CONCLUSION
En terminant cette étude, nous éprouvons le besoin de nous excuser d’avoir osé aborder ces questions si grosses de difficultés, sur lesquelles les savants discutent depuis de longues années. |
Nous avons voulu donner avant tout une idée aussi claire que possible de la eonversion de l'Irlande au christianisme ; mais ce sujet, si simple en apparence, se complique singulièrement quand on veut arriver à un résultat vraiment historique. Nous avons peut-être trop embrassé pour qu’il nous fût permis de traiter avec détail bien des points controversés. Cette hypothèse de trois Patricks, si savamment développée par M. Shearman et que cependant nous n’avons pas cru devoir accepter, demanderait à être discutée d’une manière plus approfondie. L'identité de Palladius et de Patrick, que M. Schœll ne parait pas avoir abandonnée dans son dernier article de la Æeaz Æncyclopædie, devrait être également soumise à une critique plus sérieuse, bien que, au premier abord, elle paraisse contredite par les documents les plus certains.
Nous avons dû nous borner etne formulersur ces hypothèses que les objections que nous pensions les plus fondées,
Nous aurions voulu nous étendre plus longuement aussi
sur le parallèle que nous n’avons fait qu'esquisser entre l’organisation sociale et l’organisation ecclésiastique de l'Irlande; c'est là que se trouve la solution à bien des difficultés. Les Anciennes Lois irlandaïses sont une mine riche que l'on n’a pas encore exploitée; il suffit de parcourir, même rapidement, les différents passages de ces recueils où il est question de l'Eglise, pour remarquer combien les lois qui les régissent sont en rapport direct avec le génie de la race celtique.
On l’a peut-être observé : nous avons essayé de tenir compte dans tout le cours de cette étude du milieu où s'exerce l'action de saint Patrick. S'agit-il de son activité missionnaire, nous avons montré avec quelle habileté il sait se plier aux circonstances et se faire Irlandais pour prècher aux Irlandais: s’apit-il des traditions ou des légendes, elles prennent en Irlande une couleur particulière, et l’on ne saurait les expliquer avec profit si l’on fait abstraction du caractère du peuple au sein duquel elles se sont développées. En se plaçant à ce point de vue, on comprend mieux l'histoire, car tout s’enchaine désormais, on possède une sorte de fil conducteur pour sortir de ce dédale eten même temps on apprécie à sa juste valeur l’œuvre du grand apôtre des Irlandais.
Il y aurait dans ce sens une curieuse et intéressante étude à faire en comparant la mission de saint Patrick avec celle de saint Augustin de Cantorbéry, l’ambitieux et perfide envoyé du pape Grégoire ; on verrait alors ce que c’est qu'un missionnaire qui travaille pour le compte du saint-siège, et l’on apprendrait à admirer encore davantage celui qui a laissé un nom, moins pompeux peut-être, mais aimé, respecté, adoré même du peuple à qui il a consacré sa vie.
Nous souhaitons que cet essaine soit pas complètement
stérile et qu’il réussisse à intéresser à notre héros ceux qui ont entendu parler du Patron de l'Irlande, sans savoir à quel point cetitre était mérité. Quant à ceux qui sont au courant des discussions soulevées par la vie et l’œuvre de saint
Patrick, ils trouveront peut-être que nous avons été trop
téméraire dans nos conclusions ; qu’il nous soit permis d'espérer cependant qu'en exposant l'état de la question, et en faisant connaitre des documents dont quelques-uns n’ont été publiés que depuis peu, notre travail sera de quelque utilité pour l’histoire ecclésiastique du cinquième siècle.
Vu, le doyen, F. LICHTENBERGER.
Vu, el permis d'imprimer,
Le vice-recteur de l’Académie de Paris,