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Qu'est-ce que cette nouvelle captivité ? Ne fait-elle pas double emploi avec la première? Presque tous les auteurs la maintiennent sans entrer dans aucuns détails. Le fait étant attesté par Patrick lui-même (Conf. $ 10) nous ne pouvons le mettre en doute ; mais toutes les explications que l'on a données à cet égard ne reposent que sur des conjectures.
$3.— Les voyages de Patrick jusqu'à sa consécration.
Les visions que Patrick avait eues pendant son séjour en Irlande se continuent et deviennent plus fréquentes. A partir de ce moment, il se sent désigné par Dieu pour convertir le peuple idolâtre parmi lequel il a vécu et souffert pendant 7 ans. Malgré les supplications de ses parents, il quitte une troisième fois sa patrie ; sa résolution est prise, désormais tous ces efforts vont tendre à la réalisation de ce but. |
Laissons à Patrick lui-même le soin de nous décrire une des visions qui décidèrent üe son avenir: «Vidi in visu de nocte virum venientem quasi de Hyberione, Vitricius nomine ; cum epistolis innumerabilibus et dedit mihi unam ex illis, et lego principium epistolæ continentis : « Vox Hyberionarum ». Et quum recitabam ïinitium epistolæ putabam ipso momento audire vocem ipsorum qui juxta erant sylvam Focluti, quæ est prope mare occidentale, et sic exclamaverunt quasi ex uno ore : « Rogamus te, sancte puer, venias et adhuc ambules inter nos: Et valde compunctus sum corde et amplius non potui legere, et sic expergefactus sum ». Cette vision nous est rapportée en termes analogues par les Vies 1x, iv et vi et par celle de Muirchu.
Désormais à l'abri du danger, Patrick, à qui ses épreuves ont donné une foi ardente et une vive piété. se remémore les événements de sa jeunesse ; sa pensée le transporte souvent dans cette pauvre île peuplée d'habitants grossiers et barbares, cette île qui n’a pas encore reçu la lumière bienfaisante de l'Evangile et qu'il a été mieux à même de connaître dans la position où il était, que s’il eût vécu à la cour des rois. L'affection de sa famille ne saurait le retenir ; son cœur est
rempli de compassion pour ces idolâtres, il éprouve le besoin de compléter ses études et d’affermir sa vocation.
À partir de ce moment, nous marchons sur un terrain moins sûr, car la Confession ne nous fournit presque plus de données historiques.
Voici cependant quelle est la tradition reproduite d’une façon unanime par les biographes de l’apôtre.
Traversant la Gaule, il s’arrêta, paraît-il, à Auxerre et demeura quelques années auprès de saint Germain comme disciple ; il passait son temps dans le recueillement et l'étude des Ecritures. Saint Germain approuva son projet de mission et leconfirma dans son dessein d’aller à Rome.
Plusieurs historiens, en particulier Schœll dans son dernier article sur Patricius (Æeal encyclopædie, x1, 2185ss.) contestent ce voyage en Gaule et le séjour de Patrick auprès de saint Germain. Ils invoquent comme principales preuves le peu d’érudition littéraire de l’apôtre etson silence à cesujet.On peut répondre au premier argument qu'à l’époque où écrivait Patrick, il avait déjà passé plus d’un demi-siècle en Irlande au milieu d’une population où la civilisation etla languelatine n'avaient pas pénétré.Sa langue maternelle n’étaitcertainement pas un latin bien pur. et selon nous, s’il séjourna auprès de saint Germain, ce ne fut que trois ou quatre ans, passant son temps plutôt à systématiser sa piété etétudierles dogmes qu’à se perfectionner dans une langue qui ne devait pas lui servir dans sa mission. Il est une chose certaine, c’est qu'il connaissait le symbole de Nicée, comme on peut s’en convaincre dans sa Confession : Non ertt post hunc præter Dominum Patrem ingenitum, sine principio..….. qui Filiumsibi consubstantialem genurit, etc ». D'ailleurs,si le style de Patrick est incorrect, ille sait et s’en excuse : et comment s’en serait-il aperçu s’il n'avait jamais vécu dans un milieu lettré ?
