‹ Étude critique sur Bossuet, avec une not. nécrol. et une préfChapitre 42 sur 48 · MORT DE BOSSUET · texte numérisé non relu

MORT DE BOSSUET

Cependant la mort s'avance et déjà frappe à la porte. Bossuet va passer encore les deux dimanches des 2 et 9 mars sans entendre la messe. Le 2, M"''' de Maintenon lui ayant écrit pour avoir sa Rclaiioii diiQuiéîisme et la Relation de l'Assemblée du clergé de 1700 sur cette affaire, « il lui a fait une réponse de sa main, mais d'une si mauvaise écriture qu'il ne l'a pas envoyée » ; et il a chargé son neveu « d'envoyer à Versailles le paquet des deux livres ». Le soir, M"^ Bossuet a donné un festin à l'évèque de Troyes et à onze autres convives. « Le repas était magnifique en gras et en maigre, avec tout le bruit qui accompagne ces sortes d'Assemblées, et néanmoins dans l'antichambre de M. de Meaux..., tandis qu'il est presque à la mort ! »

Ledieu qui gémit ainsi écrivait, il y a un mois déjà, le 3 février, à travers « la musique, le carnaval payé » et tout le torrent des dépenses : « Joignez à cela le fait qu'il n'y a pas un sou chez M. de Meaux, que l'on ne paye personne ; que M. l'intendant, je veux dire M. l'abbé Bossuet, se plaint que M. de Meaux n'est pas payé ; que ses pensions sont en billets qui ne se payent pas ; il l'a répété cent fois. Ajoutez que toute son industrie est de faire payer rigoureusement les moines de Saint-Lucien, et faire rouler la maison de. M. de Meaux sur les revenus de cette abbaye. » S. Benoît et les pieux fondateurs s'attendaient-ils à cette destinée de la grande abbaye de Beauvais ?

Le 3 mars, après une « nuit très mauvaise... M. de Meaux est retombé tout à fait dans son assoupissement d'autrefois, n'ayant ni parole ni connaissance, et peut-être pas d'ouïe, car il ne répond à rien ». Revenu de ce « péril certainement très grand, » et étant « tellement fondu que ce n'est plus presque qu'un squelette », il comprend enfin qu'il s'en va, et dit à ses deux médecins : Au moins, messieurs, vous êtes sages, vous m' avertir e^^ quand il faudra recevoir les Sacrements. Le 15, toutefois, Tournefort le rassure, trouvant « que l'estomac reprend son état naturel », et ajoutant : « Après cela, les remèdes ne vous manqueront pas pour vous fortifier. »

M"= de Mauléon vient d'apporter un remède merveilleux, que le docteur a repoussé comme inutile autant qu inconnu. « Sur le midi, dit Ledieu, M"^ de Mauléon vint voir M. de Meaux, lui apporter son eau divine, dont elle voulait absolument lui faire prendre, comme devant lui rendre la vie. M. de Tournelort est venu, qui l'a bien contrariée, en refusant constamment de permettre à Monseigneur de boire de cette eau qu'il ne connaissait pas et qui était entièrement inutile au malade dans la bonne disposition où il était. Cette pauvre fille ainsi chassée s'en est allée fort mécontente, et néanmoins après avoir souvent baisé la main de M. de Meaux. »

Mais dès le lendemain, dimanche des Rameaux, le malade doit renoncer aux assurances données par le docteur. Ledieu écrit le lundi : « Je lui ai proposé la visite de M. le vicaire de Saint-Roch, dont il a reçu très agréablement la proposition avec toutes ses suites, c'est-à-dire avec la confession^ la messe et le Saint Viatique... M. de Meaux... y a communié en viatique, ayant auparavant récité le Credo avec une force et un courage admirables. A la fin de la messe nous avons récité le Te Deum en action de grâces ». Rituel instantané de Bossuet, prenant la place du Rituel romain obligatoire, et du Rituel même de Paris ou de Meaux !

La veille au soir, l'abbé Bossuet est parti pour Versailles « avec quatre-vingts exemplaires du livre de son oncle sur le texte d'Isaïe Ecce Virgo patiet et le Psaume xxi, dont i: fera le lendemain les honneurs (( au roi, aux princes et princesses et qu'il doit envoyer aux seigneurs et aux ministres ». De retour à Paris le mardi, il

« est venu avec empressement prendre une douzaine de livres pour les Jésuites, qu'il a porte lui-môme, avec le maroquin du père de la Chaise ». Ayant vu le cardinal de Noailles le jeudi saint, il ira le 'vendredi coucher à Meaux. « Il a fait porter de la vaisellc d'argent dans la charrette et a fait marcher le cuisinier de M, de Meaux avec les aides d'office et de cuisine, pour donner à dîner le jour de Pâques aux chanoines ; il emporte aussi nombre d'exemplaires du nouveau livre pour en faire des présents aux chanoines et autres. » Le jeudi saint, Bossuet a entendu la messe « dans son lit, sur son séant w. Le jour de Pâques il ne l'entendra pas même ainsi. Le mercredi, M. et M""' Bossuet étant partis sur les onze heures du matin pour Ferrières où le frère de M"" Bossuet doit régaler une grande compagnie, « en le même temps, ajoute Ledieu qui rayera ces lignes. M"' de Mauléon est venue voir M. de Meaux, et elle est demeurée à son chevet jusqu'à une heure de l'après-midi ». Cette entrevue de deux heures est d'autant plus frappante que le cardinal de Noailles n'avait pu être reçu la veille.

