I. xxix
' Actes, ch. II, V. 14, cli. m, v. 12, ch. xm, v. 15. — Ces discours, adressés spécialement à des Juifs ou à des gentils judaïsants, roulent en grande partie sur Taccom plissement des prophéties; et les principales preuves sont tirées de l'Ancien Testament.
colonie juive et plusieurs synagogues étaient établies à Salamine, capitale de Tile; ils y annoncèrent Jésus- Christ, et de là vinrent à Paphos, résidence du gouver-
neur romain ^
Sergius, esprit curieux et investigateur, s'occupait de magie. C'était alors la philosophie des hommes politiques et Tunique science de l'Orient. Comme Tibère à Caprée^ il avait auprès de lui un charlatan fameux dans le pays. On sait du reste que cette manie possédait tous les esprits, régnait dans toutes les classes ; et nous ne reproduirons pas tous les traits énergiques dont elle a été décrite et flétrie. Une affluence prodigieuse d'imposteurs de toute race, versée parles provinces, débordait incessamment dans Rome ; la Syrie envoyait ses musiciens et ses médecins, la Ghaldée ses astrologues, la Judée ses faux prophètes, l'Egypte ses prêtres d'Isis et de Sérapis, la Grèce ses histrions. Tout ce ramas impur de fourbes malfaisants, répandu sur les places, ou admis dans le secret des familles, vivait de la curiosité populaire ^t des faveurs lucratives des grands. On vit des femmes de haut rang vendre leurs colliers, leurs bijoux, leurs parures, et leurs présents de noces pour payer des opérations de sorcellerie^. Les magistrats transportaient en province les mœurs romaines, et leur petite cour reproduisait celle de César. Sengius, qui se plaisait aux prestiges de son magicien jttif, Bar-Jesu, entendit parler des miracles opérés par les apôtres; il manda Bamabas et Paul. Eutre eux et le faux prophète il s'engagea une de ces luttes si souvent décrites dans les livres «aint-s : saint Paul frappa de cécité son contradicteur, et ce coup d'une puissance surhumaine décida
' Act. xin, 6.
2 Tacile, Ann. rvi, 51.
ia conversion de Sergius '. — Ici, c'est l'emploi d'un moyen surnaturel qui aide au succès de l'Apôtre, accrédite sa parole, et produit la conviction ^.
Venons maintenant avec saint Paul sur l'Agora d'Athènes et au tribunal de l'Aréopage où il n'employa d'autre force que celle de la persuasion.
Avant d'arriver à Athènes, saint Paul s'était arrêté
^ Actes, xni, 42.
' Nous dirons ici uo moi de Torigine du nom de saint Paul doimé À fiktpétce par saint Luc au moment où 'il ^relate la conversion de Sergius. Suivant Topinion la plus générale, l'Apôtre prit ce nom -en mémoire de sa Douvelle conquête et comme un trophée de sa victoire. C'est là , ce nous semble, une explication oratoire , plus spécieuse que fondée. Si ce motif est véritable, pourquoi le texte saccé n'en parle-t-il pas ? Pourquoi qe nouveau nom est-il mentionné. avant, que Sei;gius soit converti? Jl nous parait bien plus vraisemblable que l'Apôtre, suivapt un usage très-commun en Judée , avait deux noms : Tun juif et loutre étranger. Citoyen romain, il avait un nom latin. L'histoire juive «s t pleine d'exemples analogues. Après la conquête assyxienne , les Juifs portèrent des noms assyriens, Néhémiah, Schammai, Baltesshazzar; après la conquête grecque, des noms grecs et quelquefois même les plus mythologiques, Jason, Apollon, Phêbus et Borée (Josépbe, Guer. rom. ii,38); la domination romaine introduisit les noms romains , (Cri^pus, Justus , Niger, Drusilla, Priscilla, Apella, Aquila. Or, la plupart de ces Juifs avaient deux noms , l'un hébreu et l'autre païen, un sacré