Quant au silence de Patrick à ce sujet, nous avons déjà dit que la Confession ne fournit aucune donnée historique postérieure à son retour dans sa famille ; il n’y a done rien d'étonnant à ce qu’il ne nous mentionne pas son séjour auprès
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de saint Germain, Malgré cela cependant, il y a dans ce document, du moins dans le manuscrit du Livre d’Armagh, une phrase assez incorrecte où il semble qu'il soit fait mention d'un voyage en Gaule : Oportet sine timore fiducialiter Der nomen ubique expandere, ut etiam postobitum meum ex a Gallias (sic) relinquere fratribus et filiis mers, quos in Domino ego baptizavi ». De plus, les Dricta Patricii que nous avons cités (page 44)et qui, comme nous l'avons dit, nous paraissent authentiques, font aussi mention de ce voyage (7#morem Der habui ducem 1tineris met per Gallias atque Italiam, etc.) Tirechan (voir plus haut page 46), après avoir parlé des voya” ges de Patrick en Gaule et en Italie ajoute: « VX 95e dixit in commemoratione laborum », faisant probablement allusion soit aux Dicta Patricii, soit à une phrase de la Confession qui a disparu des manuscrits que nous possédons.
Si l’on ajoute à ces différents témoignages ceux des autres documents dont aucun ne met en doute ce fait (Vréar, Vriéæ m1, S02.: 1m, 215 1v,S.26: NAIL EST NE SR OIL Al Tirechan, 1, 1; 11, 58; Additamenta, 12) (1), on avouera qu'il y à quelques probabilités en faveur du séjour de Patrick auprès de saint Germain; aussi Shearman se voit-il forcé d'admettre que les deux Patricks, qu’il retrouve dans la tradition, ont l'un et l’autre été disciples de cet évêque.
On peut encore invoquer le témoignage d’Heiric, biographe de saint Germain. Get auteur, écrivant au 1x° siècle, affirme que saint Patrick a été pendant 4 ans le disciple de saint Germain, et qu'ensuite il a été envoyé en [Irlande par le pape Célestin. Il est vrai que la Vie du même évèque, écrite par le prêtre Constantius au commencement du vit siècle, ne mentionne nullement ces deux faits : on peut expliquer son silence comme précédemment celui de Prosper d'Aquitaine en disant que saint Patrick n'avait pas encore la célébrité qu'il a acquise plus tard. Du temps d'Heirie au contraire, la renommée de
(1) Muirchu est le seul à ne pas en parler. Nous renvoyons pour cette question à la thèse de M. Loofs (p. 38 et 39), qui nous paraît l'avoir résolue d'une façon satisfaisante,
l'apôtre était établie et c'était une gloire pour saint Germain d'avoir été son maître et son guide.
Malgré toutes ces probabilités, cette question est trop obscure encore pour que l’on puisse rien affirmer de certain à ce sujet.
Nous laissons de côté comme légendaire la tradition donnée par le scholiaste de l'Hymne de Fiecus qui veut que saint Patrick ait accompagné saint Germain en Grande-Bretagne pour y combattre l’hérésie, et celle qui le fait séjourner plusieurs années auprès de saint Martin (1). Guidé par le prètre Ségitius, Patrick se dirige sur Rome pour y recevoir la consécration de sa mission.
Ségitius était chargé de recommander le futur missionnaire auprès du pape, et était sans doute porteur de lettres de saint Germain à l'adresse de Célestin ; il faut songer que Patrick était encore un inconnu.
