‹ Etude Critique Sur Les Rapports Supposes EntreChapitre 8 sur 66 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

ieimcsse et ^dacation de saiat Paul. — Prédicatioo du TApôlrâ en Orient et en Grèce. — Des synagogues et des prosélytes. — Saint Paul parmi les ioifs et parmi les païens. — Athènes et Faréopage. — Gallion. — Sergius PitQlus. •— Félix, Agrippa, Featus.

Nous avons vu ce que de tout temps l'Eglise et la science ont pensé de Tamitié prétendue de saint Paul ôt de Sénèque : voyons maintenant si Thistoire des d6ux personnages, scrupuleusement étudiée^ donne raison aux partisans ou aux adversaires de cette opinion.

Cherchons d'abord à nous former une idée juste de la prédication de saint Paul, de Téclat qu'elle a jeté et dû bruit qu'elle a fait dans le monde.

Un premier point se présente à éclaircir : Saint Paul SpÎTui!''' était-il versé dans les lettres profanes? Avait-il étudié, comme plusieurs Toffit prétendâ, la philosophie et la poésie grecque, et tnême la langue et le droit des Romains ? Rien n'autorise un tel sentiment qui n'est pas^ ce nous semble, celui de T Eglise. Les Pères célèbrei^t avec enthousiasme l'éloquence de saint Paul, la sublimité de ses doctrines, la force et la dialectique qui régnent dans ses Epitres, mais leur admiration ne signale dans ses écrite aucune trace de science im>ndaine« Au contraire, saint Chrysoslorae blâme les imprudents qui,'

de SOD temps, osaient le mettre au-dessus de Platon ^ ; saint Jérôme relève les nombreuses incorrections qui lui échappent, et les attribue au défaut de culture littéraire ^ ; « c'est un barbare , dit Bossuet * , qui ne sait pas couvrir des fleurs de la rhétorique la face hideuse de son Evangile ; les délicats de la terre, qui ont les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son style irrégulier. »

Ces éloges et ces critiques ne se contredisent point. Saint Paul a le génie, l'éloquence, le zèle, l'intrépidité, toutes les grandes qualités du cœur et de l'esprit, animées d'un souffle divin , mais il ne faut lui demander ni la diction fine et polie des rhéteurs, ni l'érudition des sophistes. Et quel besoin a-t-il de cette parure d'emprunt? Dans cette âme transfigurée, où Jésus* Christ seul domine, quelle place reste-t-il aux fictions des poëtes et aux doctrines des philosophes ?

Pour résoudre plus complètement cette question, entrons dans quelques détails sur les premières années de saint Paul.

Saint Paul est né à Tarse, vers le commencement de l'ère chrétienne *. Ses parents étaient Juifs, de la tribu

' Homélie yu sut la X^* ilptlre aux Corinthiens. — Homélie m sur la même Epttre.

^ Sur TEp. aux Ephésiens, 1. II, cb. m. — Saint Irénée est du même avis (Adv. hœres., 1. UI, c. vn). Selon saint Clirysostome, dit Tiliemont, saint Paul ne savait que l*hébreu (voyez Mémoires, saint Paul).

* Panégyrique de saint Paul. — Voyez aussi le jugement de don Galmet, qui résume Toplnion des Pères (fin des Ep. de saint Paul). — Saint Augustin relève surtout la dialectique de TApôtre. — On peut consulter Tappréciation très-éclairée de Téloquence et du style de saint Paul dans le 5* dialogue sur l'éloquence, de Fénelon. Elle confirme pleinement Topinion ici exprimée. Voyez aussi sur les principales incorrections des Epttres M. Glaire, t. VI, art. 4, ch. i.

* L'opinion générale est qu'il naquit Tan 9 après J.-C. (Voyez Tiliemont,Mém. saint Paul). — D'après un passage d'un sermon de saint

de Benjamin , et de la secte des pharisiens ^ ; on ne sait depuis combien de temps ils habitaient cette ville ; on suppose qu'ils y avaient cherché un refuge pendant la guerre de Pompée , de Gabinius ou de Cassius ^, Tarse, comme toutes les cités commerçantes du Levant, avait une colonie juive, sans doute égale en nombre à celles de Damas et d'Antioche. Bien qu'éloignée de la Terre sainte, la famille de saint Paul était restée fidèle au vieil esprit hébraïque, et n'appartenait point à la secte des Alexandrins qu'on accusait à Jérusalem de corrompre le dogme par des innovations téméraires. C'est ce qui ressort avec une entière évidence de tous les passages où l'Apôtre parle des liens qui le rattachent à la nation juive ^. 11 fut donc élevé dans les plus rigides pratiques et dans les plus pures croyances du culte héréditaire ; et cette âme ardente se nourrit, dès l'enfance, de la poésie des Écritures. Saint Paul reçut de son père, outre les prérogatives des Hébreux fidèles, un titre honorable aux yeux du monde et qui lui valut plus d'une fois la considération des païens et la protection des magistrats ; c'était le titre de citoyen romain, fort ambitionné dans les provin-

Chrysostome sar saint Pierre et saiot Paal, publié à Séville, quelques-uns pensent qu'il est né 2 ans ayant notre ère. Mais cette pièce n'est pas authentique. (Voyez Connybear et Howson, 1. 1, ch. 2.)

\ < Ego sum Tir Judsus» natus in Tarso Ciliciie... ernditus juita yeritatera paterns legis... » (Actes xui> i» 5.) — « Circumcisus octavo die, ei génère Israël» de tribu Benjamin, Hebrœus ex hsbreis, secundum legem pharissus. » (Ep. aux Philip., ch. n, 1 , 5.) — « Ego pharissus sum, filius pharissorum. » (Actes xxiu, i, 6.) — « Hebrsi sunt, et ego; Israelitae sunt, et ego; semen Abrah» sunt, et ego. d (U*^ Ep. aux Corintb., XI, 22.)

'Voyez sur ces guerres, Joséphe, Ant, Jud,, 1. XIV. — Guerre contre les Rom,,\, I, ch. vu. — Saint Jérôme dit que saint Paul s'enfuit avec ses parents de Giscale, ville de Judée prise par les Romains. (Catalogue des écr. ecclés.)

* Voyez II, 2.

ces, et fort rare parmi les Juifs*. Tarse, ville dévouée aux Césars, et qui avait souffert sous la courte domination de Gassius, ne reçut cependant d'Auguste^ qui la récompensa, ni le titre de municipe, ni celui de co* lonie ; c'était une ville libre, comme Antioche de Syrie, qui avait des magistrats tirés de son sein et ne recev^ pas de garnison ^. Ses habitants n'avaient pas le droit de bourgeoisie romaine, et si le père de saint Paul le possédait, c'était une récompense ou une acquisition personnelle. Etait-ce le prix d'un service rendu pendant les guerres civiles? L'avait-il acheté à poids d'or, comme le tribun des Actes ? Suivant une conjecture récente, le père de saint Paul serait un affranchi qui aurait obtenu le titre de citoyen romain en recouvrant sa liberté \ Le métier de la famille consistait dans la fabrication de tentes et de vêtements de crin appelés cilices, du nom de la contrée où cette industrie

* Josépbe nous parle de plusieurs Juifs citoyens romains et même de quelques-uns qui furent chevaliers (Guerre des Juifs, I. Il, xxiv) ; mais le soin qu'il prend de les mentionner nous fait penser qn'un titre si noble n'était pas commun dans sa nation.