Après le départ de M"^ de Mauléon, Bossuet a reposé une heure encore. S'étant levé et a3^ant dîné près de son feu, « il a été bien aise d'entendre la lecture du livre De la souveraineté des rois... dont on dit que le P. Quesnel est auteur. M. de Meaux l'a fort loué et approuvé ». La doctrine de ce livre est celle du premier de ses Quatre Articles, le césarisme. Le jansénisme de Quesnel est, d'ailleurs, celui de Bossuet. Aussi le lendemain, Bossuet, parlant de V Ordonnance de Fénelon contre le Cas de conscience janséniste, dira que M. de Cambrai était un esprit extrême, qui outrait tout.

Reste, parmi ces attitudes de Bossuet mourant, celle vis-à-vis du Pape, au sujet des Quatre Articles si expressément réprouvés, improbanius, par la Bulle Inter multiplices d'Alexandre MIL Son approbation du récent livre de Quesnel l'a trop annoncée hier. De suprêmes instructions touchant la Défense de la Déclaration, dont il a tait en 1700 une dernière revision sous le titre de Gallia orthodoxa> données à son neveu de retour de Meaux, le 26 mars, sitôt après le départ de M"* de Mauléon d'auprès du lit de Bossuet, vont tout préciser. Le neveu écrira, dans un Mémoire présenté au roi en 1708,

en lui remettant la copie retouchée par l'auteur de la première rédaction de la Défense de la Déclaration :

« Cet évêque, sentant approcher la fin de sa vie, remet lui-même l'original de cet ouvrage entre les mains de son neveu, lui ordonnant expressément de le bien conserver, et de ne le remettre jamais entre les mains de personne qu'en celles de Sa Majesté quand elle le trouverait à propos, ou que par des raisons d'Etat, elle fût résolue à le rendre public... Il y avait lieu de craindre que la cour de Rome n'accablât ce livre de toute sorte d'anathèmes... ; que sa mémoire ne manquerait pas d'être attaquée et flétrie autant qu'elle le pourrait du côté de Rome ; mais que sur cela, il fallait, continuait-il, s'abandonner entièrement à la Providence et à la volonté du roi, dont la pénétration égalait la sagesse et la piété. »

Grandement « scandaHsé » ici, le comte de Maistre écrit : « Ce beau discours ne nous ayant été transmis que par le neveu, il suffit dédire quil a menti, et Bossuet est absous... Si l'on ne veut pas admettre la supposition d'un mensonge de la part du neveu, il n'y a point de milieu : il faut croire que Bossuet est mort protestant ' ». Mais rien ne nous autorise à charger l'abbé Bossuet, écrivant au roi, d'un mensonge dont on ne voit pas l'utilité. Nous trouvons d'ailleurs Bossuet parlant et agissant en pleine concordance avec le discours que lui prête son neveu et confident.

« Je cache mon nom... Je me dérobe aux injures de ceux qui agissent par d'aveugles préjugés et des haines », a-t-il dit dans la première rédaction de son ouvrage, à la dernière page. S'il ose parler en son nom dans la seconde rédaction, c'est qu'il n'est pas question, lui vivant, de donner l'ouvrage ^u public. Mais la dernière page fait toujours lire : « Quoi qu'il arrive, je porte avec sécurité cette cause au tribunal du Christ. Si le siège apostolique, ayant égard au droit et à l'équité, impose provisoirement silence aux deux partis, je promets d'obéir. » Le comte de Maistre a donc raison d'écrire un peu plus haut: « Ainsi Bossuet, pour ainsi dire, dans son testament théologique, nous déclare « que le Pape n'a pas droit d'examiner et de décider les

^ De r Eglise gallicatte, 1821, p. 232, 233.

questions tliéoloL;iques qui peuvent s'élever dans l'Eglise, et que toute son autorité se borne ;\ imposer silence aux parties litigeantes, m attcjtilatU un concile général ». Mais il a eu tort d'ajouter : " Jamais je me déciderai \ mettre sur le compte d'un homme non moins célèbre par ses vertus que par son génie, ces criminelles erreurs exhumées, de je ne sais quel manuscrit, quarante-un ans après la mort ; rien ne saurait sur ce point ébranler ma croyance, et quand on me montrerait l'écriture de Bossuet, je dirais qu'elle est contrefaite. » «■ L'écriture » est bien authentique, et plus authentique que les « vertus » adjointes par le noble comte au « génie » de Bossuet. Reste donc, au compte du terrible logicien, son mot et malgré lui aux épouvantes de l'histoire : Bossuet est mort protestant.