Ce voyage en Italie est attesté par les mêmes auteurs qui parlent;d'un voyage en Gaule. C'était là le but de Patrick quand il quitta sa famille, et Rome jouissait déjà d’un grand prestige à cette époque. |
Les deux pèlerins suivirent probablement le cours du Rhône jusqu'à la mer (ainsi s’expliquerait la légende relative à un séjour de Patrick dans l’île d'Arles, auprès d'un ermite), ils s'embarquèrent à Marseille et s’arrètèrent aux iles de Lérins,que les historiens, irlandais pour la plupart, appellent les îles de la mer Tyrrhénienne. Ces iles servaient de demeure à un grand nombre d’ermites, et le monastère fondé par saint Honorat en 410 était à cette époque en pleine prospérité.
Telest du moins le récit des auteurs ; nous le reproduisons sous toutes réserves.
$ 4. — La CONSÉGRATION DE PATRICK.
Nous arrivons à la question qui certainement est la plus discutée parmi les savants. Il s’agit de savoir si saint Patrick
(4) Saint Martin de Tours mourut en 397,
a été consacré par le pape Célestin lui-même ou s'il est venu en Irlande comme missionnaire de sa propre autorité. Dans le premier cas, il aurait été en quelque sorte le légat de Rome et aurait apporté en Irlande le catholicisme officiel; dans le second. son activité aurait été complètement indépendante.
Sans vouloir méconnaitre l'importance de cette question, disons cependant que, selon nous, on la beaucoup exagérée. Les historiens allemands, le docteur Ebrard en tête, veulent à tout prix retrouver un christianisme primitif. dépouillé des abus qui s'étaient déjà introduits au sein de l'Eglise catholique, dans le culte et les pratiques religieuses des Culdéens. et, par suite, dans la religion que saint Patrick, le premier, apporta en Occident. De plus, il est certain que jusqu'aux vineet Ixesiècles, certaines églises d'Irlande, celles du pays de Galles et d'Ecosse, refusèrent de se soumettre à l'autorité de Rome ; ce fut là le commencement du conflit qui s'éleva entre saint Augustin de Cantorbéry et les Culdéens. La discussion qui s’est engagée sur cette question entre les historiens catholiques et protestants, a porté également sur le fait de la consécration de Patrick. Pour nous, quelle que soit la solution qu’on doive donner à ce problème historique, nous pensons qu'il est plus logique d'expliquer l’erganisation des monastères d'Irlande et leur développement en recherchant quelle a été réellement l'action de saint Patrick, que de partir de tel ou tel point de vue relatif à sa consécration. Que nous importe qu'il ait été consacré et envoyé par Célestin, s’il a introduit dans l'ile une religion plus pure que celle du pape ? et d'un autre côté, à quoi nous servira-t-il que sa mission ait été indépendante, si son œuvre à été toute romaine ? D'ailleurs, si, dès cette époque, Rome est reconnue comme la capitale du monde chrétien (caput omnium Ecclesiarum), il ne faut pas oublier que nous sommes au v® siècle et que 200 ans s’écouleront encore avant le pontificat de Grégoire-le-Grand.
Après avoir fait ces quelques réserves, voici les données de tous les documents que nous avons consultés à ce sujet :
Ouvrages de saint Patrick, aucune trace ;
== Ge
. Hymne de Fiecus, aucune trace;
Vita Muirchu : 1, $ 8: Patrick reçut la dignité épiscopale d'Amathus (Amatho rege), grand évêque :
Tirechan, 1$ 56: Patrick est envoyé vers les Irlandais par l’évèque Célestin, pape de Rome;
Glose de l'Hymne de Fiecus: il est consacré par Amathorex (episcopus Antisiodorensis), en présence de Célestin et de Théodose ;
Vita 11 $ 96 : il estconsacré par Amathorex ;
Vita 111 $ 24 : il est consacré évêque par Amathor, summus episcopus :
Vi£a 1 $ 29: Patrick est envoyé en Irlande par Célestin ; $ 31. il est consacré par Amathorex ;
Vita V, plusieurs consécrations (Voir p. 64);
Vita Nix, 1. LS 39 : il est ordonné évéque par Célestin en présence de saint Germain et d'Amathorex ;
Vita vi, $ 5 : Célestin Zuz donne la prétrise ;
Historia Britonum, citée par Usher (p.839) : ilest consacré par Amathorex.