^ C'est à. tort que Tillemonl et Fleury ont prétendu que Tarse jouissait du titre de colonie libre et du droit de bourgeoisie. On ne voit pas dans les médailles qu'elle ait eu ces privilèges avant Caracalla et Héliogabale (Voyez don Calmet, Comm. Act. xvi, 57). — Voyez aussi Co»nybearet Howson, U I, I. u. — - Appieo {de Bello eiv.f 1. V, ch. vu) se borne à dire qu'Antoine accorda la U4Mrté, c'eat^à-dire le titre de villes libre» à Tarse et à Laodicée.

' Cette coBjecturo est de Wieseler {Chronologie des Act, des Apôt.i GottiogeA, iSA9). --> Il m fonde sur un seirs éont est sosceplible le verset 9 dtt chap. n des Actes, qui peut se traduire : « Il y avait alors à Jérusalem des affranchis de Cyréne, Aleiandrie, Cîlicle, Asie. » Or, comme saint Paul se trouvait parmi eux, il en conclut qu'il était affranchi. — Les Romains firent beaucoup de prisonniers en Judée sous Pompée, Gabinius et Cas&ius. Ce dernier en emmena 30,000 de Larichée [Guerre des Juifs,], I, ch. vi). Nous voyons au^si dans Appien (l. V, ch. vu) qu'Antoine affranchit par un décret ceux des Tarsiens qui avaient été vendue.

avait pris naissance ^ . Conformément à la loi des Juifs, saint Paul apprit un métier, celui de ses parents, et l'on voit dans les Actes qu'il l'exerça pendant toute sa

vie ^

Comment se passèrent les premières années de saint Paul à Tarse? Quelle action cette cité païenne exerçat-elle sur son esprit ?

Tarse est située dans la partie occidentale de la vaste plaine appelée Cilicie plate^ et qui a cinquante lieues d'orient en occident, et trente lieues du nord au midi. Ce pays est d'une fertilité qui excite encore l'admiration des voyageurs. C'est le passage des armées et des caravanes qui se rendent dans l'Asie centrale. Au milieu de la ville coule le Cydnus, et l'on aperçoit au loin les hauts sommets et les pentes escarpées du Taurus. A cette époque, Tarse était un point de réunion pour les Syriens, les Isauriens, les Cappadociens , sans parler des marchands grecs qui affluaient par mer, et des Juifs, ces pèlerins du commerce antique '. Strabon vante sa puissance et ses écoles qu'il ne craint pas de comparer aux écoles d'Athènes et d'Alexandrie *. C'était la Marseille de l'est. On y admirait la magnificence des temples, l'éclat des solennités religieuses, où accou* raient les villes voisines, et qui l'avaient fait surnommer la cité sainte, Upa ; Auguste y recevait des honneurs divins, et tous les ans des jeux étaient célébrés au nom des empereurs ^. Le goût des fêtes, la passion des

* Ces vétemenU étaient faits de poils de boucs et de chèvres (Varron» De re ruitUsa, 1. Il, ch. xi). — Les tentes de poils de boucs existent encore dans ce pays.

^ Le Talmud ordonnait au père ces trois choses ; circoncire son fils, lui apprendre la loi et lui donner un commerce. 3 Voyez saint Basile, £p. V À Eusébe de Samozate.

* L» XrV, ch. V. « Xal TÀXXâ rVùoiv^peî koix wXetordv ^vvarai, etc., etc.» ' Mém. de l'abbé Belley (Acad. des Inscrip., t. XXXVU). On a dé-

76 LNDUCTIONS HISTORIQUES.

arts, Taclivité du commerce s'y partageaient les esprits ; le port était rempli d'une multitude affairée, venue de tous les points de TOrient et de la Grèce; une jeunesse sérieuse se pressait autour des chaires de philosophie, tandis que les voyageurs et les victimes alQuaient dans tes temples * . Le renom de ses philosophes , de ses grammairiens, de ses improvisateurs avait pénétré jusqu'à Rome ; ils remplissaient la capitale de l'empire, et quelques-uns y occupèrent un rang honorable, témoin le stoïcien Athénodore, précepteur d'Auguste, et l'académicien Nestor qui dirigea l'enfance de Marcellus ^. Cet essor des intelligences, ce mouvement , ces splendeurs frappèrent les yeux de saint Paul durant sa jeunesse ; ajoutez à ce spectacle la grandeur des scènes

couvert récemioent à Tarse, dans une eicayalion des anciens remparts de la ville, une collection de petites statues en terre cuite représentant Jupiter, Pan, Mercure, Cybéle, Gérés, Apollon, un taureau égorgeant un lion. 11 y avait aussi beaucoup de lampes et d^encensoirs qui avaient servi. Une coiffure de femme, qui est à peu prés celle de la femme de Titus, semble indiquer la date de ces objets. On présume que ces symboles d'idolâtrie furent jetés en cet endroit par quelque converti (Connyl>ear, 1. 1, p. 275, n. 4).

* Ce qui distingue, dit Strabon^ les écoles de Tarse, c*est que les étudiants y sont tous Tarsiens ; on n*y voit pas d'étrangers, comme à Athènes ou à Alexandrie. Quelques-uns d'entre eux vont dans d'autres villes terminer leurs études (1. XIY, chap. y). — En effet, Tarse, ville policée et commerçante dans une province barbare, devait recevoir tous les Jeunes gens de Cilicie qui désiraient participer à cette civilisation. C'est ce qui explique que le nombre des étudiants ait été si grand, bien qu'il n'en vtnt pas de rétranger.

' Strabon cite, parmi les hommes de mérite qui sont sortis des écoles de Tarse, Antipater, Archedamus, Nestor, deux Athénodores, stoïciens.— Un autre Nestor, académicien. — Deux grammairiens, Artémidore et Diodore. — Dionyside, poète tragique de la pléiade alexandrine. — li y avait, dit-il, beaucoup de Tarsiens qui parcouraient les villes en improvisant des pièces de vers, même des tragédies. Il cite, parmi les plus habiles, Plutiade et Diogéne. Un certain Boethus obtint le gouvernement de sa patrie pour avoir improvisé un récit de la bataille de Philippes. — Athénodore, précepteur d'Auguste, gouverna aussi Tarse.

que la nature développait autour de lui : d'un côté la mer, sillonnée de vaisseaux; de l'autre, cette plaine immense et fertile, bordée de montagnes majestueuses, et animée par les cascades du Cydnus. N'est-il pas naturel de penser que l'âme passionnée du jeune homme, son esprit ardent et curieux , placés sous de telles influences, en reçurent de fortes impressions? Aussi l'opinion de la plupart des historiens et des critiques est qu'il fréquenta la société païenne, fut assidu à ses écoles, et s'y instruisit à fond des arts et des sciences de la Grèce ^ Voici les raisons qui nous empêchent de souscrire à ce sentiment.

Les Juifs, il ne faut pas l'oublier, avaient une invincible horreur pour les mœurs, la religion, les doctrines, la personne même des païens; tout en se mêlant à eux pour les besoins du négoce, ils vivaient dans le secret et risolement, enfermés, et comme dit saint Paul luimême, murés dans leurs croyances religieuses et leurs coutumes nationales ^. C'était un crime d'être l'ami d'un infidèle, d'entrer dans sa maison, de s'asseoir à sa table; et au sortir de la place publique et du marché, on devait se laver les mains, de peur d'avoir contracté quelque souillure en touchant un incirconcis ^. Les Hébreux,

1 Cave pense que gaint Paul fut instrait des arts païens avant d'aller à Jérusalem (I. I, ch. v). — Cesi aussi le sentiment de Lardner (Bist. des Ap., ch. xi), m. Glaire paraît être de Tavis contraire (t. VI, a. iv, ch. i), ainsi que MM. Connybear et Howson (t. I, ch. ir).