La fin approche. Le 7 avril, Tournefort amène le médecin Marin en consultation. « Conclusion : de donner demain au malade l'extrème-onction et le saint viatique... Ce soir M. l'abbé a écrit au diocèse pour demander des prières au sujet du viatique. » Le 8, à six heures du matin, l'on a apporté de la paroisse le saint viatique et l'extrème-onction. A l'encontre du rituel romain^ et selon le rituel parisien, « M. de Meaux a reçu d'abord l'extrème-onction et ensuite le viatique, répondant à tout avec fermeté, résolution et édification, sans parler, sans ostentation, docile comme une humble brebis du troupeau commun de l'Eglise ». Tout Paris sait les derniers sacrements, écrit Ledieu.

Le mercredi, 9, le cardinal de Noailles est venu voir le malade à midi, « et lui a parlé assez longtemps avec charité en présence de nous tous. M. l'abbé Bossuet lui a demandé sa bénédiction pour M. de Meaux. M. le cardinal lui a répondu qu'il la voulait recevoir de M. de Meaux et la lui a donnée en même temps. Je vous recommande mon neveti, lui a dit M. de Meaux. Vous save^^ combien je l'affectionne, lui a répliqué le cardinal, et je veux en avoir soin ; puis il s'est retiré. Il avait dit encore ; Le roi vous aime, monsieur, et il est tout recommandé ».

Le jeudi soir, Tournefort <l dit qu'il n'y avait plus de recours qu'aux prières des agonisants ». On renvoie néanmoins ces prières ; et le lendemain Ledieu écrit :

« Le vendredi, ii avril 1704. La nuit a été très mauvaise... l'accablement continue, les douleurs aussi : «lies ont paru si vives ce matin et jusqu'à midi que nous avons cru que c'était la dernière heure. M. l'abbé Bossuet lui a demandé sa bénédiction, nous en avons tous fait autant ; il est plein de l'esprit de Dieu, parlant peu, mais toujours avec piété ; je lui ai marqué ma parfaite reconnaissance de toutes ses bontés, et le souvenir de quelques-uns de ses amis, si intéressés à sa personne et à sa gloire. Cesse^ ce discours^ m'a-t-il dit, demandons pardon à Dieu de nos péchés. Il m'a ensuite chargé d'assurer M"' de Mauléon de son souvenir jusqu'à la fin, et de lui amener M. Hébert, curé de Versailles, aujourd'hui évêque d'Agen, qui reçut, cet été dernier, son testament. Je l'ai été quérir ; le malade n'a pas eu la force de lui parler : ses paroles n'étaient pas formées, et M. l'évêque d'Agen n'y a rien compris ; il s'en est allé après avoir fort entretenu M. l'abbé Bossuet; c'est tout ce que M. de Meaux avait demandé... »

Les préoccupations extrêmes de Bossuet étaient du côté de M'" de Mauléon et de l'abbé, son légataire universel et son exécuteur testamentaire. Sa réputation était trop en effet entre leurs mains, avant tout entre les mains de l'abbé.

En sortant, l'évêque d'Agen dit qu'il était temps de dire les prières des agonisants ; et ne pouvant le faire lui-même à cause de ses affaires pressantes, il alla quérir le vicaire de Saint-Roch qui les fit dans le temps que le malade s'était réveillé de son assoupissement c( en sorte qu'il les entendit avec une grande attention ' ».

(( La force, écrira Ledieu, est revenue l'après-midi; la tête est toujours très libre, mais les douleurs vives... Ah ! je nen puis plus ! dit -il souvent ;... la poitrine s'engage ; on sent un peu de râle commencer dans la gorge ; l'accablement est extrême : tout est ainsi ce soir, neuf heures -. »

^ Récit de Saint-André. Mémoires et Journal de Ledieu, t. 1 p. 271.

2 « Le reste de la journée se passe dans des douleurs qui étaient discontinuées que par de petits assoupissements, qui lui prenaient de temps en temps, et il ne prononça pas une seule parole d'impatience, disant seulement quelquefois : Mon Dieu VJi !::cu^re! Mon Dkuque je sou^Jr: ! Saint-André, ihid.

LetlicLi quitte Rossuct à ce moment. L'abbé et toute la lamillc le quitteront à minuit. Un ami de BDSsuet, Saint-André, curé de Vorcddy et vicaire général de Aleaux, reste là avec les domestiquer. Il notera le lendemain les détails de la fin.

« Nous dcmeurAmes, avec toute sa famille, jusqu'à minuit, d.ins sa chambre et auprès de son lit ; lorsque nous aperçûmes qu'il dormait assez tranquillement, tout le monde se retira dans l'espérance de le revoir le lendemain. Je restai seul avec un valet de chambre et d'autres domestiques, ayant quelque pressentiment de ce qui devait arriver. Il sommeilla jusque vers trois heures ; alors, le réveillant assez doucement, on tâcha de lui taire prendre quelque cho::e, mais inutilement. Je m'approchai de lui à peu près à quatre heures, m'étant aperçu qu'il faiblissait fort et que son pouls commençait à se dérégler. Je le lis ressouvenir de jeter la vue sur l'auteur de la consommation de notre foi, Jésus-Christ. Je lui lus distinctement quelques passages de l'Ecriture, rapportés dans le Rituel de Paris et qui sont très propres à l'état où il se trouvait, et un peu avant quatre heures et demie, il poussa deux ou trois soupirs assez légers, avec lesquels il rendit sa sainte âme à Dieu, sans agonie et sans aucune convulsion * ».

