‹ Étude critique sur la vie & l'œuvre de Saint PatrickChapitre 18 sur 24 · PR EE · texte numérisé non relu

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cette occasion que toutes les Vies sans exception qui nous parlent de la mère de saint Patrick, femme de Calphurnius, la désignent sous ce nom.

La glose de l'hymne de Fiecus nous donne beaucoup de détails sur la famille du grand missionnaire. Elle nous cite ses dix ascendants jusqu’à Britus (ancêtre des Bretons), et nous parle de ses cinq sœurs (1). La Vz/a 1v cite la mère de Paÿrick,Conchessa.en ajoutant : « T4 zlle testatur liber epistolarum » ; or, la Confession ne parle nullement de Conchessa etne mentionne que les ascendants masculins de Patrick (Calphurnius et Potitus). Est-ce là une erreur, ou bien VPauteur avait-il sous les yeux un autre texte de cet écrit ?

La Vzéfa vi nous rapporte les noms de trois sœurs de l’apôtre : Lupita, Tigridia et Darorcha et de ses neveux et nièces au nombre de 22.

Les seules données positives qui résultent de la comparaison de ces documents sont celles qui se rapportent à son père, à sa mère et à son aïeul.

Une ancienne tradition nous dit que Conchessa aurait été esclave de Calphurnius avant d’être sa femme. S'il en était ainsi, il n’y aurait aucune objection à admettre qu’elle fût d’origine gauloise, et parente de saint Martin de Tours.

Dans son Æpftre, Patrick dit, comme nous l’avons vu. que ses parents étaient citoyens romains, et qu'il avait vendu son titre à une certaine époque.

Rien ne s’oppose à ce que Calphurnius ait été diacre et Potitus. prêtre, puisqu’en 314, Eusèbe nous mentionne la présence de trois évèques de la Grande-Bretagne au Concile d'Arles.

$ 2. La jeunesse et les captivités de Patrick. — IL PASSE SES PREMIÈRES ANNÉES AU SEIN DE SA FAMILLE EN ALCLYD ; IL EST INSTRUIT DANS LA CRAINTE DE DIEU.

Les cinq Vies parrallèles de Colgan 11, IN, IV. VI, VIH, parlent d'une dizaine de miracles accomplis par Patrick dans sa

(4) Voir page 54.

jeunesse. Ces miracles, grossiers pour la plupart, n’ont souvent d'autre mobile que le caprice de l’enfant, et ne méritent pas qu’on s’y arrète.— Elles nous mentionnent en mème temps la tradition d'après laquelle il aurait été élevé par une sœur de sa mère demeurant dans les environs.

Il paraît résulter de ce que nous savons de la condition de ses parents, et de ce qu’il nous dit lui-mème, qu'il fut élevé dans la religion chrétienne, mais qu'ilne se convertit rédllement que pendant sa captivité : « À Deo recessimus ef præcepta ejus non custodivimus ac sacerdotibus nostris inobædientes futmus qui nostram salutem admonebant ». 1] considère ses épreuves comme un châtiment de Dieu dont il avait méconnu la puissance et la bonté.

À L’AGE DE 16 ANS, IL FUT FAIT PRISONNIER PAR UNE BANDE DE PIRATES IRLANDAIS AVEC PLUSIEURS DE SES COMPATRIOTES.

La Confession de Patrick donne peu de détails sur cet évènement ; elle indique seulement qu'il était alors près de Bannave où habitaient ses parents et qu'il fut conduit en Irlande. Les Viéæ 11, 11, 1V. vi, se bornent à reproduire ce passage ; mais nous trouvons dans la Glose de l'hymne de Fiecus et dans la Vrfa vi une nouvelle tradition suivant laquelle il aurait été fait prisonnier dans un voyage qu'il faisait en Armorique avec sa famille. par les sept fils de Fethmiagus, roi des Bretons. Nous rejetons cette donnée qui est en contradiction avec l'affirmation de Patrick aussi bien qu'avec la suite du récit. À cette tradition se rattache. en effet. la mort de Calphurnius et de Conchessa, et nous savons au contraire

que Patrick séjourna quelque temps dans sa famille avant de partir pour la Gaule. |

La Vita v de Probus place cette captivité après deux autres séjours de l'apôtre en terre étrangère. (Voir page 63).

Selon une autre tradition, sa sœur Lupita aurait été emmenée en Irlande avec son frère et vendue en Connaught.

PATRICK FUT VENDU A SLEMISH EN DALARADIE À MILCON Mac-Cusoix et employé par lui comme berger ; le temps de

=. pire

sa captivité fut de six à sept ans. Dans le loisir que lui laissaient ses occupations, sa piété se fortifia, etil se consacra au Seigneur. Dès cette époque. ileut plusieurs visions.Cette captivité fut la première préparation à sa carrière missionnaire. Voici comment il s'exprime lui-mème :

Postquam Hiberione deveneram quotidie becora pascebam et frequens 1n die orabam ; magnifice ac magis accedebat amor Dei et timor illius et fides et spiritus augebatur ut in die vna usque ad centum orationes facerem et in nocte prope similiter el jam in syluis ef monte manebam et ante lucem excitabar ad oratio-

nem per nivem, per gelu, per pluviam et nihil mali sentiebam, neque ulla pigritia erat in me sicut modo video ; et 1b1 scilicet qguadam nocte in Somno audivi vocem dicentem miht: « Eene jejunas, cito iéurus ad patriam tua » : et tterum post paululum tempus responsum audivi dicentem mihr: « Ecce navis tua parata est... elc ».