^ Maceriam solvens parielis...

' « Scitis quomodo aboroinatum sit viro Judaeo conjungi aut accedere ad alienigenam. » (Actes, ch. n, v. 28.) — Voyez les réflexions de don Calnaet sur ce verset. — Nous saisissons ici Toccasion de dire que l'érudition moderne n'a pas surpassé le travail du savant bénédictin sur les Actes. Ainsi l'ouvrage de MM. Connybear et Howson, éclairé de toutes les lumières de la critique, ne renferme rien, sur cette matière, qui ne se trouve dans les notes de don Calmet, bien que celui-ci n*y soit jamais cité. — Les seules défenses qui furent levées étaient celles qui inter-

voulut qu^il allât à Jénisalem, au cœur de la doctrine^ au centre du pharisaïsme, mériter le titre vénéré de docteur ou de maître (rabboni) * ; et il Tenvoya prendre place parmi les élèves du célèbre Gamaliel. Comment ce pharisien zélé, qui avait sur son fils des vues si hautes, eût-il livré aux Grecs ces chères et pieuses espérances? Et si Ton suppose qu^il l'ait confié à des maîtres païens ou alexandrins, contrairement à ses propres opinions et aux usages hébreux, comment admettre qu'au sortir de ces écoles profanes, il l'ait envoyé à Jérusalem, où la science grecque était détestée, où les alexandrins étaient chassés de la synagogue ^?

Est-ce à dire que le séjour de saint Paul à Tarse ait été sans influence sur son esprit? D^abord, il y apprit le grec, qui se parlait dans sa famille et dans la colonie, et dont l'étude, avons-nous vu, était autorisée. En peu de temps il apprit à le parler, non pas avec cette élégance et cette fleur d'atticisme qui s^ acquiert par l'étude pénétrante et assidue des modèles, mais avec cette facilité que donne à un esprit bien doué l'usage journalier d'une langue ^. On sait d'ailleurs avec quelle merveilleuse promptitude la langue grecque se répandit dans le monde ancien, malgré la diversité

* Voyez sur la Ténération 'attachée à ce titre, Joséphe {Ant. J.,\. XX, ch. n) : « En Judée, on ne répute savants que ceui qui ont acquis une si grande connaissance de nos lois et des lettres saintes, qu'Us sont ca* pables de les expliquer. Ce qui est une chose si rare, qu'il peine deux ou trois 7 ont réussi et ont mérité cette gloire. »

' M. Biet, page 286.

' Nous ayons déjà dit que les Pérès, et particulièrement saint Irénée et saint Jérôme, signalent beaucoup de fautes de langage dans les Epttres. Ce dernier va jusqu*à dire que l'Apôtre se servait de Tite comme d*un interprète auprès des Grecs, surtout pour Texplicatlon des mystères les plus difficiles à exprimer en Tangue grecque (£p. cxx, il]. Selon nous, saint Paul parle le grec avec facilité, sans en posséder pour cela toutes les finesses comme un Grec d* origine ou comme un rhéteur.

deâ idiomes auxquels elle se trouva mêlée, elle se conserva pure. A Tarse, mieux qu'il ne l'eût fait en Judée, saint Paul put observer les pratiques superstitieuses du paganisme; il en vit de près la corruption et les extravagances, et cette vue ne contribua pas peu à allumer en lui ce zèle qui le signalait même parmi les pharisiens de Jérusalem : Incitabatur spirttus in ipso. Tels sont les principaux traits sous lesquels nous apparaît la première jeunesse de TApôtre. Suivons-le à Jérusalem, dans r école de Gamaliel.

D'après ses propres paroles, on peut conjecturer qu'il était assez jeune quand il fit ce voyage ^ Ce fut probablement vers seize ans *. L'étude de la loi , telle qu'elle se pratiquait dans les principales synagogues de la cité sainte, demandait des esprits déjà instruits et exercés ; elle durait longtemps , et jusqu'à un âge avancé, quelquefois même pendant toute la vie; car rien n'était plus difficile et plus rare que d'exceller dans l'interprétation des Ecritures. Au premier rang des savantes écoles de Jérusalem brillaient celle de Hillel et celle de Schammai. Toutes les deux appartenaient à la secte des pharisiens; mais la première regardait la tradition comme supérieure à la loi, tandis que la seconde rejetait les traditionnistes lorsqu'ils étaient en désaccord avec Moïse. La science de Gamaliel, petit-fils de Hillel, assurala prééminence à l'école qu'il dirigeait; nul docteur de ce temps n'égalait sa gloire ; on l'appelait la beauté

* « Ego sum vir Jud^us, natus in Tarso Oilicise, Dutritus aulem in ista civitate, secus pedes Gamaliel (Acl. xxu, 3). — Josèphe, parlant de laiméme, nous dit qa'à rAge de quatorze ans il était habile dans Texplication des Ecritures, qu*à treize ans il commença à s*instruire des diverses opinions des sectes juives, et qu'à dix-neuf ans il embrassa celle des pharisiens (Autobiographie). — Il n'apprit le grec que fort tard, après sa captivité chez les Romains, et il le prononça fort mal toute sa vie.

^ C'est aussi, ou à peu prés, r opinion de M. Connybear (t. I, cb. ii).

de la loi, et le Talmud dit qu'après sa mort on vil tout l'éclat de la loi s'effacer et s'éteindre * . Exempt des haines jalouses et de l'orgueilleuse affectation ordinaires aux pharisiens, il donna, au sujet des apôtres, un rare exemple de sagesse et de tolérance. Aux pieds de ce maître renommé venait se ranger la foule des étudiants, qu'on appelait le saint peuple ^. Là , certains textes de la Bible étaient pris pour sujets de discussion; les élèves, quel que fût leur âge, exposaient et soutenaient en liberté leur sentiment; la langue adoptée était l'hébreu du temps, ou syro-chaldaïque ; ces débats animés, ces questions souvent subtiles excitaient l'essor des esprits, leur donnaient de la vigueur, de la sagacité, delà souplesse, qualités si éminenles dans saint Paul, et Ton peut voir dans ses Epilres et ses discours aux Juifs comment on appuyait de l'autorité des textes l'opinion qu'on avait embrassée. D'autres exemples nous sont fournis par la prédication de saint Pierre à Jérusalem et par la défense de saint Etienne au Sanhédrin ; et l'on a remarqué que saint Paul, une fois converti, se servit pour annoncer l'Evangile de la même méthode que saint Etienne, qu'il persécuta, avait eoiployée en sa présence ». Ce n'est donc pas l'art grec qui a formé

I Voyez id., ibid.^ page 60. — On a cru que Siméoii, père de Gamaliel, était te Srméon dont parle TEvangile. On a dit aussi que Gamaliel 8*était converti au chrigtlanisme; mais nous voyons son fils, nommé Jésus, exercer la grande sacrificature, et il est peu probable que eei bonneur eût été accordé au fils après Tapostasie du père {Ant. jud,, xx, 8). On peut supposer aussi que GamalieJ était l*un des docteurs qui discutèrent avec Jésus-Ctirist dans )e temple.

