L. — INTRODUCTION
« Le mécanisme intime de l’hallucination, écrivait | Baillarger en 1846, est et sera probablement toujours inexplicable ; mais malgré cette limite imposée d'avance à nos connaissances, nous n’en devons pas moins faire tous nos efforts pour approcher autant que possible de la vérité, en déterminant, par exemple, les conditions qui favorisent la production des fausses perceptions sensorielles, et sans lesquelles elles n’ont pas lieu, en cherchant à reconnaitre si leur point de départ est dans les organes des sens ou dans l'intelligence, etc. » (1), p. 277-278). | SR
Plus d’un demi-siècle s'est écoulé depuis que furent écrites ces sages paroles et celui qui s’est donné la peine
de méditer les principaux travaux publiés depuis lors
1. Les chiffres entre parenthèses renverront toujours à la bibliographie placée à la fin de ce travail.
LP peut facilement se rendre compte que le programme général indiqué par le célèbre aliéniste français n'a pas changé. | : | a
C'est dire, et aujourd'hui nous nous en rendonsmieux compte, qu’il ne saurait être encore question d'ajouter une théorie de l'hallucination à celles, sk nombreuses, qui existent déjà. On s’est aperçu, depuis. peu, il est vrai, qu’en psychiâtrie l'heure des grandes synthèses était passée et qu'il était temps de retourner à l'étude analytique des faits. De l'aveu même de Kurt Goldstein, l'œuvre de Kraepelin, dans laquelle domine le point de vue nosographique, lé problème étiologique et pronostique et où le symptôme isolé est négligé, a été en un certain sens plutôt nuisible au développement des études sur l'hallucination. Ce qui l'a été plus encore, ce sont peut-être les conceptions psycholo-
giques qui en constituent le substratum,
En effet l'évolution historique des idées relatives à la
pathogénie des hallucinations, même lorsque cette pathogénie a pris la forme des théories cérébrales de Tambu rini ou de Tanzi, montre toujours, comme:on Je verra, quelque conception psychologique sous-jacente, qu'il importe de mettre en lumière. Ce procédé nous semble avoir un double avantage : 4° parce que les idées les plus récentes ont leur racine profonde dans le passé et.
qu'on ne peut véritablement les comprendre indépen-
damment de leurs antécédents, si on peut S’exprimer
ainsi; c'est d’ailleurs un principe universellement admis; 2° parce que, dans une doctrine, ce qu'il faut
meltre en lumière, ce n’est pas seulement ce que les
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auteurs ont cru vouloir dire qui importe mais encore et surtout les postulats sous-jacents à leur théorie, poslats qu'il faut dégager, pour les rejeter ou les admettre, suivant qu'ils sont ou non d'accord avec les données de la clinique, car,personne ne le conteste,celle-ci demeure souveraine. |
Notre but n’est donc pas de faire un historique complet de ‘chaque doctrine et on ne s’étonnera pas, par conséquent, de ne pas trouver ici un exposé des nombreuses théories anatomiques qui ont été proposées. Désirant dégager les principes communs à des groupes de psychiâtires, nous avons également omis, lorsque cela n'était pas nécessaire, les auteurs étrangers. Ceci ne préjuge rien, bien entendu, quant à l’importance et la valeur de leurs travaux. |
Enfin nous devons également signaler que c’est volontairement que nous ne parlons pas, si ce n’est incidemment, de la/ théorie dite périphérique, qui cherchait dans les lésions de l'appareil senroriel périphérique l’explicétion du phénomène hallucinatoire. Celle idée est pour ainsi dire universellement abandonnée aujourd'hui en tant qu'elle fait de la lésion de l'organe sensoriel le facteur essentiel dans la genèse du phénomène de l'hallu-
ciualion.