Le mourant, dans sa dernière demi-heure, entendait-il cette lecture dQ passages de VEcritiiie qui semble être d'un ministre protestant, et qui est en fait d'un partisan de Quesnel comme Bossuet ? Qu'il eût mieux valu alors lui faire entendre ces paroles que le Rituel romain met dans la bouche du chrétien qui expire, celui qui l'assiste parlant en son nom : Jésus ! Jésus ! Jésus ! Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. Seigneur Jésus-Christ receve:^^ mon esprit. Sainte Marie prie:(^ pour moi. Marie, mère de grâce, mère de miséricorde, protége:^-moi contre V ennemi et receve:^-moi à l'heure de la mort! Dans dix ans, sur le témoignage du valet de chambre Lassalle, qui a été au service de Bossuet pendant ses dernières années, et puis est allé apostasier à Genève, le ministre Pictet soutiendra à l'évêque et prince de Genève, Rossélion de Bernex, c( qu'il savait, à n'en pouvoir douter,

' Ibid.

que ce Prélat étant au lit de mort ne voulut jamais quon lui récitât d'autres prières que l'oraison dominicale, preuve, ajoute le ministre, quil n'approuvait pas même les prières quil avait composées pour les saints. » LeP. de Riberolles, Saint-André et le vicaire de Saint-Roch, Gaucher, qui a administré Bossuet, attesteront, en avril 1715, dans trois certificats, qu'il a récité le Confiteor où l'on prie les saints, répondu aux litanies des saints et déclaré croire tout ce qu'enseigne l'Eglise catholique, apostolique et romaine, donc, l'invocation des saints. Mais le journal de Ledieu et le récit de Saint-André ne nous montrant pas une seule fois, dans la maladie de Bossuet, une invocation de lui adressée, selon la piété catholique, à la Vierge et aux saints ; on comprend l'erreur du valet de chambre et l'occasion de la calomnie.

Le vicaire de Saint-Roch fait d'ailleurs de Bossuet un éloge compromettant. Les curés de Paris plus ou moins jansénistes, ne cessent depuis un demi-siècle, en flétrissant hs fidèles qui se confessent aux réguliers, de « faire partout de grandes éloges de la hiérarchie^ « de ne prôner que les hiérarches K » La déclaration de Gaucher se termine ainsi : a Je proteste enfin que, pendant plus d'un an que j'ai vu assez souvent cet illustre évèque, j'ai remarqué un homme vraiment hiérarchique et catholique '. »

Ainsi mourut loin de son diocèse, paroissien d'un curé de Paris, après trente-quatre ans d'épiscopat, dont vingt-deux sur le siège de Meaux, à l'âge de soixante-seize ans, six mois et seize jours, Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, abbé de Saint-Lucien de Beauvais, prieur du Plessis-Grimoult, ex-prieur de Gassicourt, aumônier de la duchesse de Bourgogne, conservateur des privilèges de l'Université, supérieur du Collège royal de Navarre, conseiller d'Etat.

■ ' Rapin, Mémoires y 1. 1, p. 484.

2 La vie de Mgr de Rossélion de Bernex, cvèque et prince de guerre par M. Boudet 1851, p. 49-56.

OBSÈQUrîS DE BOSSUET

« Il est vrai, dit Ledieu, que M. de Meaux est mort ce matin 12 avril 1704, quatre heures un quart. Peu après M. l'abbé en a été averti ; il s'est habillé et a été s'assurer du fait, puis il est parti pour Marly en droiture sans aller à l'archevêché... Ainsi la première nouvelle de la mort est arrivée à Marly par notre abbé, de qui le père de La Chaise l'a apprise, et puis le père l'a portée au roi, et lui a présenté iM. l'abbé. Le roi a témoigné bien de la douleur et des regrets de la perte de M. de Meaux, et aussitôt il a donné à M. l'abbé l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais, en rendant celle de Savigny qu'il a. La cour a applaudi à ce don. M. l'abbé est venu plein de joie et témoignant une grande satisfaction... Cependant dans le cœur il est fâché de n'être pas évê^ue. Je l'ai connu parce qu'il a raconté qu'il avait dit au roi l'injustice des Cambrésiens contre lui... Les gens du monde sentent que c'est une tache de ne pas lui avoir donné l'évêché. »

L'après-dînée, l'abbé ira donner avis de la mort au cardinal de Noailles, sur l'appui duquel il compte pour l'évêché de Meaux, dont il ne désespère pas encore : à Noailles qui, Louis XIV mort, le fera nommer par le Régent évêque de Troyes. Le corps du défunt est ouvert : on y trouve dans la vessie ulcérée, gangrenée, couverte d'un sang noir et toute noire elle-même, une pierre grosse presque comme un œuf, et la vésicule du fiel pétrifiée. Le corps embaumé est placé dans un cercueil de plomb. Le soir le testament cacheté

est. remis aux neveux par l'évêque d'Agan. Il sera ouvert le lendemain dimanche par le lieutenant civil.