* Dans les écoles juives, le mattre était assis sur une sorte de plateforme, et les élèves se rangeaient en cercle autour de lui, en s'asseyani sur le sol ; ou bien encore, le mattre prenait place sur un siège élevé, et les élèves, toujours en cercle, sur des sièges très-bas. Cet usage s*est conservé dans les écoles mabomélaoes.

*Connybear, t. I, 1. U.

INDUCTIONS IflSTORIQLES. 83

saint Paul, ses ouvrages n'en offrent aucune Irdce^ c^est la science juive et l^enseignement de la synagogue.

Combien de temps resta-t-il à Jérusalem ? S'y trouvait-il à la mort du Sauveur? Etait-il revenu à Tarse? Quoi qu'il en soit, nous le retrouvons auprès du grand prêtre, vers l'an 34, animé d'une haine ftirieuse contre l'Eglise naissante. Il n'est guère raisonnable de suppo^ «erqu'avaut cette époque il &oit retourné dans sa ville natale^ pour y apprendre la philosophie et les belleslettres * . Cette conjecture a contre elle les raisons énon«cées plus haut, et se concilie mal avec le zèle outré que montra le jeune pharisien dans la première persécution. D'ailleurs, Tétude de la loi suffisait à occuper sa jeunesse et même sa vie entière. Gst^il plus vraisembla-^ ble qu'il ait puisé le goût de la science grecque à l'école de Gamaliel ^ ? Ce docteur avait reçu, dit-on, la permission exceptionnelle de cultiver la philosophie païenne*^; mais apparemment il n'en abusait pas pour mêler un enseignement profane et sacrilège à son enseignement religieux ; c'eût été, au jugement du Sanhédrin et de tout le peuple , corrompre la jeunesse et trahir la nation ^.

Voici enfin une supposition plus légitime. Saint Paul, après sa conversion qui arriva en l'an 34, se réfugia a Tarse, et y fit un séjour de quelques mois, ou même d'une année*^. Là, non-seulement il convertit sa famille,

' C'etX Topiaien de MM. Connybeftr et Howson, t. 1, 1. U, fin. ' Voyèfe leâ méintQi aoteurs, (bid. — Voyez aussi M. Fleury , t. n, S' partie, eb. xvi.

' Ligfood Hor. hebr. ad Act. ap. page 45.

* Nous voyons an contraire <|tie la popalarité de Oarnaliel était trèsgrande : m Honorabilit univers» plein. t> (Act. y, 34).

* Actes, IX, 80. -^ D*après le récit des Actes, ce sQour ne fat pas long, car, entre son départ pour Tarse et son retoar, le seul fait accompli

mais affranchi des préjugés du judaïsme il pot conver* ser plus librement avec les gentils, examiner de plus près leurs opinions et leurs mœurs, discuter avec les philosophes \ comme il fit plus tard à Athènes, et se préparer à la mission qui lui était réservée *• Nous n'éprouvons aucune répugnance à embrasser ce sentiment. Nous ne prétendons pas que saint Paul ait ignoré absolument les systèmes philosophiques qu'il a si sévèrement réprouvés ; ce que nous refusons d'admettre, c'est qu'il les ait possédés à fond, qu'il ait été versé dans la connaissance des écrivains grecs, prosateurs et poëtes, et même des auteurs latins, quMl ait lu Platon, Aristote, les stoïciens, Philon et les alexandrins, Ménandre, Philémon, Callimaque, Tite Live, Ovide; qu'il soit en quelque sorte un philosophe ou un rhéteur converti, comme saint Justin, Arnobe, Lactance et saint Augustin. Ses écrits, nous le répétons, ne laissent pas entrevoir une telle variété de connaissances profanes; ils ne renferment que l'expression réitérée de son mépris absolu pour la science humaine , égarée et impuissante, et quant aux prétendus emprunts qu'il lui a faits, les citations qu'on met en avant sont si peu concluantes que nous jugeons inutile de les discuter ici ». 11 faut d'autres preuves pour nous persuader que les Epîtres de r Apôtre sont en plusieurs endroits la traduction de comédies grecques. Selon nous, saint Paul avait certaines notions générales sur les différents systèmes de philosophie, assez pour juger de l'ensemble et des résultats; il avait pu les acquérir à Tarse, après sa conversion, ou, si Ton aime mieux, à Jérusalem auprès de Gama-

G'est la coDYersion de Corneille (ch. x). Wiéseler pense que saint Paul ne resta que sii mois à Tarse (Connybear, t. I, ch. m).

' C*est le sentiment de MM. Connybear et Howson (t. I, ch. m, fin).

" Voyez tout le chapitre x de M. Fleury, t. U, 5« partie.

Ue1,qui peut-être entretenait parfois ses disciples de la sagesse grecque, pour les prémunir contre la séduction des talents profanes : mais le savoir de l'Apôtre n'allait pas plus loin. Il Ta déclaré lui-même : « Il n'y a aucun art dans mes discours; je ne prêche point l'Evangile suivant les principes du siècle, ni à l'aide des moyens de persuasion inventés par les hommes ; je ne sais que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié *. » Lorsqu'ailleurs il dit : « Si mon langage est méprisable, ma science ne l'est pas ; » il veut parler, sans nul doute, de sa profonde connaissance des livres saints, car il répond à des adversaires juifs. Voilà, en effet, la vraie. Tunique science de saint Paul ; c'est TEcriiure, c'est la doctrine dont il est l'apôtre : il en est pénétré, il l'aime avec transport ; elle jaillit par torrents de son esprit et de son cœur; elle anime, elle exalte ses puissantes facultés.

Nous croyons l'avoir démontré : dans saint Paul, Télément profane est nul, l'élément religieux est tout».

* « VeDî non in sablimitate sermonis aat sapienti» , annuntians vobis tesUmoniam Christi. Non enim jndicavi me scire aliquid inter yos , nisi Jesam Ghristom, et hune craciflxum.... et sermo meus et pradicatio roea, DOD in persuasibillbus human» sapienti» verbis, sed in ostensione sptritas et vlrtutis (!'* aux Corinthiens, eh. u, i , â , 4). — Nam gloria nostra hase est, testimoniam conscienti» nostr» , quod in simplicitate cordis et sinceritate Del , et non in sapientia carnali, sed in gratia Dei conyersati sumus in hoc mundo (II* aux Corinth. ch. i, 12). — Videte ne quis Tos decipiat per philosophiam et inanem fallaciam , secundum traditionem hominum, secundum elementa raundi, et non secundum Christum (aux €oloss. ch. n, 8). — Quoniam quidéro episiol» , inquiunt, graves sunt et fortes; prssentia autem corporis infirma, et sermo contemptibiiis (H* aux Corinth. ch. x, 10). — Nam etsi imperitus sermone , sed non scientia (Ibid, ch. ti, 6). »

^ — Voici le sentiment de don Calmet sur le style des Epttres : « Elles n'ont pas la pureté , ni la politesse des auteurs grecs de son