et un profane, un ésotérique et un exolérique : le premier était celui delà famille ou de la synagogue, l'autre celui des affaires et des voyages. Ainsi nous voyons : Baltesshazzar- Daniel, Esther-Hadasa , Hérode-Agrippa , Salome-Alclandra , Juda-Arislobule, Simon-Pierre. Quelquefois il y avait analogie de signification ou de son entre ces deux noms : Josep-Jason ; Hillel-Jule ; Saul-Paul. En conséquence, il nous parait 'raisonnable de penser que l'Apôtre qui avait porté le premier nom parmi les Juifs, porta le second parmi les païens : depuis, dans toutes ses Epttres il se servit invariablement de ce dernier. Comme rien n'était plus connu parmi les chrétiens que les deux noms de TApôtre, saint Luc dit sans aucun détail : Saul , qui s'appelait aussi Paul.... Peut-être s'était- il présenté au gouverneur sous ce nom. N'oublions pas que c'était la première fois qu'il quittait le continent asiatique et s'adressait à des Romains. — V. MM. Connybear, etc. 1. 1, ch. v, p. 163. — V. aussi dans le même endroit l'opinion de saint Jérôme et de Baronius. — Don Caimet, après avoir exposé les divers sentiments, conclut dans le sens indiqué plus haut (Comm. ch. xm, v. 9}.
404 INDUCTIONS HISTORIULES.
à Philippes, colonie romaine. L'aversion des Romains pour les innovations étrangères, et principalement pour tout ce qui venait des Juifs, éclata au passage des apôtres : ils furent arrêtés, battus de verges, mis aux fers, parce qu'ils enseignaient une manière de vivre contraire aux lois ^ Un second fait à noter, c'est la conversion du geôlier : comme celle de Sergius, elle fut l'effet d'un miracle. En suivant la voie Egnatia, route militaire qui s'étendait de Dyrrachium jusqu'à Cypselus^, sur un aspace de 500 milles, ils arrivèrent à Thessalonique : c'était une ville libre, remarquable par la fertilité de son territoire, qu'arrosent deux rivières, par le grand nombre de ses habitants, par son commerce de terre et de mer ®. Les Juifs y avaient une synagogue; aujourd'hui ils en ont 36 dans la même ville, et y résident au nombre de 35 mille, occupés à fabriquer le drap*. — Beaucoup de prosélytes et de femmes de qualité s'y convertirent ^. Accusés de rébellion contre l'Etat, les apôtres y furent traités avec plus de ménagement qu'à Philippes, parce que les ma-
' Act. XVI, 21 : a Et annuntiant morero, quem non licet nobis suscipere, neqae facere, cuna simas Romani ... conturbant civilatem nostram, cum sint Judsi. »
* Voyez MM. Connybear, etc., t. I, ch. ix, p. 339. — a Via illa nostra, quffi per Macedoniam est usque ad Hellespontum militaris. » Cicér. De prov, cons, n.
* OeaootXovixeta; , 71 vOv u^àXtarx tc^v çiXXcùv EÙav^psI. Strab. vu, 7, 4. — Connybear, etc., 1. 1, ch. ix, p. 346.
* Nouvelles juives de 1849. — Paul Lucas, dans son dernier voyage, porte seulement le nombre des Juifs à r>0,000, et celui des synagogues à 22. — « Comme ils sont fort industrieux, deux grands yizirs se sont mis successivement en léte de les faire travailler aux manufactures de draps de France ; mais ils n'ont jamais pu y réussir : cependant ils vendent as/iez bien leurs gros draps au grnnd seigneur qui en fait habiller ses troupes. » — Les chrétiens, ajoute-t-il, y sont au nombre de 10,000.
'" Act. XVII, 4 : « Et quldan) ex eis (Judffiis) crediderunt ... et de colentibus gentilibusque multiludo magna, et mulieres nohiles non paumo..^
INDUCTIOiNS HISTORIQUES. i05
gistrats n'étaient pas Romains ^ Pour se dérober à la rancune implacable des Juifs, saint Paul descendit précipitamment à Béroé, et de là à Athènes.
