'elle doit être inscrite comme le plus beau monument de son histoire. » Il dit « que sx\>Q.\\t Défense de la Déclaration du clergé de France... devait tôt ou tard rendre cette doctrine commune à toutes les Eglises de la catholicité » et que ^( c'est ce qui est résulté » en effet '. Le naît idiotisme du pauvre évèque croit cela. Louis XVIII le félicitera dès le 3 janvier 181 5, puis le fera pair, académicien, duc, cardinal, ministre d'Etat.

En 1818, l'abbé Frayssinous, illustre conférencier de Saint-Sulpice, publiera les Vrais principes deT Eglise gallicane sur la puissance ecclésiastique, la papauté, les libertés gallicanes, la promotion des évéques, les trois concordats et les appels comme d'abus. Il écrit résolument : « Bossuet, le plus grand théologien comme le plus grand orateur qu'ait eus la France... Marchons donc avec confiance sur les traces de nos pères; soyons fidèles à leurs maximes ' »; et il dira, en 1826, en présentant une troisième édition de son livre : « Repoussons ces écrivains étranges qui osent nous dire que le christianisme de Bossuet n'est pas le vrai christianisme ». Ces écrivains étranges, c'est le comte de Maistre qui, en 1820, a publié son livre Du Pape, en 1821, celui De l'Eglise gallicane, et dans son duel, comme il dit avec Bossuet, l'a entrevu. « mort protestant » ; c'est l'abbé de Lamennais qui, en 1825, a fait succéder à V Essai sur l'indifférence en matière religieuse-

' Livres Vil, XIV, XVII.

* Edition de 1826, pp. loi-iii.

son ouvrage non moins retentissant contre le césarisms gallican, De la religion considérée en matière religieuse dans V ordre politique et civil. Frayssinous a été tait, en i822,évèque d'Hermopolis, puis académicien, premier aumônier du roi, grand maître de l'Université, ministre des affaires ecclésiastiques. De 1815 à 1819, Saint-Sulpice vient de donner à A^ersailles une édition de Bossuet qui, souvent reproduite, va prendre place dans les bibliothèques des jeunes prêtres comme l'arsenal de la science ecclésiastique. Charles X, en 1825, jurera à son sacre le maintien de la Déclaration de 1682 avec celui de la Charte de son frère. L'immense majorité de l'épiscopat français, par la plus grande défection de ses annales, adhère l'année suivante à la funeste Déclaration, résistant à la voix du saint archevêque de Bordeaux, Daviau, qui meurt nonagénaire immaculé. Condamné en police correctionnelle, mais défendu par l'avocat romain Léa, honoré da suffrage de Léon XII, Lamennais ouvrira, en 1829, son YwrtDes progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Eglise reproduisant les condamnations pontificales des articles de Bossuet par celte prophétie : « Que la France et l'Europe s'acheminent vers des révolutions si nouvelles, c'est maintenant ce que chacun voit ». En juillet de l'année suivante disparaît comme un météore la dynastie à qui Frayssinous disait, il y a quatre ans : « La légitimité a vaincu pour toujours... Elle verra tous ses ennemis à ses pieds. » Le gallicanisme va mourir avec elle.

Il se débattra sous la monarchie bâtarde et de plus en plus révolutionnaire de juillet. Si l'orgueil fait tomber Lamennais, la soumission au magistère de Rome portera la brillante pléiade de ses disciples à la victoire dont il a donné le signal. L'Univers religieux, fondé par un modeste catholique, dont les mérites sont au-dessus des louanges qu'il n'a pas reçues, Eugène Taconet, va devenir, avec les Gerbet, les Lacordaire, les Montalembert, les Veuillot, les Coquille, le journal sans rival du clergé. La liturgie romaine ressuscite à la voix de Dom Guéranger. Rohrbacher, reprenant la voie de Baronius, ensevelit la perfide Histoire ecclésiastique de Fleury inspirée par Bossuet. Le droit canonique va renaître avec Bouix. La saine théologie sera popularisée en français par le cardinal Gousset. La

^ninùc iiKicliinc de guerre opposée à cette renaissance catholique, est Hossuei. Le ministre Villemain, voulant, par le monopole Universitaire, imposer ;\ la l-rance rcnseigucment laïque^ condition de la saciclc moilcrnc proclame les Quatre Articles les Libertés de l'Eglise gallicane, les bases de cette société et il' un gouvernement qu on ne confesse pas. Le Manuel du droit public ecclésiastique du président Dupin, foulant aux pieds ce droit, paraît sous le patronage du Discours sur l'Eglise de Bossuet. Il est condamné par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, auquel adhèrent plus de soixante évêques français et par le Pape ; mais le mandement du cardinal est condamné comme d'abus pour avoir attaqué l'autorité de VEdit de Louis XIV imposant l'enseignement des Quatre Articles, et avoir donné autorité et exécution à la Bulle Auctorem fidci. Et voilà que le grand Pontife de l'Université, le panthéiste Cousin, invoquant la Déclaration des droits de rhomtne en même temps que les Quatre Propositions de Bossuet, réclame l'enseignement obligatoire de ces Quatre Propositions, Louis-Philippe n'ose le décréter, le cardinal Gousset lui faisant observer que, d'après la première, le trône appartient au petit-fils de Charles X. Il n'en reste pas moins avec elle, féru de l'esprit césarien. Rouge de colère des îésistances épiscopales, il dira le i*"" janvier 1847 à l'archevêque de Paris, futur martyr : Souvenez-vous que l'on a brisé plus d'une mitre. — Cela est vrai, Sire, répond Affre, jnais que Dieu conserve la couronne du roi, car on a vu briser aussi bien des couronnes ! Et en une matinée du 24 février 1848 aura disparu le roi de juillet.