Avant de suivre saint Paul dans ses voyages apostoliqiie$9 arrêtons*nous un moment sur le portrait que certains historiens font de sa pers(M>kiie, d'après des intdî* cations fournies par Tantiquité. ce Saint Paul était petit, cowbé et voûté; sa pâle figure portait les marques d'une vieillesse prématurée ; son regard dierchait la terre ; il avait la tête chauve, les yeux d'une expression douce et gracieuse, les sourcils abaissés^ le mes long et aquilin, la barbe longue, épaisse et blanche de bonne heure ^ . » Les mêmes, détails sont donnés par le chroniqifieur Malalas, et confirmés par les Actes apocryphes de saint Paul et deTbéela, qui peut-être ont fourni aux deux auteurs précédents les traits de leur description ». Dans le PhikopMriSy ouvrage ancien, qu'il soit de Lucieu ou non, il est question du Galiléen à la tête ckam^e et au

temps. On y trouve quelquefois des expressions rudes , des hébraisines presque ioévi tables aui^ Hj^breux nourris dans la lecture des livres saints. On y remarqqe quelques fautes de grammaire , quelques renversements d'ordre, de longues parenthèses, des écarts qui détournent le sens, et interrompent le fil du discours, et qui en rendent la. Lecture difficite et «tMicure;,. etc^,. M^-i-Oii IH «wsi dansi Nb« Olaire : « SaîDi Paul confond le» ^enm, inet^ le^ plusrqu&rparbl^ S^vi; le prétéi il», le prét^rijl powr le présiant^ le^ participe^ pour U: verbes, rinûBUil pour ViiBh péAatif ;. tantôt c'o^t un ca^ pouv uq aubre ,, le aiftkistaojm j^ofki l'adjectif; tantôt il QUt. w» usage irr4guUer de^ partîctlkisi qpi a^vfffit 1^ Uer b» disr COU)», 104 pnenant ^lon la aigniftcaAioja (|u'oliea o«it oo Mbrou; ce q^i quol^ii^alsi jette ta«t d'obscurUé dana sob vaisaftnem^l, qja'oo. preo* d^ait Vantécédeat pour l^e conséquent , et lea QoncJliMiona pous la& pr^-* mifîisea,.» etc. (T. Vl,cb^ i, ait. 4). -**• «.0«i n'esA i^as.fion46 à si&vnm, dii Mi(c^aâlis, qa!il U^i ioUié dan^ Ui pli)Moaephvo 4ea école» célébrea de- Tai^se. r> (/d. iJUd. artu 5). -^'VQy,ez ea onUe Féoelon, o* dialogue sm Véloquerwe*

* IKképhpre CaUiato^ Bi»U ecçU^, ju ^7. — Cei awlonr vivait m xiv** siècle. C*est un historien sans valeur.

' Jean d'Àntioche, dit Malalas, est plus ancien queNicéphore, mais n'a pas plus d'au.tori|é. 11 est du vu* ou du xx* siècle. '- lies Actea apoccyphes

LNDUCTIOiNS HISTORIQUES. 87

long nez qui fut ravi au troisième ciel ^ . Saint Chrysostome l'appelle un homme de trois coudées et qui cependant touche aux nues * ; ailleurs il dit que ce corps chétif embrasse l'univers '. Enfiff, les Épîtres même de saint Paul nous apprennent qua son aspect annonçait la faiblesse *. Ces traits généraux sont à peu près reproduits dans les anciennes mosaïques grecques et dans les premières sculptures chrétiennes '^j saint Pierre, au contraire, est représenté sous les apparences de la force et de la majesté, avec une physionomie sévère. Sans ajouter foi à l'entière exactitude de toutes ces peintures, on peut croire qu'elles renferment un fond de vérité-

Nous n'avons pas à décrire dans tous ses détails la Prédication prédication de saint Paul ; il nous suffira d'^claircir quelques points qui ont rapport à notre sujet. Ce qui importe au dessein que nous poursuivons, c'est de rechercher, à l'aide des Actes, quel effet la doctrine nouvelle fit sur les esprits, au moment de sa première apparition; avec quelles dispositions diverses le monde accueillit le langage des apôtres, suivant la différence du pays, des croyances et des conditions.

Les apôtres, comme on sait, s'adressèrent d'abord aux luifs, non-seulement en Palestine, mais dans tout

de saint Paul et de Th^cla furent composés vers le ii' siécfe (Voyez don' Calmet et M. Glaire). Voici les expressions dont fl's se servent en parlant de saint Paul : puxpoc tû pLs-)[é66t, <|^iXo; dqv xe^aX/iv, auvo^^uç, empptvcc,

' *Ava(potXfltvTt*c smf^ivoç,' ^ Voyei Tillemont^ an. 3tt.

^ Tbv Ev aufiATt ppaxti-nnv oûcoup.8W)v MinOomie. Bt PoSflÂl.h. n. ^ Pnnentia tuten» cvqioris îofiraM t» scrmo eomeiiiplibfiU». {W aux CMolhr*^ eli«^xi, V. S.)'

'' Conivyftear, «. I, p. 340, net. 4.

90 INDUCllOm HlSlOaiQUËS.

daas celte affiUatioD^ suivant que les adeptes étaient plus oa moins initiés à la ccmnaissance des dogmes, plus ou oKÂQiS dûdles aux observances religieuses : mai» bi conditbn essentieile, c^était de croire au vrai Dieu. Presque partout, au début de la prédicalioD^ les prosélytes furent les premiers amyertis d'entre les païens, téoioin le centurion Corneille et Teonuque éthiopien; et les AiCtes nous apprennent qu'ils se soumirent au joug de Jésus^Christ avec plus d'empressement que les imh wùêfn^s doot ils avaient tes opinions sans partager Leurs pr^ugés ni leur égoïsme. Mais pour bien comprendre cette influence du judaïsme sur La gentilité, qui fut favorable aux premiers {wrc^rès do chrislianisme^ et pour ne pas s'en exagérer l'importanoe, il est bon de saivoir quelle était à cette époque la situation du peuple juif dans le oKHode ancien.

Un trait distinctif du peuple juif, c'est de concilier avec \m atmour ardent du paysnatat, une tendance rnar* quée à consivrir le monde de colociies. Cette dispersion, contraire à Tesprit de la loi, Ait loi^temps arrêtée par les défenees les plus sévères ; mais les révolutions intérieures, la tyrannie des conquérants étrangers, Tattrait de climats plus heureux, firent oublier peu à peu les anciennes maximes ; et elles étaient tCHnbécs dans un tel discrédif , qu*à Tavénement du christianisme on rencontrait des Juifs établis par foute la ferre ; le témoignage de PhiJon sur ce point est confirmé par Strabon et par les Actes ^ Leurs colonies d'Egypte et d'Assyrie formaient des nations redoutables ; à Alexandrie, deux quartiers sur cinq ne leur suffisaient pas ; ils couvraient d'un million d'hommes le sol des Pharaons *.

• Stmiboo, ap, Joseph. An^, j., xir, 7. — Plrilon^ Db hg. ad €os¥ûÊm, — Ad. Il» 5.

' Philon, In Flaccum.

INDUCTIONS HtSTOBIQUES. di

Toutes les viNes coimnergantes de l'Asie; Miiu^ure en reafermaient phasieurs iBilliers ^ ; de: là ils gagnèrent r Archipel, puis le coutmeat grec, Ajtbèoies^ Argps, Corriuibe ». Il y avait des synagogues en Ethiopie et en Lybie, sur les bords de la uaer Gaspi^ne ejt jusqu'en ChÎBe ' ^ Les prisonniers juifs qui suivirent à Rome Varmée de Pompée et celle de Gabuuus^ une foi» affrauchisr, habitèrent un des bas quartiers voisins du Tibre.. Il est probable que le coionierce iscaélite explora la Gaule et TEspagne ; du moius voyonsrnous deu^ filsi d'Béroda exilés par Auguste sur les bords du Rhône ^; malgré TéloigneiQeat, un lieu étroit rattachait à la Pa* lestiue tous les membres dispersés de la société hébraïque : ruxvité nationale était malutenue par un principe et par une espérance. Tous les ans, aux grandes fêtes, Jérusalem se remplissait de pèlerins», accourus de^ pays étrangers sur la montagiae sainte; leurs offrandes formaient les revenus du temple;; et ces enfants, que son sein n^avait point portés^ la reconnaissaient pour leur mère K Toutrfoia, une distinction ne tarda pas à s'établir entre les Juifs de Ptalestine et les Jui& de la dispersion ; les premiers parlaient rhédbreu du temps^ et les autres, le grec ; les uns donc gardèrent le nom d'Hébreux et les autres s'appelèreot Hellénistes ^. Cette diâtinction de pure forme, cette différeoce de langage laissait entière la ressaublance diss. mœurs et

' Us éuaent environ 20,000 à Gé$arée, i^.OOO à Scy4bo»oli«, lO^QOÛ à Damas, 50>000à Séleucle. Voy. Joséphe, passirn.