Cette cité déchue n'était plus qu'un musée et un sanc- ÎaSSSÏb? tuaire. Le culte y était embelli et protégé par les arts, et les dieux antiques de la mythologie semblaient emprunter une éternelle jeunesse aux chefs-d'œuvre qu'ils avaient inspirés. Delà était partie cette civilisation grecque qui couvrait le monde, et qui avait gagné saint Paul lui-même, puisqu'il venait annoncer sur l'Agora, dans la langue des Athéniens, une religion née en Palestine. Par une sorte d'échange, l'Orient avait introduit dans la capitale hellénique quelques symboles de ses doctrines, un temple de Sérapis ^, par exemple, et une synagogue, dont l'établissement remonte sans doute à l'époque où un décret fut rendu par la République en faveur d'Hircan , prince des Juifs ^. C'étaient comme les gages de cette hospitalité réciproque que pratiquaient les anciens. Mais ces éléments nouveaux n'altéraient point l'esprit religieux de la Grèce, et jamais Athènes n'avait témoigné plus de zèle pour les riantes solennités d'une religion à qui elle devait sa gloire et sa beauté*. Saint Paul venait attaquer l'idolâtrie au cœur de son empire et dans tout l'éclat de ses prestiges. Quel spectacle pour l'apôtre d'un Dieu mort sur une croix! En abordant au Pirée, il avait pu apercevoir des théâtres où la foule turbulente des marchands et des matelots accourait aux pièces de Ménandre; de beaux temples, et entre tous, ceux de Minerve
* Ibid., 7 : a Contra décréta Cœsaris faciunt, Kegem alium diceotes esse Jesum. »
3 M. Villemain, Eloq. chrét., introd., p. 41.
* Joséphe, Anliq, j., xiv, 16.
* Connybear et Howson, t. I, ch. x, p. 575. Ces détails et ceux qui suivent sont extraits de ce savant ouvrage.
et de Jupiter ; des statues et des autels élevés aux dieux inconnus * par une piété prévenante qui semblait venir sur le rivage au-devant des divinités étrangères que les flots apportaient dans la cité chérie du ciel. A rentrée de la ville, près de la porte qui correspond avec le Pirée, étaient les statues des divinités tutélaires d'Athènes, Minerve et Neptune; non loin, un temple de Cérès dont Praxitèle avait fait les principaux embellissements ; en continuant, un sanctuaire de Bacchus où étaient figurés Apollon, Jupiter, Mercureet les Muses. L'Olympe entier s'était présenté au voyageur chrétien, avant même qu'il eût franchi le seuil. Lorsqu'en suivant la première rue, bordée d'arcades couvertes, il pénétrait sur les places publiques, à l'ouest, par le Céramique, sur l'Agora, au sud vers le Pnyx, au nord près de l'éminence rocailleuse de l'Aréopage , à l'est en face de l'Acropole, partout il retrouvait sous des formes gracieuses ou sublimes le culte qu'il avait mission d'anéantir. A l'ombre des arbres plantés par Cimon sur l'Agora, s'élevaient les statues de Solon, Conon, Démosthènes, Thésée, Hercule ; l'autel des douze grands dieux occupait le centre delà place. Le Pnyx était consacré à Jupiter, le théâtre à Bacchus, la maison d'arrêt était un temple de Cybèle, la salle du sénat renfermait un autel deVestaet des statues de Jupiter et d'Apollon. Les divinités connues ne suffisaient pas à la piété athénienne ; elle divinisait et adorait de pures abstractions, des êtres allégoriques, quelquefois même des vices : la Pitié, la Modestie, la Renommée, l'Audace, la Persuasion, l'Ou-
* Pausanias {Attica, n) place ces autels dans les temples du Pirée : Bojxct deôv T8 «vo{Aa^G[JLsv(ov àpwffTcùv xat iljptùwv. — Peut-ôlte un autel à un dieu inconnu était-il en outre élevé dans le centre de la ville. C'est Topinion des deux docteurs anglais. — Voyez aussi la Dissert, de don Calmet à ce sujet. Elle résume les sentiments des Pérès (En tête des Comm. des Actes).
