‹ Étude critique sur la valeur de la séro-réaction de WrightChapitre 4 sur 10 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La fièvre de Malte, plus justement appelée fièvre méditerranéenne, ou encore ondulante, est une maladie à Symptomatologie si variable, à formes si multiples, pouvant atteindre simultanément ou consécutivement tous les organes, que la clinique est obligée d’avoir recours au laboratoire pour la diagnostiquer. C’est ce qui nous explique pourquoi il ne faut pas rechercher au delà de la seconde moitié du siècle dernier pour en trouver une étude à peu près complète. ;

Hippocrate cependant, sans la dénommer, semble l'avoir vue et décrite dans son livre « des épidémies ». Il en donne la description suivante : « Une fièvre qui fait son apparition en été et en automne; elle est continue mais non violente, avec paroxysmes variés et 1rréguliers. La crise terminale est précoce, versle vingtième Jour, mais parfois elle survient vers le quatre-vingtième jour et même le cent vingtième. La forme est parfois

ed irrégulière sans crise terminale, puis survient une véritable rechute, puis une seconde crise dans la même période. Quelquefois la maladie se prolonge jusqu'à l'hiver ; alors on voit les malades présenter une déchéance complète à forme hectique. »

Galien ne donne pas de description analogue et ne paraît pas avoir observé la fièvre ondulante.

Quoi qu'il en soit, il faut remonter à 1863 pour avoir une bonne étude clinique de la maladie. Marston paraît l'avoir différenciée de la malaria, de la typhoïde. En 1866, Boileau et Chartres en relatent une série de cas à Malte. ee

En 1871, les auteurs italiens discutent sur la place à accorder en nosologie à cette fièvre que les uns rattachent à la suette miliaire à.cause des sueurs abondantes (Frederici et Galassi), au paludisme (Martini), à la fièvre typhoïde, tandis que d’autres en font une infection spéciale (Reimmo et Somaselli).

Après cette phase clinique pleine d’hésitation, apparaît avec Bruce (en 1887) la phase bactériologique. Celui-ci décrit un micrococcus dont il établit le rôle spécifique. Gipps et Hughes (1893) confirment ces recherches. Wright, en 1897, établit que le sérum de malades atteints de fièvre méditerranéenne agglutine le microbe de Bruce, et crée ainsi le séro-diagnostic de cette maladie.

D’autres procédés de diagnostic de laboratoire .apparaissent qui ne sont qu'une application de méthodes déjà connues pour d’autres infections : c’est l’hémoculture avec du sang pris à la circulation périphérique ou par ponction de la rate; c’est l'examen du micrococeus dans les urines ou les fèces.

Eyre, qui s’est occupé de cé dernier moyen, donne

RES des résultats inconstants. Dans 7 cas de type chronique il n’y a pas eu de microcoques dans les selles. Il en a trouvé dans un cas qui s’est terminé par la mort au bout d’un mois et demi. D'ailleurs on y voit de mombreuses variétés de colonies dont il faut séparer le

meltensis par un sérum fortement agglutiné après

émulsion dans une solution saline.

Pour les urines le résultat a été positif dans 9,5 p. 100 des cas. Ce procédé est donc à éclaircir.

L’hémoculture est certainement le meilleur moyen, mais elle n’est pas toujours des plus commodes à pratiquer ; elle exige une iustrumentation spéciale, des conditions que l’on ne peut réaliser que dans un centre de laboratoire.

.- Période d’engouement

Reste la séro-réaction de Wright. Cette méthode de technique simple devait dès son apparition s’attirer les

faveurs des cliniciens et des expérimentateurs de labo-

ratoire. Et en effet pendant de nombreuses années nous avons assisté à un long défilé d'observations et de publications relatant des résultats quasi merveilleux. Wright, en 1887, présente 14 cas de fièvre ondulante avec séroréaction positive.

En 1898, Aldridge et Elkington publient dans le Lancet, l’un 24 cas observés à Malte, l’autre 75 observés, à Gibraltar, où le séro positif confirmait le diagnostic clinique.

Eyre l’obtenait positif chez tous les méditerranéens à la fin de la première semaine et à des dilutions de

cs TRES 1/500000, tandis que négatif chez des sujets sains ou atteints de maladies autres que la fièvre de Malte.

Pour donner plus de portée à cette découverte, Durham expérimente avec des animaux. Il inocule la fièvre méditerranéenne à des lapins et des cobayes et voit leur sérum sanguin agglutiner les cultures de micrococcus.

Agrandissant le cercle des investigations, Birt et Lamb opèrent sur des personnes saines et trouvent des séro négatifs. Neusser (de Vienne) reprend la découverte de Wright et affirme que la'séro-réaction est positive non seulement pendant la durée de la maladie, mais encore le reste de longs mois et des années même après la guérison. Le séro-diagnostic rétrospectif était possible.

Cette réaction que l’on faisait avec le sérum sanguin donnait des résultats analogues mais moins constants avec la sérosité des vésicatoires ou la salive (Pollacci et Cerant). Les résultats obtenus étaient tellement sensibles et précis que, si elle était positive pour un même sérum en même temps que celle de Widal, on n'hésitait pas à reconnaître l’association des deux maladies, ou plutôt la présence de l’une des deux maladies chez un ancien porteur des germes de l’autre ayant évolué quelques mois ou quelques années auparavant.

Gillot simplifia les recherches et créa la double séroréaction: « Une même dilution de sérum peut agglutiner le seul micrococcus melitensis s’il s’agit de fièvre de Malte, le bacille d'Eberth s’il s’agit de fièvre typhoïde. La double réaction se reconnaitrait s’il y avait association de deux maladies. Les agglutinations des deux espèces microbiennes sont en effet très différentes d'aspect, celle du micrococcus étant plus large ‘et plus irrégulière que celle du bacille d'Eberth. »

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