« M. l'évêque de Meaux, dit Ledieu, demande d'être enterré dans sa cathédrale, auprès de l'autel, du côté de l'Epitre; il demande aussi 500 messes aussitôt après sa mort ; il institue M. l'abbé Bossuet son légataire universel, priant ses autres neveux de l'avoir ainsi pour agréable, et il le nomme son exécuteur testamentaire, lui recommandant d'avoir soin de ses domestiques et de les récompenser à proportion du temps de leurs services, sans marquer aucune récompense particulière, sans en nommer un seul, ni M. PhéUpeaux, son grand vicaire, ni moi qui le sert depuis 1684 avec un attachement dont tout le monde me rend témoignage : d'ailleurs les pauvres ne sont pas seulement nommés dans ce testament. »

L'abbé Bossuet qui, il y a trois mois, témoignait ne pas se soucier de la qualité de légataire universel, « disant que M. de Meaux n'a rien à donner et qu'il doit à lui et à M. Bossuet soa frère plus qu'il n'a vaillant », n'accepte pas cette qualité ; et dès ce jour met en compromis la réputation de son oncle, à qui il a tant répété, au moment du testament, que lui et les siens ne souffriront pas que cette réputation ait la moindre atteinte. Il vient pourtant d'être élu tout d'une voix, par les chanoines de Meaux, vicaire du Chapitre, le siège vacant, et comme identifié à son oncle.

Le dimanche soir, après huit heures, tout le clergé de Saint-Roch précédé des enfants orphelins à l'ordinaire, vient prendre le corps et le conduire à l'église, (( avec un grand concours des amis particuliers de M. de Meaux, et surtout des ecclésiastiques et particulièrement de Navarre ', » Le mardi l'évêque d'Agen s'offre d'accompagner le corps à Meaux et d'y faire Toftice pontifical des obsèques. Le départ de Paris a lieu le lendemain, à 6 heures du matin, et le corps est remis à Meaux dans l'église du séminaire. Le jeudi « les paroisses et communautés de la ville et des faubourgs » s'étant rendues à la cathédrale, les obsèques auront lieu ainsi, d'après le tableau de Ledieu marchant seul de son rang.

* Ledieu.

« M. Gnuchcr, vicaire de Saint-Roch, avec ses deux prôtres, attendait dans l'cglisc du séminaire à coté du corps pour en faire la présentation à M. le doyen; il la lit par un discours latin à la louange du défunt, et rendit un témoignante particulier des derniers sacrements qu'il avait rei;us avec tant d'édification ; M. le doyen y répondit aussi en latin avec de grands sentiments de douleur; puis on fit la levée du corps à l'ordinaire et le convoi marcha en bon ordre à la cathédrale — 36 pauvres hommes commençoient le convoi, vêtus de gris, avec des fLinibeaux; 12 hommes de livrée en avaient aussi; les officiers de la cour épiscopale précédaient le corps immédiatement ; j'allais après eux, seul de mon rang; le Verger : huissier ecclésiastique) de l'évêché me suivait, le porte-crosse venait après, revêtu d'une chape noire, la crosse couverte d'un crêpe ; et le portemitre suivait lecorps, lamitre aussicouverted'uncrêpe. LesPP. Cordeliers portaient le corps ; 4 anciens chanoines portaient le poêle ; 6 valets de chambre, maître d'hôtel et autres officiers étaient autour du corps en manteau long de deuil; M. Bossuet, M. l'abbé, M. Dumont suivaient, et après eux toutes les compagnies de justice et de la ville en leur ordre accoutumé — M. l'évéque d'Agen n'a point paru à la levée du corps... Il a dit la messe pontificale et a mis le corps en terre. Il y avait à cette cérémonie non seulement toute la ville, mais encore un peuple immense de la campagne. »

L'abbé Boisuet posera la pierre tombale « auprès de l'autel » et n'oubliera pas d y unir son nom à celui de son oncle et de décliner sur trois lignes ses titres d'abbé de Saint-Lucien et d'archidiacre de Meaux.

Le lendemain des obsèques, Phélipeaux présente au chapitre le testament de Bossuet. Le jour même il a remontré à l'abbé « que ce testament déshonorait M. l'évéque de Meaux, non seulement parce qu'il n'y était nulle mention des pauvres, ni des récompenses de ses domestiques, mais pas même de son Eglise si ce n'est pour y mettre son corps ; » et « il n'était pas |d'avis qu'on présentât ce tesament au chapitre, et qu'il fallait plutôt le cacher que le manifester » . L'abbé s'est décidé alors à donner un ornement complet à l'église .de la couleur qu'on le souhaiterait. Le chapitre Ta choisi blanc

et a témoigné beaucoup de reconnaissance, sans autre réflexion.

L'abbé qui ne veut pas être légataire universel, a eu soin de mettre la main sur les ornements épiscopaux de son oncle, sur ses manuscrits qu'il exploitera, sur ses « livres d'estampe y>, sur la vaisselle d'argenté Ce n'est pas l'affaire des personnes intéressées à la succession, alors, qu' « on parle bien mal par tout Paris des dettes de M. de Meaux : qu'il en est chargé pour plus de deux cent mille francs; de trois cents et de cinq cents, disaient d'autres. ))Ledieu répète d'après l'abbé que « la seule dette est de dix-huit mille francs », et que l'abbé, « légataire universel;, se charge de tout». L'abbé lui-même « a parlé au roi pour justifier M. de Meaux, et le roi a promis d'en parler aussi devant la cour». Mais tout autrement grave est la situation.