Remarquons que les documents qui font consacrer Patrick par le pape Célestin sont ceux que nous avons reconnu être les plus récents. Avant d'expliquer la formation de cette tradition, disons quelle est la façon la plus probable d'entendre la suite des évènements:
Patrick arrive à Rome toujours accompagné de Ségitius et annonce à Célestin son désir de partir pour l'Irlande. Ce pape venait d'envoyer son archidiacre Palladius et probablement ne se sentait pas libre de confier une seconde mission à un étranger, avant de savoir quel était le résultat de l’activité de Palladius. Patrick dut éprouver un violent chagrin, car ses visions le poursuivaient toujours et il se sentait qualifié pour cette œuvre. Il quitte Rome, traverse le Nord de l'Italie et la Gaule tout entière; peut-être veut-il se retirer auprès de sa famille et attendre une meilleure occasion; peut-être veut-il aller rejoindre Palladius en Irlande. Quoi qu’il en soit, il rencontre Augustinus et Benedictus. deux des disciples de Palla-
LE
dius, qui lui apprennent l’insuccès de leur mission et la mort de leur maître à Fordun. Un instant découragé, Patrick retrouve toute son ardeur première. Il lui tarde d’être dans son champ d'activité; Célestin est mort quelques jours après l’entrevue (432), il n’a ni le temps, ni le désir de retourner à Rome; mais il se fait ordonner prètre par un évèque des environs, Amathus, et, traversant la Grande-Bretagne, il aborde enfin en Irlande, accompagné seulement de quelques disciples.
N'est-ce pas ainsi que se présentent les évènements quand on a lu et comparé avec soin les récits des différents biographes en tenant compte de leurs dates? Patrick ne devait-il pas se considérer comme ayant reçu sa mission du pape lui-même? et comprendrait-on qu'il fût retourné à Rome à la mort de Palladius, pour recevoir d'un nouveau pape une consécration à laquelle, probablement, il n’attachait pas une grande importance ?
Cet évèque Amathus n'était certainement pas un homme remarquable et connu ; aussi n’en est-il pas fait mention dans l'hymne de Fiecus et dans Tirechan. Observons que si ce dernier nous dit que Patrick à été envoyé en Irlande par Célestin, c’est à la fin de ses Co//ectanea, dans un des chapitres qu’il doit à la tradition orale et non à l’évèque Ultan.
Aux vi et 1x siècles, les renseignements à ce sujet deviennent plus précis, à mesures que de nouvelles recrues des Gaules viennent grossir le nombre de missionnaires d’Irlande. Alors circule la tradition qui fait consacrer Patrick par Amathus. Insensiblement, cette tradition se modifie; les biographes veulent rehausser tout ce qui concerne lapôtre ; Amathus devient « Awathorex summus pontifex » ; déjà quelques auteurs, sans oser rejeter l'opinion courante, prétendent qu'il a été consacré par cet évèque, mais en présence- de Célestin et mème de l’empereur Théodose; au xn® siècle, Josselin croit pouvoir supprimer cet Amathus et ne mentionne que la consécration de Patrick par l'évèque de Rome.
Quel est ce personnage qui a eu l'honnenr de conférer la
- prètrise à celui qui devait devenir la gloire de l'Irlande ? Son
nom est accompagné le plus souvent du mot « rex », et quelquefois même lui est soudé sans qu'on puisse dire quelle est l'origine de ce titre. C’est en vain qu’on a essayé de l’identifier avec un évèque de cette époque; jusqu’à présent, on n’a pu faire à ce sujet que des conjectures. Baronius le confond avec Amator, prédécesseur de saint Germain (mort en 418). Colgan cite l’archevèque de Trèves Æmerus, Amanthus, eunuque de lP’impératrice Eudoxie, et l’évêque de Bourges, Aandus, qui avait un titre honorifique à la cour impériale. Aucune de ces hypothèses ne parait satisfaisante.