INDUCXIQIilS HlSipiUQUES. 107
bli, l'Impudence, l'Injure avaient leurs autels. Nous joe parlerons pas de ces sanctuaires taillés dans les rochers de la citadelle, ni des Propylées, ni du Parthénon et des trois statues de Minerve, dout l'une, faite du bronze pris à Marathon, avait 25 pieds de haut sur un piédestal de vingt. La plate-forme de l'Acropole était couverte d'objets d'art, représentant des Mtributs divins, ou des faits remarquables de la mythologie : c'était Thésée et le Minotaure, Hercule écrasant les serpents, Vénus et les Grâces, sculptées par Socrate, Tolivier mystique de Minerve et le trident de Neptune. Pausanias, qui a visité Athènes un peu plus d'un siècle après saint Paul, et qui a décrit toutes ces magnificences, disait qu'il y avait dans cette ville plus d'idoles que dans le reste de la Grèce; nulle part, ajoute-t-il, le zèie pour la religion n'est porté aussi loin ^ Les témoignages de Pla|gj).> d'isocrate, de Sophocle, eaux de Josèphe, de saint Gi^oire de Nazianze et de Julien prouvent que ces goûts rehgieux furent Tun des caractères les plus constants de ce peuple mobile^. Cette ivresse de superstition, qui possédait les esprits, le spectacle des inventions séduisantes et des élégants mensonges du paganisme, excitèrent l'indignation de saint Paul ; cependant, au lieu de se renfermer dans la synagogue ou dans une maison, suivant son usage, il se rendit sur TAgora, et, engageant une conversation avec ceux qu'il rencontrait, il leur annonça hardiment les grands faits accomplis
• XOtivaîcuc ipepiaaoTfipov ti î\ t&îç «XXoi; ii ri 6eïa etti tmau^ra. rxtv, ?>.
* Alcîb. IL — Ot lïXeÎOTaç (xèv 6uŒÎa( xat )ca))ioTa; twv 'EXXr.vwv à"yofX8V, imAr,lL9m n xexoapEi7ixap.&v rà U'pa aÙTÔv, w; gù^evs; dlXXoi, etc. ... » — Isocr. (Panégyr.) « Toùç irpb; rà tôv 6gâ>v eOaeêetrraTa ^laxÊiptevouç. » — Soph., Œdipe à Colons, — Josépbe {contre Ap., i, 12): « *A8yivaiou<; toùc lùotêtorâTouç twv 'EXXtivwv. » — S. Grég. Or. f. de S. Basile. — Julien (Misop.) : « 4>iXo6ict (i.àXivTa icavTuv elatv, »
iOS INDUCTIONS HISTORIQUES.
en Judée, la mort du Sauveur et sa résurrection ^ Arrêtons-nous sur cette entrevue, où pour la première fois rÉvangile se trouva face à face avec la philosophie incrédule et Tidolàtrie charmée d^elle-même. Les mœurs athéniennes sont peintes au naturel dans le bref et simple récit de saint Luc : c'est bien là cette oisive population d'artistes, de savants et de rhéteurs qui vit sur la place publique, occupée de jeux d'esprit, avide de nouvelles, et dont les bruyants entretiens animent la solitude d'une cité tombée. Dans ce rendezvous des doctrines, où les systèmes les plus divers se mêlent et se combattent, l'Apôtre est accueilli avec l'intérêt qu'inspire une nouveauté à des curieux désœuvrés; il l'expose avec la liberté qui est particulière aux pays où l'intelligence règne, et établit une sorte de droit commun et de tolérance réciproque pour toutes les opinions. Toutefois, la nouveauté qu'apportait sàitit' Paul avait un air trop étrange, et des prétentions trop hardies pour qu'elle n'eût d'autre effet que d'exciter une curiosité frivole et momentanée. Des épicuriens et des stoïciens s'approchèrent. Entre eux et saint Paul il s'engagea, non pas une discussion religieuse et philosophique, comme on le dit quelquefois, mais un simple entretien où T Apôtre développa sa doctrine^. L'impression des auditeurs fut celle-ci : « Que veut ce vil discoureur? On dirait qu'il annonce de nouveaux dieux. Menons-le à l'Aréopage *. » A Athènes, comme dans
* Actes, XVII, 16: napu^uveTO tô TcveOjAa auToD ev aÙTÛ OscdpoûvTi xaLrii- ^6>Xov oSaav rriv iroXiv. AieXe'ysto [aÈv ouv ... xat iv tJ â']fopâ koltol wàaav i^p.8pav irpoç Touç wapaTU-Y x*^ovTaç .... t6v *lY)aoOv xm nhv àvûttrraatv aÙToT; tOYj'y-yéXiÇETO (v. 17, 18).