La quatrième dynastie inaugurée par Pie VII reparaît au sein du chaos social, dans le neveu inattendu de Napoléon I". Le fils de Napoléon III aura pour parrain Pie IX, qui, le 10 septembre 1857, dans un décret Imperii Galliaruni, fera ajouter au canon de la messe « le nom de l'Empereur ». Reconnaissant comme le fondateur de la dynastie, et tremblant devant les menaces de mort de la Révolution aux chaînes de laquelle il s'est lié, le nouveau César ne tardera pas deux ans de porter au trône douze fois séculaire du Vicaire de Jésus-Christ des coups mortels. Ce ne sera pas sans mettre sur le siège de Paris tel qui, vite, en 1864 se proclame 1' « admirateur de l'immortel évêque de Meaux », de « cette haute et belle figure » et

l'approbateur de la Déclaration de 1682 ', Darboy,que le 26 octobre 1865, Pie IX qualifiera de « Febronius ». Pie IX vient, le 8 décembre 1864, dans l'Encyclique Quanta cura et le Syllahus, le ca.t3.- \og\iQ, des principales erreurs de notre temps, d'infliger de nouveaux stigmates aux doctrines de la Déclaration tant de fois réprouvée. Mais aussi, en mars 1865, le Sénat a entendu ce triumvirat, l'ex-ministre Rouland, le président Bonjean, ^archevêque Darboy, dresser Bossuet contre Pie IX; et le premier président Delangle, faisant à l'archevêque l'honneur de se taire après l'avoir entendu, a dit en l'associant à Bossuet : « Il est fidèle à la doctrine de Fleury, de Frayssinous et de tout l'épiscopat français jusqu'en 1830 ». C'est aux an^//;t'm^i du concile du Vatican à en finir, au milieu d'orages inouïs, avec Bossuet, en restituant au Vicaire de Jésus-Christ son plein pouvoir de juridiction dans l'Eglise et son infaillibilité doctrinale, le texte même de Bossuet, nisi Ecclesiit consensus accesserit éiant ici retourné contre lui : Rom.mi Pontifias definitiones ex sese, non autem ex consensu Ecclesice irreformahiles esse. Les orages infernaux sont couverts à l'instant par un déchaînement apocalyptique du fléau des armes, où s'abîme en un mois l'Empire napoléonien ; et le bossuétisme qui menaçait d'un schisme l'Allemagne et la France est enseveli dans la tombe réprouvée du « Bossuet » allemand, le chanoine apostat Dœllinger. Notre cynique et féroce vainqueur tente sa résurrection. Associant sur le drapeau de sa dite guerre de la civilisation l'Aigle de Meauxà l'Aigle de Prusse. Bismarck menace, en mars 1874, '^ France d'un nouvel écrasement si elle abjure le gallicanisme. Bossuet ou la mort. Il écrit aux ambassadeurs allemands accrédités auprès des grandes puissances : « Une France vassale de la théocratie romaine est incompatible avec la paix générale. Seule la séparation du gouvernement français d'avec la cause de l'ultramontanisme est la meilleure garantie de la tranquillité européenne et du développement pacifique de la vie politique des deux peuples séparés par les

^ Lettre du 20 novembre de Mgr Darboy à M. Floquet, auteur de Bossuet précepteur du Dauphin, dont le livre est couronné parla Déclaration en latin et en français.

Vosges ' )'. Quelques années encore, et l'Europe verra Bismarck aller ;\ Canossa. Que dis-je? le chancelier de fer sollicitera l'arbitrage du Pape dans un conflit avec l'Espagne, et, perdant sa cause, il s'inclinera. Ce Moyen Age pontifical si odieux à Bossuet, c'est un luthérien, c'est un Bismarck qui le ressuscite !

Et la France — ou plutôt la satanique tyrannie qui l'a surprise et l'écrase — s'obstine à mettre son salut en ce vil courlisan, qui plus que Voltaire a jeté l'outrage à la face de saint Grégoire VII, sauvant par sa douce intrépidité et sa tr.ort en exil, Y amour de la justice el la haine de l'iniquité en Europe -, en cette triste idole-, Faille de Mcaux ^ ! Le dernier des châtiments est attaché à son autel ou plutôt à son pilori. A cette heure où les Quatre Articles, visiblement hérétiques, sont toujours loi de TEtat, pour frapper nos évêques à la tête '\ l'athéisme est le dogme du Gouvernemeni. le piésident Carnot, à Lyon, a dû se garder d'entrer à l'Eglise en ce jour de la fête patronale de saint Jean-Baptiste, où, franc-maçon, il est tombé sous le couteau d'un autre sectaire. L'Etat bossuétiste tst athée. Plus de Dieu, mais Bossuet ! Qu'on mesure le crime de l'Aigle de Meaux à sa punition divine.