$ 5. PATRICK ABORDE EN IRLANDE A L'ESTUAIRE DE LA RI- VIÈRE VARTY DANS LE COMTÉ ACTUEL DE WICKLOW, PRÈS DE LA VILLE DU MÊME NOM, A L'EMPLACEMENT QU'AVAIT CHOISI PAL- LADIUS QUELQUE TEMPS AUPARAVANT.
Malgré son insuccès, le prédécesseur de Patrick avait en quelque sorte ouvert les chemins en fondant trois églises dans cette région. Tous les documents sont d'accord pour faire débarquer Patrick à /rôher Dea (Ostium Dea) sur le territoire de Zy Garrchon, et l'identification de ce port, célèbre à l’époque de Muirchu (2# por tum apud nos clarum), est aujourd’hui hors de doute (voir Hogan, 4x. Bol., 1, 557, note b. et Shearman, ouv. cité, p. 26, note 1 et p. #10).
Patrick né séjourna pas longtemps dans cette localité. Là régnait Nathy fils de Garrchu qui, nous l’avons vu, s'était opposé déjà à l’activité de Palladius. Les biographes signalent cependant quelques conversions, entre autres celle de Sinell, qui fut plus tard évêque en Ossorie.
Peu de temps après son arrivée en Irlande, nous trouvons l'apôtre EN ROUTE VERSLE NORD; IL SEREND EN ULTONIE (1), avec l'intention de porter à Milcon, son ancien maitre, la somme de son rachat. Il remonte la mer orientale longeant la côte des comtés actuel de Wicklow, Dublin, Meath, Louth, et Down, en faisant escale aux petites îles du groupe des
(1) L’Ultonie comprenait les comtés actuels de Down et Antrim.
Skerries (dont une porte le nom d’Ile de Saint-Patrick) et à l'embouchure de la Boyne.
Il débarque enfin au port d'INBHER SLAIN, situé, selon Hogan, à l'endroit où la petite rivière Slane se jette dans le lac Strangford (Down), et il fait dans cette région une conversion importante et décisive dans la personne de DicHU FILS De Tricxim. Ce personnage paraît avoir joui d’une certaine autorité. Quelques mois plus tard, quand la nouvelle de Parrivée des étrangers parvint au roi, il servit d’intermédiaire entre Patrick et Laoghaire (Vrfæ 11, $ 35; 1V,$ 38; vit L. I, $ 49). Dichu donna au missionnaire l'emplacement où furent bâtis l’église et le monastère de SABHULL PADRUIG (aujourd’hui Saul); peut-être faut-il placer à la même époque et dans la même région la conversion de Rus, frère de Dichu. que certains critiques identifient avec l'un des poètes chargés de la révision du Senchus Mor (1).
Patrick, continuant son voyage vers le Nord, gagne SLE- Mist où habitait Milcon ; sa renommée comme prédicateur de l'Evangile commençait à se répandre et l'avait déjà précédé en Dalaradie. L'acte de désespoir auquel se livre Milcon en apprenant son arrivée n'a rien qui nous étonne: il considérait comme une honte pour lui et sa famille de subir l'influence de son ancien esclave. Patrick, plein de pitié pour cet insensé, mais irrité contre les motifs qui l’avaient poussé à cet acte horrible, prononça une prédiction solennelle contre sa postérité, sur laquelle il appela la vengeance céleste : « Nescio, Deus scit, hic homo rex, qui se ipsum ignt tradidit, ne crederet in fine vilæ suæ et ne serviret Deo æterno, nescio! Deus scit, nemo de filiis ejus sedebit rex super sedem regni ejus a £generatione in generationem ; insuper et Semen ejus serviel 1n sempilernum (2) ».