* A.CI. xvn, 18 : « Tivèç ^è twv 'E^txoupEÎcdv xaî t«v StoI'xûv çiXoao- <pù)v ouvé^aXov ftÙTœ * /.at Tive; ^e^^ov * rt âv OeXoi ô oTPepfi.oXo'jfOç ouro^ Xé-ytiv ; etc.. »
"^ SiFepfAoXop^ signifie proprement un oiseau qui ramasse çà et là des
toutes les villes de l'antiquité, une loi défendait d'introduire un culte étranger. Mais là comme ailleurs elle était tombée, depuis que les peuples, en se rapprochant, étaient devenus moins exclusifs^ . Aussi Athènes exerçait-elle une hospitalité facile envers les dieux comme envers les hommes ^; à la condition cependant que la religion nouvelle fût autorisée. En pareille matière, r Aréopage, comme le sénat romain, était juge. Saint Paul monta donc, à la suite des philosophes ses accusateurs, l'escalier de pierre qui de TAgora conduisait directement sur la plate-forme de l'Aréopage. Il comparut devant ces juges assis en plein air sur des sièges taillés dans le roc. Près de là on voyait un sanctuaire des Furies, dans une fente de rocher : plus loin, un temple de Mars; en face, le Parthénon; et la grande ombre de Minerve Polias tombait du haut de la citadelle sur le tribunal ^ . Le discours adroit et noble de l'Apôtre est différent de ceux qu'il adressait aux Juifs dans les synagogues : l'orateur n'use plus des mêmes moyens en présence de cet auditoire nouveau . Il proclame d'abord l'existence d'un Dieu unique, immatériel, créateur, dont la présence se fait sentir dans chacun de nous ; il condamne l'idolâtrie qui déshonore par d'indignes hommages celui qu'elle prétend adorer. Tant qu'il exposa ces doctrines qui n'étaient pas incompatibles avec la philosophie ni choquantes pour la patrie de Socrate et de Platon, il fut écouté avec intérêt. Mais quand
grains tombés, et par extension un homme qui vit de ce qu'il ramasse, par conséquent paresseux, mendiant, bavard. Voy. don Calmet , et MM. Connybear, etc., 1. 1, ch. x, p. 400, n. 3. — S. Cbrys. dit qu'il fut mené à FAréopage pour être condamné.
* Voyez don Calmet, Comment, sur le y. 18 du ch. xvxi des Actes.
' 'AÔYivatci ^s âoTTEp nept xà àXXa çiXo^evoûvrt; ^laTsXoûotv, outu xat inpt Toùç 6îou;, TCcXXà «](àp tûv Çevtxûv lepûv itaps^E^avro. — Strabon , 1. IX.