Et quelle punition aussi que l'inévitable lumière de l'histoire, la lumière écrasante pour tant de vieux mirages, nés des habilités sectaires, que les préjugés voudraient continuer encore !

J'entrais un jour chez le libraire de Pans Toulouze. « Vous aniit::^ un quart d'heure trop tard, me dit-il, Sainte-Beuve sort d'ici. — Et que vous a-t-il dit} — Je lui demandais^ maintenant quil déclare un Port-Royal définitivement achwé, cequil fallait, entre nous, penser des

* Dans V Univers, lo nov. 1892.

- '• T scrittori... vilmente cortigiani... Tautore, quai che egli sia, délia Dz/wa dcUa Dichcara:(ione delta clero galîicano Civitta catholica, 1862, p. 285.

3 Quelle idolo che e per moeti V Aqiiila di Meaux Civilta caltolica, 19 gernnaro 1860, p. 214.

^ 1 e 20 décembre 1900, Mgr îsoard est condamné comme d'abus. « Vu le décret du 24 février 18 10 qui déchire loi de l'Etat l'Edit de mars 1682 sur la Déclaration du Clergé de France de la même année... Loubet, Waldeck-Rousseau. »

Jansénistes. — Ils ne valaient pas grand chose, ma-t-il répondu ». Bossuet pouvait prendre sa part de cet aveu testamentaire. On assure^ d'ailleurs, que le fin critique disait de lui à ses intimes : C'ÉTAIT UN VILAIN HOMME. Le lecteur jugera si la vérité s'échappait de la bouche non suspecte de l'insigne érudit.

Nous sommes loin du témoignage rendu par le saint Pape Clément XI à la grande victime de Bossuet^ que victiment encore les bossuétistes. Fénelon étant mort le 7 janvier 171 5, le cardinal Sacripanti écrit le 5 février à un chanoine de Cambrai : c La triste nouvelle qu'il vous a plu de me donner du passage à une meilleure vie de l'archevêque de cette ville a causé un singulier chagrin à Notre-Seigneur qui l'aim.ait comme un père pour les qualités sublimes de son esprit, pour la saine doctrine qui faisait fon honneur, pour le zèle très pieux qu'il a toujours montré dans toutes les occasions, non seulement qui concernaient son archevêché mais mieux toute l'Eglise catholique ».

Pour Bossuet, un texie de Tertullien, dans l'éloquence duquel il a tant puisé, offre trop de douloureuses applications aux écrits de sa vaste carrière. Tertullien écrivait au prêtre Marcion acharné ci combattre les croyances de l'Eghse : « Vous êtes mort, vous qui n'êtes pas chrétien, ne croyant pas, ce qui étant cru fait les chrétiens. Et vous êtes d'autant plus mort que vous êtes moins chrétien, vous qui, l'ayant été, êtes tombé... en détruisant ce qu'auparavant vous aviez cru, rescindendo quod relro credidisii * ». Ces paroles atteignent au cœur le brillant disciple de Nicolas Cornet, du dernier grand docteur de la vraie Sorbonne, faisant dès le lendemain de sa mort défection à ses enseignemients, et à sa mémoire paternelle. Le Tertullien français a oublié les remontrances du Bossuet africain.

A l'heure présente du second centenaire de la mort de l'évêque de Meaux, en qui d'aveugles et fous enthousiasmes s'obstinent à voir c( l'Eglise catholique faite homme ^ » et le grand saint de France

* De carne rbristi, 2.

- M. Crouslé, Fénelon et Bossuet, t. II, p. 83.

dont ils ont le culte « i)rès du culte de Notre-Sci<:;neur et de la Sainte Vierge ' ». des Ilots d'encens académique ou sectaire vont monter autour du trophée marmoréen, haut de quin/e coudées, oùj ayant à ses pieds le giand Dauphin, le grand Condé, Turenne, la Valliére, et son aigle qui s'élance en avant de la chaire, Bossuet se dresse avec un geste the'âtral. A ce prêtre, à cet évêque qui a fait tant de mal à l'Eglise, s'il lui a fait un bien qu'elle a aimé à reconnaître, à ce docteur qui a mis hors de la voie catholique philosophie, théologie, droit canonique, histoire ecclésiastique, à cette pauvre âme, ce qu'il faut avant tout et par-dessus tout, avec le signalement de ses aberrations pour en arrêter la contagion, ce sont des prières adressées au Dieu des miséricordes. Lui-même les implore. Près d'expirer, avant de charger Ledieu « d'assurer M"^ de Mauléon de son souvenir jusqu'à la fin », entendant ce fidèle secrétaire lui « marquer le souvenir de quelques-uns de ses amis si intéressés à sa personne et à sa gloire : Cesse^ ces discours, a-t-il dit, demandons pardon à Dieu de nos péchés » .

' Mgr de *** Annales salesicnnes, 20 juillet 1898.

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