Laissant quelques-uns de ses disciples dans cette contrée,
(4) Voir l’Introduction de M. Hancock au 1° vol. des « Anc. Laws of Ireland. »
@) Vita Muirchu, ch. x1, dans les Analecla Bolland. 1, 559.
après y avoir fondé, paraît-il, plusieurs églises, l'apôtre remonte sur ses vaisseaux ; il veut frapper un coup décisif en introduisant la religion chrétienne dans la citadelle même du Paganisme, à Tara. Suivant toujours la côte, il s'arrête à l'embouchure dela Boyne, INBHErR Cocpra ou Inbher Boyne, et y laisse saint Loman pour évangéliser le pays (1).
Lui-même remonte à pied les bords de cette rivière jusqu’à Ferra-Fer-FErc (sépulcre des hommes de Fiecus)etàSLANE. C'est là et dans la région avoisinante qu'il faut placer la plupart des incidents qui accompagnèrent la célébration de la Pâque, dont nous avons déjà parlé (page 43). Les prodiges accomplis par les Mages à cette occasion, rappelle trop le récit des plaies d'Egypte pour qu'on ne soit pas tenté d'en chercher l'origine dans la préoccupation des biographes de trouver des points de ressemblance entre l’histoire de Patrick et celle de Moïse. Quoi qu’il en soit, il est certain que Patrick s'était fait dès ce moment des ennemis implacables dans la personne des sorciers, surtout de ceux qui avaient une position à la cour.
Il est assez difficile de distinguer ici la légende de l’histoire ; cependant, de cette époque date un changement dattitude de la part de Laoghaire. Il ne parait pas s’être converti sérieusement; mais,incapable de résister à l’entrainement du peuple, il permit à saint Patrick d'accomplir sa mission. Il cède en apparence; en réalité, sa jalousie n’en devient que plus violente contre celui qui, jusque dans son palais et parmi ses favoris, savait recruter des disciples à la religion nouvelle. Il connaît trop bien l’histoire des révolutions sanglantes provoquées par les chefs dans le but de se défaire d’un roi qui ne répondait plus à leurs désirs. « A/elius est me credere quam mort : » telle paraît bien avoir été sa devise.
A partir de ce moment, les principales difficultés sont surmontées; Patrick peut marcher à la conquête de lIrlande.
(4) Voir dans les Addilamenta Tirechani (ch. 1) l’activité de Saint Loman dans cette région.
L’hostilité qu’il rencontrera encore, et cela de la part de Laoghaire même, il saura la déjouer par sa prudence et son énergie.
$ 6. -- PÉRIODE DE CONQUÊTES MISSIONNAIRES; L'ACTIVITÉ DE SAINT PATRICK DEPUIS CETTE ÉPOQUE.
Ici, nous sommes en présence d’un chaos inextricable ; légendes, miracles, fondation d'églises, conversions : tout est mélangé de telle façon dans les documents, qu’il paraît impossible d'y démèler lhistoire positive. Comment choisir, et pourquoi attribuer à Patrick tel ou tel fait et rejeter tel ou tel autre ? — Il n’est pas, croyons-nous, de fondation d'église à laquelle ne se rattache une donnée légendaire.Il faudrait prendre une à une toutes les localités que l’apôtre est censé avoir parcourues, et pour chacune d’elles expliquer quelles sont les probabilités en faveur d'un séjour que Patrick y aurait fait. Presque tous les historiens ont reculé devant cette tâche, et nous ne nous flattons pas d’ètre plus compétent pour l’accomplir. M. Shearman a consacré un gros livre de 400 pages à l'identification des localités du Leinster et de l’Ossorie, visitées par l'apôtre et ses disciples. Comment le suivre dans ses recherches, et comment le critiquer, à moins de posséder une connaissance parfaite et. du pays et des vieilles annales et traditions irlandaises, connaissance qu'un irlandais seul peut acquérir ?