* MM. Connybear, etc., t. I, ch. x, p. 401, 402.
i<0 INDUCTIONS HISTORIQUES.
i\ vint à parler de Jésus-Christ et de sa résurrection, des murmures et des railleries 4'inlerrompirent \ et le tribunal déclara la cause entendue. Apparemment, les Athéniens s'imaginèrent qu'ils avaient devant eux quelque magicien imposteur, et ils ne jugèrent pas que son système fiit de conséquence. Un aréopagite et quelques assistants se joignirent cepî;ndant à saint Paul et le prièrent de les instruire. Mais cette exception ne doit pas nous empêcher de constater le sentiment de surprise et de mépris que la première apparition du christianisme excita parmi les classes éclairées et philosophiques d'Athènes. C'est sans doute le souvenir de cet accueil qui faisait dire quelques moiâ plus lard à saint Paul, quaux yeux des païens la croix est une folie ^. Un jour, les premières apologies de la religion nouvelle sortiront du sein de cette même philosophie d'Athènes. Mais quoique un siècle de souflFrances et de vertus ait fait connaître l'Évangile au monde, nous verrons, même alors, Athénagore et saint Justin éprouver de l'embarras à présenter les preuves essentielles du dogme chrétien. Justifier leurs frères des crimes dont on les noircit, démontrer, comme saint Paul, l'unité de Dieu, leur est chose facile, et c'est par là quMls entrent en matière ; mais quand ils arrivent à Taccomplissement des prophéties faites aux Juifs, aux mystères de la naissance et de la résurrection du Sauveur, ils sentent combien ces arguments trouvent les païens rebelles , combien ces croyances leur sont peu familières, et ils essaient par plusieurs moyens de les rendre intelligibles et acceptables. Ils cherchent dans la mythologie certaines ressemblances, ils comparent le
^ Act. XVII , 32 : 'Axoûaavreç ^t avaaradiv vexpûv, ol y.h é-^daJCo'^ • ot Sk tiTcov ixou(ïOu.66a aoO irâXiv irepi toutou.
' I. CoriiUh. iy25.
INDUCTIONS HISTORIQUES. ilf
Fils de Dieu aux fils de Jupiter, à Mercure, à Hercule, à Persée, à Esculape ^ Tertullien, sans aller aussi loin, les imite. Tant il était difficile à la doctrine chrétienne de se faire jour dans le monde païen !
D'Athènes , saint Paul passa à Corinthe où c»'»*»»résidait le proconsul Gallion, vers Tan 53^. L'Acfcaïe qui sous Auguste avait été province sénatoriale , province impériale sous Tibère, venait d'être rendue au sénat par Claude ^. Détruite sous la République, Corinthe avait été rétablie par César* sur Tisthme même, que Pindare appelle le pont de ta mer, et Xénophon , la porte du Péloponèse ^ . Grâce à sa position, aussi avantageuse pour le commerce que sous le rapport militaire, elle recouvra en peu d'années sa splendeur et son importance. Les marchands, jadis expulsés de ses ruines, y revinrent; des manufactures en métallurgie, teintures et porcelaines, s'y établirent^; les Orientaux et les Juifs y accoururent, attirés par le bruit de ses richesses. Située sur un plateau incliné qui allait en se relevant depuis les ports de Léchée et de Cenchrée jusqu'à la base nord de TAcro-Corinthe, elle
' Voyez sQiAt Justin, ch« %xt et xm, f® apologie. — ^Terlallien dît en parlant de lui-iriéme : (( Nous avons ri comme vous de ces dogmes; nous avons été des vôtres. Les hommes ne naissent pas chrétiens, ils le deviennent. >i 1*"*^ Ap., XVII.
' Coirnybear, l. I, ch. xu, p. 448. — Don Calmet, Comm., v. 12, ch. xvin. — Sénèque était revenu d*exil vers 49, et son crédit avait pu servir à Marcos Annœus Novatus, son frère, qui prit, comme on le sait, le nom de Gallion , parce qu'il était entré par adoption dans une famille de ce nom.
^ Voyez Dion Cassius, 1. X. — Tac, Ann., 176. — Suet. Claude^ ^5.