La tradition ajoute d'autres détails à cette narration si simple et si vraie. Le imcître de Patrick s'appelait Milcon (Miluic Mac Cuborn) et habitait dans le Nord de l'Irlande, près de la montagne de Slieve Miss. Tirechan nous dit qu'il était mage, mais il est plus probable que c'était un des chefs les plus influents dela région ; il nous est déneiut comme orgueilleux et cruel, et plus tard il préféra se brûler lui et ses biens plutôt que de consentir à subir l'influence de son ancien esclave.

Pendant que Patrick était astreint à garder les troupeaux de son maitre, ses pensées se portèrent sur la famille qu’il venait de quitter ; il se souvint des enseignements chrétiens dont il avait été nourri dès son enfance; son imagination vive et ardenté lui dépeignit ses malheurs comme un châtitiment de Dieu; et dès lors, pour apaiser sa conscience, il se livra aux exercices de la dévotion la plus rigoureuse. $es larmes et ses prières ne furent pas stériles : à la résignation succéda bientôt l'espérance, et les visions qu'il eut pendant son sommeil le confirmèrent dans son dessein de tout risquer pour recouvrer sa liberté. Nous savons assez comment une

préoccupation continuelle de l'esprit influe sur les songes.

Selon la Tripartite, Patrick employait ses loisirs à instruire dans la piété les enfants de.son maître ; il aurait joui auprès de Milcon d'une certaine considération, due probablement à sa conduite exemplaire et à sa fidélité ; c’est ce qui explique pourquoi celui-ci aurait cherché à se l’attacher en lui faisant épouser une personne de sa condition.

La durée de cette captivité est ordinairement fixée à six ou sept ans.

A 22 AX8, PATRICK S’ENFUIT DE CHEZ SON MAÎTRE et gagne à pied le portle plus rapproché.

La nature de sa captivité, le fait qu’il avait été acheté à prix d'argent par Milcon et qu'il avait su se rendre très utile à son maitre, indiquent bien qu’il ne devait chercher pour se délivrer d'autre moyen qu’une fuite précipitée. Les biographes de Patrick ont inventé des excuses ; selon quelques-uns. les Irlandais, suivant en cela la coutume hébraïque, avaient coutume de renvoyer libres leurs esclaves, la septième année; selon d’autres, il n'aurait quitté la maison de Milcon qu'après avoir payé la somme nécessaire à son rachat, somme que l'ange lui aurait fait découvrir par le moyen d’un porc (1). Ces données se contredisent ; la première est tout à fait invraisemblable ; la seconde rentre dans la catégorie des faits légendaires, et d'ailleurs, la tradition rapporte que le premier acte de Patrick, en arrivant dans l'île comme missionnaire, fut de se rendre auprès de son ancien maitre pour se racheter. On sent trop dans tous ces récits le désir d’excuser saint Patrick pour un acte qui, en lui-mème, n’a rien de blämable. Dès la sixième année, dit Tirechan, le jeune homme était moins surchargé de travail ; il entendit probablement parler d'un vaisseau qui était sur le point de partir pour sa patrie (Ecce navis tua parata est) et dut considérer cette occasion comme providentielle.

Le gouverneur du vaisseau refuse d’abord de recevoir Pa-

(4) Voir en particulier la glose de Fiecus.

EN Nes

trick, puis consent à le prendre ; APRÈS UNE TRAVERSÉE DE TROIS JOURS, LE VAISSEAU EST JETÉ PAR UNE TEMPÊTE SUR LES CÔTES DE LA GRANDE-BRETAGNE, DANS UN ENDROIT DÉSERT. Patrick et les matelots errent à l'aventure pendant plusieurs jours, ne connaissant pas la contrée, ils parviennent enfin aux villes des matelots, et de là, Patrick retourne dans sa patrie.

Tel est le récit que nous trouvons dans la Confession ($ 7-10). Il faut y ajouter cependant la rencontre d’un troupeau de porcs et de rayons de miel sauvâge, après la prière que fit Patrick dans le désert sur la demande de ses compagnons pressés par la faim.

Il nous raconte aussi un songe qu'il eut à la même époque: « Satan me tenta pendant mon sommeil ef je me souviendrai de ce songe tant que je serai dans ce corps. Il tomba sur moi comme un énorme rocher, qui paralysa tous mes membres. Comment cela se fit, je l’ignore ; mais j'invoquai lé prophète Elie, et je vis pendant ma prière se lever dans le ciel un brillant soleil, dont la splendeur tombant sur moi dissipa mon fardeau en un moment ».

Le récit naïf de cette vision ne nous dépeint-il pas les préoccupations continuelles de cette âme pieuse et enthousiaste ?

La Glose de Fiecus et les Vies rv et vrrapportent que Patrick fut fait prisonnier une seconde fois par un certain Kienan avant de s'embarquer, mais relâché bientôt après, au prix d'une marmite d’airain.

Quant aux aventures qui lui arrivèrent dans ce désert, et qui sont racontées en termes identiques par tous ses biographes, beaucoup d’historiens les traitent de légendaires. Nous avons essayé d'en donner quelque explication à propos de l'authenticité de la Confession de Patrick; mais nous avouons que toutes les difficultés sont loin d'être levées.

Quelques années après, PATRICK EST FAIT PRISONNIER UNE SECONDE Fols ; cette captivité ne dure que deux mois, il re-

tourne de nouveau dans sa famille.

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