Les créanciers Pajot réclament les quarante-cinq mille livres dont Bossuet s'est porté caution à l'achat par M"^ de Mauléon des maisons et du droit de Halles, et les intérêts, en partie non payés, de cette somme. Ils ont fait « opposition... aux scellés apposés... sur les biens et effets du dit feu seigneur, évêque de Meaux », qu'a fait apposer l'abbé ; et il y a « saisies et arrêts faits à leur requête èsmains des fermiers du temporel de l'évêché de Meaux et de l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais -. »

Par une transaction du 7 mai avec les Pajot, l'abbé Bossuet s'oblige, au cas qu'il n'accepte ni la qualité de légataire universel ni celle d'héritier, à faire ratifier aux héritiers éventuels les conventions suivantes. Il consent « à la vente et adjudication par décret... des maisons et du droit de halles aux poissons d'eau douce... saisies réellement et dont les criées, ventes et adjudications par décret se poursuivent aux dites requêtes sur damoiselle Catherine Garry de Mauléon... Les... sieur et dame Pajot seront remboursés de ceux (les dépens) par eux faits comme de frais et mise d'exécution sur la dite damoiselle de Mauléon... La succession du dit défunt seigneur évêque de Meaux sera aussi remboursée de ceux par lui faits en frais

1 Ledieu, 13 juin, 23 juillet 1704.

2 Transaction du 7 mai 1704, vendue à Paris, le 9 avril 1872, aux enchères, après annonce par Charavay.

et mise d'exécution sur la damoisellede Mauléon, et si elle ne peut l'ctre la somme ît laquelle les dits frais se trouveront monter sera prise par privilège sur la succession du dit évêque de Meaux... Et en conséquence les dits sieur et dame Pajot ont par ces présentes consenti que tous les effets de la succession... soient mis ès-mains du dit sieur abbé Bossuet,.., à la charge par lui de payer les dettes et charges privilégiées et de rendre compte du tout aux dits sieur et dame Pajot incontinent après la distribution du prix qui proviendra de Tadjudication des dites maisons et droit de Halles, pour être payés par contribution ou autrement ainsi qu'il appartiendra sur les effets delà dite succession de ce qui leur restera dû. »

L'abbé qui sait que la vente de la propriété de Paris de la demoiselle ne pourra faire face à ses dettes vis-à-vis des Pajot et de la succession de son oncle, se garde de porter la main sur : « la campagne » de « Mademoiselle », comme disait Bossuet, sur ce domaine de Mauléon à Saint-Brice, où « le pavillon Bossuet» se voit toujours à cette heure. Il craint un scandale. Il tremble devant la femme qu'il poursuit. Que n'a-t-il l'oeti éclairé et la main large, pour conjurer le désespoir de cette femme, au lieu de le causer, et sauver la répuialion, qui va sombrer dans un « scandale » inoui, d'un oncle, d'un évêque qui le fit un autre lui-même, de la plus éclatante renommée de l'Eglise de France !

« Quelques jours après la mort de M, Bossuet, écrit le chanoine Legendre, une demoiselle, sa vieille amie, demanda, se disant sa veuve^ son douaire et ses conventions. Quel phénomène dans les conjonctures où l'on était alors ? Ce fut sagesse de l'étouffer en ordonnant aux héritiers d'apaiser le scandale et à la demoiselle de se taire. »

Elle a parlé, et les « héritiers » à qui le scandale est dû, ne l'apaiseront pas si bien qu'il ne retentisse à la Cour, à Paris, en France, dans tout l'Europe protestante, et ne remplisse tout le siècle de Voltaire.

Le nom de Bossuet étant ainsi compromis, son odieux neveu est plus que jamais inadmissible à son siège épiscopal. Le 11 mai, il apprend quel'évêque de Toul, de Bissy, est nommé évêque de Meaux.

Ce prélat a refusé en 1697 l'archevêché de Bordeaux. S'il accepte ce petit siège, c'est qu'il y est réclamé pour lutter contre le jansénisme, par le roi qui, mettant en lui sa confiance, le fera cardinal en 171 5. «Notre abbé, dit Ledieu, admirant son aplomb, montre une grande joie de cette nomination : il dit que M. de Bissy est son ami. »

L'inventaire des biens de Bossuet aura lieu à Paris, les 20 et 21 mai ; à Meaux, le 13 juin ; à Germigny, les 14 et 16. Les neveux les ont écrémés d'avance, au scandale de Ledieu, qui le 23 juillet écrira : « M. Tabbé Bossuet s'est fait faire une vaisselle d'argent magnifique et toute à la mode qu'il a eue en échange de la vieille vaisselle de feu M. de Meaux. 11 a aussi une bonne et belle berline... Voilà comment il sait profiter de la succession ; mais les domestiques de feu M. de Meaux, ni les pauvres ne sont pas mieux traités : c'est à eux néanmoins à qui appartient cette succession selon l'ancienne discipline. »