Ce qui. en tout cas, est probable sinon même certain, c’est que l’ACTIVITÉ DU MISSIONNAIRE SE DÉPLOYA SURTOUT DANS LES PROVINCES DE L'ULSTER ET DU LEINSTER; c'est relativement à. ces deux provinces que les traditions sont les plus nombreuses et les plus positives. Il va sans dire que nous ne prétendons pas restreindre à ces contrées son œuvre d’évangélisation, aussi peu que nous affirmons qu'il ait été seul à y apporter le christianisme. Nous pouvons citer à ce propos la fondation des églises et des monastères d'Armagh en Ulster, de Domnach-Padruig et de Domnach-Mor dans le Leinster, de Disert-Padruig près du mont Egli; les conversions de Conall, frère de Laoghaire, de Dubtach, poète principal
d’Erin, et de Fiecus, son neveu; celles des deux filles du roi, Ethné et Fédelm, et de leurs deux précepteurs qui étaient Mages, etc. Quant aux procédés missionnaires du grand apôtre, nous nous réservons de les examiner plus loin.
$ 7 — Mont DE SAINT PATRICK.
Affaibli par l’âge et par les lahurs dune carrière active qui dura plus de 60 ans, saint Patrick, sentant que sa fin approchait, désira terminer ses jours dans l’église, déjà fort importante, d'Armagh, auprès de son ami et fidèle disciple Benignus. Une vision qu'il eut pendant la nuit Pempècha d'accomplir ce dessein. Il mourut et fut enseveli à Sabhull- Padruig, une des premières églises qu'il avait fondées en Irlande, Tassachus lui administra pour la dernière fois le sacrement de la Cène.
Il avait probablement cessé depuis quelque temps ses pérégrinations et ses tournées missionnaires, Quand il jetait un regard sur le passé, il se rappelait avec bonheur toutes les bénédictions qu’il avait reçues de Dieu, et quand il songeait à l'avenir, son cœur se remplissait d'espérance à la pensée qu'il laissait des églises en pleine prospérité, et, pour continuerson œuvre, des disciples fervents et dévoués, s'inspirant de son exemple. La légende prétend qu'à la fin de sa vie. un ange de Dieu lui accorda les quatre demandes qu’il lui présenta au sujet de l'avenir de l’[rlande; si nous dépouillons cette donnée de son élément surnaturel, nous y voyons l'expression de la prière suprême de cet homme de Dieu dont les derhières pensées se tournaient encore vers son champ de travail, et qui demandait à son maître de bénir la semence qu’il avait si largement répandue. £
$ 8. — DONNÉES CHRONOLOGIQUES SUR LA VIE DE PATRICK. D'une manière générale, les données chronologiques de l'histoire d'Irlande ne sont pas sûres. Le plus souvent, elles sont calculées d’après l’année de l'avènement du roi suprème d'Irlande ou même de l’empereur romain. (Voir par ex: 77zpartite, 1, $ 43, Tirechan $ Lvr,etc.). En outre, bien que le plus
souvent, quand les historiens se servent de l'ère chrétienne, ils calculent depuis l'incarnation de J.-C., on relève bien des exemples où les données partent de la mort du Sauveur; quand il n’y a aucune indication on se trouve dans un grand embarras.
Une nouvelle source d'erreurs plus spéciale à la chronologie de Patrick consiste dans l'emploi de périodes triadiques (trois, six, douze et leurs multiples) et de nombres astronomiques (sept, trois cent soixante-cinq); peut-être même fautil voir dans certains chiffres l'intention de les faire concorder avec la vie de Moïse (Tirechan, 53: Æfas ejus lola cxX anni, ut Moyses). Le tableau suivant montrera les divergences des dates relatives à la vie de Patrick, et par suite donnera une idée des difficultés que rencontre l'historien.
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