* Les médailles portent cette inscription : a Colonia Laus Julia Corinthus. »
* no'vTcu «Yeçûpa, Mém., vi, 44. (I>pcupav TrovTiaJa, /s(A., m, 58. — *AvairsTOCoftc TTJç neXoTTOwiiacu rà; irûXaç. Ages. 2.
^ Pour ces détails et les suivants, voyez Touvrage anglais déjà cité, 1. 1, ch. X.
voyait à ses pieds les vaisseaux d'Italie, de Marseille, d'Alexandrie, d'Ephèse et de tous les points du monde commerçant. Elle avait rang parmi les villes de second ordre de l'empire. Saint Paul y demeura pendant plus de dix-huit mois, tantôt travaillant de ses mains dans le quartier juif, tantôt enseignant dans la synagogue et dans une maison particulière, sans cesse en butte à des persécutions qui mettaient ses jours en péril \ Sa prédication porta des fruits abondants ; un grand nombre de Juifs, de prosélytes et de païens se convertirent. Il a tracé lui-même le tableau de cette Eglise dans deux Epîtres qu'il lui écrivit peu de temps après son départ.
Composée d'hommes de toute nation, qui parlaient diverses langues ^, de gens obscurs et de basse naissance, que l'Apôtre appelle le rebut et les balayures de la terre ^, et qui avaient peine à se détacher des pratiques de l'idolâtrie et des mœurs de Corinthe *, la communauté chrétienne de Cenchrée ^ fut troublée, après le départ de son fondateur, par des dissensions et des scandales momentanés ^. Les deux lettres apostoliques y mirent fin. Les chrétiens de Macédoine, moins nombreux peut-être, mais plus fidèles et plus attachés au devoir, appartenaient, comme ceux de Corinthe, aux classes pauvres ^. C'est là un caractère commun à toutes les Eglises d'Oc^dent, que nous avons vu s'élever sur les
' Et ego in infirmitate, et limore, et treroore multo fui apud vos. I. Cor., ch. II, 3. — Ces persécutions venaient des Juifs.
* Ch. XIV, V aux Corintb., v. 18.
* Ibid., ch. I, 28. — Ch. iv, IS.
* n. Cor., ch. XII, 20. — I. Cor., ch. v, 1.
^ Voyez Ep. aui Rom., xvi, 1.
® I. Cor., ch. m, 22. — n. Cor., ch. xi, 13.
' 11. Corinth., ch. vm, 2, altissima paupertas eorum, -h xarà Paôou;
INDUCTIOMS HISTORIQUES. H3
pas dé saint Paul : à part quelques membres, comme Denys d'Athènes, Eraste, trésorier deCorinthe*, et les femmes nobles de Béroé et de Thessalonique, elles sont remplies d*une multitude abjecte et grossière, pour parler comme le monde, peripsema mundi ^. Il y eut donc, dès les premiers temps, une différence marquée dans les sentiments qui se manifestèrent à l'apparition de TEvaneile : les hommes de bonne volonté sortirent du peuple ; d'en haut, il ne vint guère que des sarcasme^ et des persécutions. Ce contraste est signalé avec force dans l'Epître première aux Corinthiens que saint Paul écrivit à Ephèse, peu de temps après son départ de Grèce 8 : «Où sont, dit-il, parmi vous, mes frères, où sont les sages et les doctes? Où sont les sophistes* de ce siècle? Dieu n â-t-il pas frappé de folie la sagesse de ce monde? Car Dieu, voyant que le monde avec sa science ne l'a point reconnu dans les œuvres de sa sagesse, a voulu sauver les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs de la science, et nous, nous prêchons Jésus-Christ crucifié qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Grecs. Jetez les yeux sur vous-mêmes, vous qui avez été élus : il n'y en a pas beaucoup parmi vous d'habiles selon la chair, pas beaucoup de puissants, pa& beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi dans le monde ce qu'il y avait d'insensé, afin de confondre les sages; Dieu a choisi ce qu'il y avait de frfible dans le monde, afin de confondre les forts. Dieu a choisi ce qu'il y avait de bas et de rebuté dans le monde, ce qui n'existait pas, afin de renverser ce qui existe.... Votre appui n'est
' Erastus, arcarias civitatis, h oî)c:'VO(i.o; t^; rzoknùi,
' I. Cor., ch. IV, 13. 'fl; irepixaftâpixaTa toO xoffjxou ... -rrxvTtov 7rtpî«j/irip.a#
' L'an 56, selon don Calmet.