Le 22, a eu lieu une reprise d'instance contre M^'^ de Mauléon de la part des trois neveux de Bossuet. Ils ont renoncé tous ce jour-là à leur qualité d'héritiers, l'abbé en outre, à celle de légataire universel. « Une petite demoiselle... « M"^ Marguerite Bossuet, » fille du frère de l'abbé, est faite par eux héritière avec le petit Cornuau... homme de paille, » c'est-à-dire non « solvable » pour tuteur '. En même temps une partie des scellés restant encore, « MM. Bossuet... se sont faits opposants au lever du scellé en qualité de créanciers pour la somme de vingt-cinq mille livres : on dit que M. de Meaux leur doit bien davantage, mais qu'ils n'ont pas voulu en déclarer da\antage pour ne pas faire paraître la succession abandonnée... : et c'est ainsi qu'ils savent prendre leurs mesures. »

Le lendemain, 23 juillet, aura lieu à Meaux «la solennité des funérailles » de Bossuet.

Les vigiles des morts ont été chantées la veille par le chapitre. L'écuyer du Dauphin et nombre d'invités, parmi lesquels le vicaire de Saint-Roch, Gaucher, et le curé de Saint-Eustache, Secousse, dont

1 Ledieu, t. II, p. 138, 183, 210.

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un parent, avocat, va ctrc arbitre clans la réclamation de M"" de Maulcon, sont venus pour la solennité. L'office sera (ait, non parle cardinal de Noailles métropolitain, mais par l'archevêque de Narbonne, Lci;oux de la Berchère, qui à la Toussaint dernière se chargea de porter au P. de la Chaise la démission de Bossuet, pour faire arriver par une suprême tentative, l'évêché à son neveu. L'évêque de Troyes, Pont-Chavigny, parent de Bossuet, l'évèque d'Autun, Saux, neveu de Roquette qui fut un des deux assistants du sacre de Bossuet, Matignon successeur de Bossuet à Condom et sacré par lui, Ancelin, ancien évêquede Tulle, feront avec Legouxles cinq absoutes. La plupart d'entre eux donnent dans le jansénisme. Après l'évangile le jésuite La Rue a fait l'oraison funèbre.

Auteur d'une odieuse sortie en chaire contre Fénelon, il a été invité par l'abbé Bossuet. Ses supérieurs ont fait des difficultés, et n'ont consenti qu' « en le priant de ne pas parler de Fénelon ou d'en parler peu et en le louant ^ Ledieu a fourni la plupart des éléments du discours par des Mémoires écrits dès le lendemain de la mort de Bossuet à la demande de l'abbé : Mémoires si terriblement contrôlés par le Journal naïf et véridique de l'auteur, que la Providence ménage à l'histoire.

Le texte de l'oraison funèbre est l'éloge du saint roi Ezéchias appliqué à Bossuet : Il fit ce qui était bon, et droit, et vrai, dans tout ce qui regardait le ministère de la maison du Seigneur... ; et tout lui réussit heureusement. « La bonté dans ses mœurs, la droiture dans ses emplois, la vérité dans sa doctrine », c'est le triple témoignage que lui rend l'orateur. Il semble inspiré par ces mots d'une lettre du 23 avril adressée ri l'abbé Bossuet par Fléchier visant les deux points vulnérables : « Les mœurs de M. de Meaux étaient aussi pures que sa doctrine. » Esprit Fléchier assurément n'a pas voulu taire la sanglante épigramme qu'il a faite.

L'insistance de l'orateur sur le premier point témoigne trop des bruits du moment. (( L'innocence de sa vie, dit-il, éclate d'autant

1 Léonard de Sainte-Catherine de Sienne, Augustin, Mémoires ecclésiastiques ^ t. II, 1704-1705.

plus qu'il toucha de plus près aux écueils et aux pièges de la Cour, irréprochable dans sa vie jusqu'à faire rougir la plus hardie médisance. — Telle était la bonté de son cœur et de ses mœurs, aussi libérale à se répandre au dehors qu'attentive à se perfectionner ellemême. — Grand prélat... respecté pour sa vigilance et la régularité de sa vie. — Juge édifiant et exemplaire... appuyant la sévérité de ses décisions par la régularité de sa conduite : la vertu l'autorisait à réformer les abus^-^encore plus que sa dignité.

En louant « la droiture » de Bossuet dans les emplois, le P. de La Rue oublie tous les tristes détails de l'éducation du Dauphin. Quant à « la vérité dans la doctrine », il passe hardiment sous silence les Quatre Articles : il exalte le « zèle ardent, la fermeté » du « zèle », dans l'affaire du Quiétisme du persécuteur de Fénelon, qui trahissait bien autrement que lui la vraie théologie ; il fait un « juge équitable et modéré » du moraliste de l'Assemblée de 1700 qui n'a été autre que le complice de Quesnel, pour préparer l'expulsion de France des Jésuites ; il le félicite d'avoir pris contre Richard Simon le fouet du Christ dans le temple « pour corriger publiquement la licence des faux savants, hardis à débiter leurs conjectures, au mépris de l'ancienne foi ».