' PhiloD, De Leg.

' CoBoyl^eu*, I. I, cb. i, p. tô.

* 14., Ibîd.

^ Selon Joséphe, il se trouvait à Jérusalem, aui fêtes de Pâques, prés de 5 millions de Juifs purifiés (B, ad Rom,, u, 24; vi, 45} •

® On donne aussi aux Juifs de Palestine le nom d'Anniéevs, ou Juifs des hautes terres. Connybear, 1. 1^ ch. n, p. 38.

la communauté des sentiments. Encore faut-il ajouter que la plupart des Hellénistes savaient Thébreu, témoin saint Paul. L'unique privilège des habitants de la Palestine était Torgaeil légitime qu'ils ressentaient d'être demeurés fidèles à la Terre de proiâission, aux tomlieaux de leurs pères, au sanctuaire de l'alliance, et de vivre à l'ombre du temple et plus près de Dieu. Cela même ne les empêchait pas de porter assez souvent des noms grecs ou romains unis à des noms hébreux, comme leurs ancêtres avaient porté des noms assyriens * ; de jour en jour des termes étrangers, grecs et latins, se mêlaient au langage parlé à Jérusalem ' ; en résumé, le peuple juif, environné de la civilisation des gentils, accueillait facilement leur domination, leur langue et leurs richesses, mais rejetait avec obstination tout le reste.

Deux efforts furent tentés pour vaincre cette résistance : l'un, philosophique et religieux, vint d'Alexandrie ; l'autre, purement politique, fut l'œuvre de la famille d'Hérode. Tandis que Aristobule et Philon établissaient des rapprochements plus ou moins spécieux entre les doctrines sacrées et les systèmes spiritualistes de la Grèce, Hérode, au cœur même de la Judée, à Jérusalem , élevait des théâtres et des amphithéâtres , donnait des jeux, des courses, des combats de bêtes féroces, dressait des trophées avec de pompeuses inscriptions pour célébrer les victoires d'Auguste, et bâtissait, en l'honneur de ce prince et d' Agrippa, un palais qui dominait la ville «. Par ses soins, l'or des Juifs servait à réparer un temple d'Apollon à Rhodes, à orner de portiques la ville païenne d'Antioche, à rehausser l'éclat des

* Connybear, 1. 1, p.*16o.

^ Id.,1. I, ch. I.

^ Joséphe, AnHq,i xv, 11, 12.

INDUCTIONS HISTORIOUËS. n

jeux publics de la Grèce; aussi la Grèce reconnaissanle le nommait surintendant perpétuel des jeux olympiques, et lui élevait une statue dans l'acropole d^ Athènes ^ Les Juifs demeurèrent intraitables; rien ne put fléchir ces caractères durs, sombres, opiniâtres, ni ébranler leur attachement aux lois et aux coutumes de la patrie. L'école d' Alexandrie n'eut aucun disciple en Palestine ; elle ik très-peu d'adeptes dans les colonies, très-peu même sur les bords du Nil, car il est probable que la plupart des Juifs d'Alexandrie ne furent pas complices de ses tentatives. Hérode et ses successeurs recueillirent les malédictions de leurs sujets, se virent en butte à des complots % et exaltèrent dans tous les cœurs, par le spectacle de leur apostasie, le sentiment national et l'horreur du joug étranger. Ce fut le premier ferment de la révolte générale qui éclata quelques années plus tard. Détestés des Juifs, les païens usaient de représailles. Egyptiens, Grecs et Syriens poursuivaient de railleries et d'injures cette race cosmopolite et misanthrope, cette secte avide et misérable qui amassait dans Tombre des gains sordides, et pratiquait à l'écart un culte ridicule. C'étaient à chaque moment, dans ces bruyantes cités du Levant, des troubles populaires, des rixes sanglantes, qui mettaient à l'épreuve la calme patience du magistrat romain, et qui aboutirent souvent à la ruine de la colonie Israélite '. Les Romains, si dédaigneux pour tout ce qui était Grec et Asiatique, trouvaient pour flétrir et bafouer les Juifs des expressions particulières de mépris et de dégoût ; ils les traitaient en esclaves infimes et du plus bas degré * . Par politique, ils accordèrent quel-

' Id., ibid.t XVI, 9.

* ld.,xv,il.

* Id., Guerre c, les Rom.<f xi, 25, 53, 34.

* Despectissima pars servientium. Tacite, Hist, v, t-lo.

9i INDUCTIONS HISTORIQUES.

quefoid des privilèges à la nation et des distinctions aux princes, car il n*est point de peuple si méprisable dont l'alliance ne soit bonne a quelque chose : ainsi le sénat fit alliance avec les Machabées \ César et Auguste récompensèrent les Juifs de leur fidélité pendant les guerres civiles, et autorisèrent le libre exercice de leur culte par toute la terre ; Hérode fit de fréquents voyages à la cour impériale, et ses fils furent élevés à Rome ; Auguste et Livie envoyèrent des présents à Jérusalem ; tous les jours un sacrifice " y était offert en leur nom ; les deux Agrippa, descendants d'Hérode, gagnèrent Tamitié de Dnisus, fils de Tibère, de Galigula, de Claude, d'Agrippine » ; l'un d'eux reçut du sénat les insignes de la préture ^; mais le crédit dont jouissait la famille royale, si peu juive d'ailleurs par ses sentiments, les décrets rendus en faveur de la nation et conseillés par rintérêt, ne relevaient point les particuliers dans l'estime publique, et lorsque, sous Caligula et sous Néron, ce peuple entêté se roîdit contre les exigences et les fantaisies impériales, l'irritation du gouvernement vint s'ajouter à la haine générale, et tout conspira dans le monde à l'abaissement et à l'oppression des Juifs.

Dans cet état d'hostilité où ils se plaçaient à l'égard des gentils, quelle influence pouvaient-ils exercer sur eux? Elle fut plus grande qu'on n'est d'abord tenté de le supposer. Sans la comparer à l'extension prodigieuse du christianisme, il faut reconnaître qu'elle agissait avec quelque succès, puisque les auteurs païens la signalent en termes expressifs. Quand Philon dit : « Les lois de Moïse attirent le monde entier, les barbares, les étrangers et les Grecs, ceux qui demeurent sur le continent

' Joséphe, Ant., passim.

' Jo8éphe, Antiq, passim.

* Philon, tnF/acctim.