Pour comble enfin, il dit au 'peuple de Meaux : « Quel regret n'a-t-il pas témoigné de n'avoir pu... se procurer la consolation de venir mourir au milieu de vous ! Comment redoubla-t-il alors l'attention qu'il avait toujours eue à vous élever ce cher neveu, la plus douce partie de son sang, à lui communiquer ses lumières^ à lui inspirer sa vigilance et sa douceur. Tout cela pour vous, Messieurs... Mettez ce don du saint évêque entre les plus précieux qu'il vous a faits ». L'évêque de Toul paraissant encore hésiter à accepter sa nomination de Meaux, c'est sommer le roi d'y mettre un « saint évêque » en la personne de l'abbé Bossuet. « Deux chers neveux, s'écrie le P. de La Rue achevant l'éloge de Bossuet, héritiers, non pas de ses biens, car son zèle et sa bonté l'avaient garanti du péril de thésauriser sur la terre, mais héritiers de la gloire attachée pour tous es siècles à son nom, héritiers, de la modestie et de l'exacte probité qui mettaient son nom à couvert de la haine et de l'envie... ! »

A cette rhétorique non moins laborieuse que fausse, il n'échappe pas sur le plus éloquent des hommes une étincelle d'éloquence. Si Ledieu écrit : « Les prélats et tout l'auditoire ont été très contents de cet éloge », Bausset devra écrire : « Cet éloge funèbre n'a pas paru répondre à la grandeur de celui qui en était l'objet ».

Le gallicanisme de Bossuet devait l'accompagner jusqu'à la tombe et figurer autour de son pompeux cénotaphe. « On fit, dit Ledieu, les absoutes i l'ordinaire comme elles se font dans notre Eglise pour les chanoines, M. de Narbonne ayant approuvé qu'on se conformât entièrement à notre rit, quoiqu'il soit, en quelque chose différent du Pontifical romain, et qu'il y ait de plus par exemple un De profundis à la fin du Libéra, qui avec le Likra fut dit en musique et dura longtemps ».

A la réception à l'Académie, le 2 août, du successeur de Bossuet, l'abbé de Polignac, deux premiers éloges du défunt seront prononcés, l'un par le récipiendaire, l'autre par l'abbé de Clérambault, directeur : deux éloges au-dessous de la médiocrité. L'abbé de Choisy y joindra un troisième. Cette obligation lui est imposée, dit-il, « par l'amitié dont ce grand homme m'honorait et qui m'a fait passer tant d'années sous ses yeux dans une familiarité dont les charmes ne peuvent être bien connus que de ceux qui les ont goûtés». Quel étonnement d'apprendre alors que ce fut Bossuet qui engagea l'abbé de Choisy à écrire V Histoire de V Eglise, cet abbé qui, portant l'habit féminin, s'est livré, sous le nom de la Comtesse de Barres, aux excès les plus scandaleux 1 et quel étonnement d'entendre Bossuet célébré par l'ancien et fol amant de sa belle-sœur, Messaline que la police a pourchassée : Bossuet dont Bussy à fait le rival de Choisy !

L'abbé Bossuet obtiendra le 19 janvier 1705, un éloge de son oncle à l'Académie de la Propagande : cette Congrégation romaine où le parti janséniste à trop pénétré, témoins les nominations de ces Vicaires Apostoliques de Hollande qui vont faire éclater le schisme d'Utrecht. Cette courte pièce est d'une extrême faiblesse ou plutôt pauvreté : ce nom de Bossuet semble porter malheur. Le 16 septembre 1704, l'abbé Ledieu a été reçu par Fénelon à

Cambrai, voyant en lui avec « ses manières aisées et polies... le visage d'un saint Charles ». Il écrira : « Dans la conversation on me fit parler de la mort de M. de Meaux ; on me demanda s'il s'était vu mourir, s'il avait reçu les Sacrements et de qui. Mais le prélat me demanda nommément qui l'avait exhorté à la mort : sur tout cela je lui dis le lait. Au reste, j'ai cru que le prélat, me faisant cette dernière question, pensait que M. de Meaux avait besoin, à la mort, d'un bon conseil, et d'une personne dVatorité capable de le lui donner, après tant d'affaires qui avaient pas55 par ses mains pendant une si longue vie et avec tant de circonstances délicates. Il n'a pas été question du testament ni de rien de particulier davantage, bien moins du Quiétisme. Et dans tous ces entretiens M. l'archevêque de Cambrai n'a pas dit le moindre mot à la louange de M. de Meaux ».

Quelle douleur pour Fénelon, d'apprendre que son maître, son ami, son consécrateur, puis son mortel persécuteur, est mort enserré par ce triumvirat l'abbé Bossuet, le prieur de Riberolles, et le curé Saint-André, recevant tous ses sacrements de Gaucher, le vicaire biérarche, plus ou moins janséniste aussi, de Saint-Roch ! pour 1 -Mielon a qui « le scandale » causé par M"^ de Mauléon est connu, car de ce chef « les Quiétistes, écrit un janséniste^ avaient fort en butte M. de Meaux ' ! » pour Fénelon condamné devant le secrétaire de Bossuet à ne pouvoir dire « le moindre mot à sa louange ! ^>

Il faut ajouter au triste chapitre des obsèques, le chapitre de plus en plus triste de la succession.

{^* Lettre publiée par Bjusset,, Bossuet pièces juslificatives, totnei=r.

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