INDUCTIONS HlSTOftlQUES. 95

et les habitants des iles, les nations occidentales et les orientales , l'Europe et TÂsie' ; il y a dans ces paroles l'exagération d'un rhéteur et d'un Juif. Josèphe, plus modeste, dit plus exactement : a On a vu plusieurs Grecs embrasser nos lois ^ ; y> ailleurs il mentionne les nombreux prosélytes de Damas et d'Andoche •, et Tadoption de certaines coutumes israélites dans la plupart des villes grecques*. Les témoignages païens, moins suspects, sont plus concluants. Horace, Dion Cassius, Tacite, notent comme un trait du caractère juif la tendance à s'assimiler les étrangers et à les convertir aux lois de Moïse ^ ; et nous voyons dans Perse et Juvénal que les Romains eux-mêmes se laissaient séduire ^. L'Evangile parle du zèle des docteurs pharisiens qui couraient les terres et les mers pour gagner un seul prosélyte ' ; et les Actes constatent que partout où s'élevaient des synagogues on trouvait des païens assidus aux cérémonies et aux prières publiques. Des causes

' Philoo, DêvitaMosis, 1. II, t. n, p. 157.

' Rép, à Apion, 1. II, ch. v.

' « A Anlioche les Juifs attirèrent & leur religion un grand nombre d'idolâtres qaMls8*a88odalent en quelque sorte.» Gfierre, etc. vn,9.— 1[,41 .

* Id. Rép. à Apian, n, 9.

^ Horace :

Ac veluti te inim cogemvs in hanc coneedere ttnrbam (Sat. tv, 1. I, v. 442).

Tacite : a Transgressi in morem eonim (Jadaeoinin) idem usurpant, nec quidquam prius imbuuntur qnam contemnere deos, einere patrlain , parentes, liberos, fratres, vilia habere. » {Hist. v, 5.)

Dion. : 'Uyjiùça. 'Icu^aîa xai aOrcl *Icud'aiot ùvofAOc^arai... "h Sk lmxÀY)oic OÛTD... çspst... xaX èitt Tcù( âXXcuc àvOpcAircu; oaoi rà v9p.i{i.oc «ùrcâv, xsiirep oOAoedvttc ovteç,Ct)Xoùoi. )> xxxvn, 16, 17. — Pbilon s'exprime dana les mêmes termes (teg. ad Caium).

* Romanas autem soliti conteinnere leges Jodaicnm ediscnDt et servant ac metuui jus Tradidit arcano quodeumqne volmnine Moses.

(XlW, 85 «t^fqO — V. Perte (s. V, v.490).

' Saint Matthieu, xxm, t. 15.

fUverses favorisèrent ces progrès : la supériorité de^5 doclrines juives sur ridolâtrie, et la répulsion que celle-ci inspirait aux meilleurs esprits; Tattraitde la nouveauté, toujours puissant sur les oisifs, les rêveurs et les mécontents ; le goût de la magie, des sciences occultes , des cérémonies clandestines, des initiations mystérieuses, qui travaillait alors la société ; Fattente prochaine du Messie, dont le règne, interprété au sens charnel des Juifs, devait flatter des cupidités et des passions grossières. Il est probable que la plupart des adeptes se recrutaient dans les derniers rangs du peuple, et surtout parmi cette foule d'étrangers vagabonds qui trouvaient dans le judaïsme un nom, une patrie, un culte, des espérances pour l'avenir, et, sans doute, des secours pour le présent. Ce qui refroidissait les plus enthousiastes, c'était la sévérité des conditions. « Les prescriptions de la loi, dit Josèphe, sont plus pénibles que celles de la législation lacédémonienne ^; » elles effrayaient la mollesse des gentils. Aussi Técrivain ajoute que plusieurs après s'y être soumis y renoncent par la suite *. On est donc fondé à supposer que ces prosélytes parfaits dont parlent Dion, Tacite, Philon et Juvénal, ceux qui dépouillèrent entièrement le vieil homme pour s'incorporer dans la nation juive, étaient en petit nombre. Mais il y avait une classe beaucoup plus considérable, celle des prosélytes de la Porte, non circoncis '. Ils croyaient en Dieu et n'étaient obligés qu'à l'observance

' Cont. Apion, I. II, ch. vm.

» /rf.t6W.,l. II, ch. V.

* Od distinguait trois classes de prosélytes : les prosélytes parfaits, ou prosélytes de justice; ils devenaient de véritables Juifs: les prosélytes de la porte, ou simples initiés; enfin les prosélytes esclaves, qui, dit-on, avaient le droit dMnceste. — Ce serait là une des sources des calomnies répandues depuis contre les chrétiens. Car les païens, comme on sait, confondaient les premiers fidèles avec les Juifs. — Basnage, I. VI, ch. vi et vu.

iNDUCTIOiNS HÎSTOUIQLES. Ô?

des sept préceptes donnés aux enfants de Noé ^ Dans les assemblées, ils occupaient l'entrée de la synagogue, sans se mêler aux assistants, et de là écoutaient la lecture et l'explication des livres saints. Â cette classe appartenaient la reine de Saba, Candace et l'eunuque éthiopien. Corneille et les Grecs craignant Dieu du Nouveau Testament. Ces prosélytes imparfaits étaient considérés et traités comme des gentils; cependant les Juifs avouaient qu'ils avaient part au siècle futur ^. Un fait digne de remarque, c'est le grand nombre des femmes prosélytes. A Damas, presque toutes les femmes étaient affiliées à la synagogue ^ ; à Antioche dé Pisidie, les Juifs soulèvent contre les apôtres des femmes de haut rang et les principaux citoyens * ; à Thessalonique et à Béroë, beaucoup de femmes prosélytes croient en Jésus-Christ^. Or, nous lisons dans Strabon qu'en Asie les femmes exerçaient une grande influence sur les opinions religieuses des hommes *. Dans les contrées où les Juifs, étant peu nombreux, ne pouvaient pas assortir entre eux des alliances, les femmes juives épousaient quelquefois des gentils, comme fit la mère de Timothée à Lystre ^. Les enfants appartenaient à la religion du père, et étudiaient en secret celle de la mère ®. Mais

' Don Calmet, Comm. sur le ch. x, verset 1 des Actes.

' Don Calmet, ibid,

' « Ceux de Damas résolurent de massacrer les Juifs qui demeuraieni parmi eux. Mais comme la plupart de leurs femmes avaient embrassé notre religion, ils eurent grand soin de leur cacher leur dessein. r> Joséphe, Guerre, etc. I. II, ch. xià.

* Actes, ch. xm, y. 50.

^ Actes xva, 4, 12.

• *ÀiravT8ç rîîç ^8t9i^at(Aovtaç àpxn^cîiç oiovrai tolç 'pvaTxa; • aurai Sk xat Tob; àv^pàç TrpcxoXoûvrai» irpôc Ta; iiù tcXsov SepaitEtac rûv dsûv, xat lo'pTaç xat iroTviâffpLcu; (vu, 3).

^ Actes, XVI, 1.

" II* Ep. à Timothée^ ch. i, v. 5.

98 INDUCTIONS HISTOHIQUÊS.

ce cas était très-rare. Le judaïsme ne se borna pas à faire des adeptes ; il introduisit dans la société païenne certaines coutumes qui furent adoptées par ceux mêmes qui rejetaient ou ignoraient ses lois. Je ne parle pas seulement du jeûne ou des ablutions dans Teau des fleuves* que pratiquait le bas peuple de Rome; mais le sabbat, le repos du septième jour était un usage trèsrépandu en Grèce et à Rome, même parmi les païens, a On ne voit point de villes grecques ni presque de barbares où Ton ne cesse de travailler* le septième jour, où Ton n'allume des lampes, et où Ton ne célèbre des jeûnes. Plusieurs même s'abstiennent comme nous de manger de certaines viandes, et tâchent d'imiter l'union dans laquelle nous vivons, la commirnication que nous faisons de nos biens, notre industrie dans Tes arts et notre constance à souffrir pour Tobservation de nos lois ^. » L'exactitude de ce témoignage , qui peut paraître exagéré, est garantie par celui de Perse et surtout par un texte bien connu de Sénèque. Perse aussi nous parle des lampes allumées sur les fenêtres », aux Jours de sabbat, et Sénèque blâme avec force cette coutume qui, selon lui, est devenue presque universelle. « Sacramenta Judaeorum et maxime sabbata reprehen-^ dit *, inutiliter id eos facere affirmans, quod per illos singulos septem interpositos dies septimam fera partem gratis suae perdant vacando , et multa in tempore iirgentianon agendo laedantur... cum intérim usque eo sceleratissimœ gentis consuetudo com^aluît ut per

• Horace, Sal. S, I. U, v. 290.

^ Josëphe, contre Apion, 1, II, cb. xx.

* Perse, Sal. v, v. 180 ;

Herodis venere dies, unctaque feoestra Dispositn pingnem nebalam yomuere lacernœ...

Labra mofes tacitas, recatitaqao sabbata pâlies.

* C*e6tsaiDt Augustin qui parle, en cilantce fragment {De civ, U VI, If).

otnnes terras accepta sit,. . . victi victoribus leges dederunt, Illi tamen causas ritus sui noverant ; at major pars poputi facit quod cur facîat ignorât ^ . » Il ressort clairement de ce passage que l'institution du sabbat^ ou du repos hebdomadaire , s'était vulgarisée dans l'em^ pire, mais que le peuple l'adoptait sans, pour cela, se soumettre à la toi mosaïque : il ignorait, ditle philosophe, la signification de ce qu'il pratiquait. C'était un emprunt, comme tant d'autres, qu'il faisait aux religions étrangères. Il n'est pas douteux non plus que cette opi-* nion, qui avait cours au temps de Néron, sur l'apparition prochaine d'un conquérant juif, n'eût été transmise aux païens par l'intermédiaire des prosélytes.

Bientôt les apôtres parurent dans les synagogues, annonçant l'Evangile aux Juifs et aux prosélytes. Ceuxci l'accueillirent avec empressement * ; une fois convertis, ils répandirent parmi les gentils la renommée des doctrines et des vertus de la religion nouvelle. Au sabbat suivant, une foule d'étrangers se mêlait aux prosélytes pour entendre la parole de Dieu ^. Commencée dans la synagogue, la prédication s'achevait dans les maisons *, le plus souvent dans une chambre haute ^; à Corinthe, saint Paul réunissait les fidèles chez un certain Tite ® ; à Éphèse dans l'école d'un rhéteur ou d'un grammairien converti , nommé Tyran ^ . Ainsi se for-

' Sénéque fait encore allusion à cet usage dans la lettre ^5 à LuclUta» > (( Âccendere aliquem lucenias sabbatis prohibeamus ; quoniam nec lumine dii egent, et nehomines quidem delectanlur caligîne. »

' Voye2 Âclesy passim.

^ Actes, zui, V. 44. Les gentils pouvaient aller adorer dans le temple, y offrir leurs yœux et leurs pirésents. Ils se tenaient avec les prosélytes dans le parvis des nations fermé de balustrades. — Basnage, 1. VJ^ cb. ^u

^ In templo et circa domos docentes. Actes v^ v. 43.

* Act. XX, 8.

* Act. xvm, 7.

* Act. XIX,, 9^

100 INDICTIONS HISTORIQUES.

mèrent et se développèrent les premières Eglises, dans tous les lieux parcourus par saint Paul. « Elles se remplissaient, dit un historien, comme les granges se remplissent de grain dans la saison de la récolte ^ »

Toutefois, il ne faut pas s'exagérer Taction du judaïsme sur le monde ancien, ni l'importance du secours que le christianisme en reçut à sa naissance. Combien de villes n'avaient point de synagogues ! Et dans celles mêmes où il s'en trouvait, la masse de la société n'avait aucun rapport avec cette religion. Qu'on se rappelle les préjugés, la haine, le mépris qui pesaient sur ce nom abhorré. Malgré ce que nous avons dit des résultats de la propagande juive, les initiés ne formaient qu'une minorité imperceptible au milieu des populations hostiles ou indifférentes. Si Ton excepte cette poignée d'hommes, cachée dans la foule de quelques cités commerçantes, l'univers était resté fermé aux doctrines du judaïsme. Tout ce qu'il en connaissait, c'étaient quelques pratiques extérieures, qui lui semblaient misérables et ridicules^; mille bruits couraient sur le secret du sanctuaire, sur l'absence de statues et d'images sensibles delà Divinité ; et ce culte admirable d'un Dieu unique, immatériel, était obscurci et défiguré par d'absurdes calomnies ^. Le peuple juif décréditait la religion dont il était le dépositaire ; son caractère et sa renommée suffisaient à repousser ceux qu'auraient pu attirer la sagesse de ses lois et la sublimité de ses croyances. Ses livres n'étaient lus nulle part; il les celait lui-même de peur d'outrage*; son histoire était mal connue, et les écrivains

^ Eusébe de Ces. Hist. ecclés. I. II, ch. m.

' Judffiorum mos absurdus sordidusque (Tacite, Bist. v, 5).

' Id, Hîst. ▼, 4, 5. Gens superstitioni obnoxia , religîonibas adversa^ ch. XIII. — CsBtera insUtuta sinistra, f^da, pravitate valuere, ch. y.

* Les ennemis des Juifs leur dérobaient leur loi dans le temple (Josëphe, Antiq, xti, iO).

INDUCTIONS HISTORIQUES. iOl

profanes, les plus exacts, fourmillent d'erreurs à son sujet*. Qu'était donc, à vrai dire, la religion juive, au milieu du monde ancien et aux yeux des étrangers? Une secte obscure, trop méprisée pour être bien connue, une sorte d^nitiation clandestine, qui obligeait au secret les affiliés, enfin une des formes si variées de la superstition égyptienne et orientale.

Les apôtres sortirent bien vite de ces limites étroites, de ces ténèbres et de ces mystères. Ils marchèrent au grand jour, et allèrent droit à la société païenne. C'est ici surtout qu'il est intéressant d'observer comment leur parole fut accueillie. La situation étaitchangée; les conditions du succès n'étaient plus les mêmes. Quel langage tenir à ces hommes qui ne connaissaient ni Moïse, ni les prophètes, ni le Messie? Comment les convertir au culte d'un Dieu crucifié? Par quel moyen les persuader? Assurément, les discours que saint Pierre et saint Paul adressaient aux Juifs, aux prosélytes, étaient peu intelligibles pour des païens^. — Nous allons examiner les principales circonstances où le Docteur des gentils se trouva face à face avec cet auditoire nouveau ; celles que mentionnent les Actes sont : la conversion de Sergius Paulus^ le discours de l'Apôtre aux Athéniens ^ sa comparution au tribunal de Gallion^ sa défense en Judée devant Félix et Festus.

Sergius Paulus est une des premières conquêtes de serj^"» p*"l'Apôtre. Dès le début de sa mission, saint Paul se rendit à Chypre avec Barnabas, originaire de ce pays; une

' Voyez les errenrg de Plutarque dans ses Symposiaques, entr. y. On peat consulter aussi à ce sujet un mémoire de M. Burigny (Acad. des Ins.

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