* 2u^yiTiT7j; tou atwvo; tcutcu. l. Cor., ch. i, 20.
point dans la science de P homme, mais dans la puissance de Dieu.... La sagesse que nous vous annonçons n'est point la sagesse de ce siècle, ni de ceux qui commandent à ce siècle et qui tomberont. . . c'est une sagesse qu'aucun des princes de ce monde n'aconnue...etnous ne vous l'annonçons point avec les paroles étudiées de la science humaine... * —Peut-on exprimer en termes plus précis et plus forts le caractère et les effets de la prédication, « sa faiblesse victorieuse, la glorieuse bassesse * » de ses premiers établissements, et la révolte des puissances humaines contre la foi?
Un incident du séjour de saint Paul à Corinthe mârite une attention particulière. Nous voyons fréquemment dans les Actes avec quelle facilité les orages populaires se formaient au sein des multitudes agglomérées dans les cités commerçantes de Grèce et d'Asie : excités en un instant, ils s'apaisaient de même, sur un signe du magistrat romain dont l'attitude restait calme et presque indifférenteau milieu de ces tumultueuses effervescences. SaintPaul résidait depuis huitmois à Corinthe, lorsqu'un jour du quartier juif tout en feu une tourbe se souleva et emporta à grands cris l'Apôtre jusqu'au tribunal du proconsul ». C'était ce même Gallion dont Sénèque et Slace vantent la douceur inaltérable*; et son caractère ne se démentit point en cette conjoncture. Les Juifs accu-
• Voyez les ch. i et n de VEp. I aui Cor.
» Expression» de Bossuet, Panégyr. de salnl Paul.
» Acl xvm , 12. KaTii««n)<i»v I^M,mSo^ ci 'loaSaloi tw nwAf, etc.
« « Gallio frater meus, quem nemo non parum amat, etiam qui amare
plus non potest nemo enim mortalium nni tara dulcli est qa«n hic
omnibus... » Quœst. nat. it. Ptéf.
-suce: Hoc plus q<..m Senecm dediMe mundo,
Aut dolcem générasse Gallionem. (»»»»•. " . '•'
Sénèque tait encore mention de sonfrére dans la Consolation à Belvia; il le désigne sans le nommer par les honneurs qu'il a déjà obtenus : « Respice fratres meos; aller honores industria conseeutus est; aller sa-
Salent leur ennemi d'apprendre à honorer Dieu contrai^ rement à la loi *. Gallion ne voulut pas même entendre la défense de l'accusé : « Si cet homme ^ réponditil, avait commis quelque crime ou quelque injustice, je vous prêterais attention, ô Juifs; mais s'il est question de mots, de noms, et de votre loi, démêlez vos différends comme vous l'entendrez ; je ne veux pas être juge de pareilles choses ^. » Et il fit retirer lesaccusa-^ teurs. Aussitôt les Grecs qui étaient présents, enhardis parla disgrâce des Juifs, sejetèrentsureux, se saisirent de leur chef, et Taccablèrent de coups, ravis de Tocca^ sion qui s'offrait de satisfaire leur haine invétérée Cela se passait à deux pas du tribunal, sans que le proconsul y prît garde*. Nous ne savons par quel étrange abus d'interprétation, par quelle manie d'hypothèse, on est allé jusqu'à inférer de la réponse de Gallion qu'il connaissait et protégeait saint Paul et le christianisme. On ne s'est pas arrêté en si beau chemin ; on a conjecturé que Gallion avait envoyé à Sénèque son frère les livres des chrétiens, en lui recommandant et leur doctrine et leur apôtre. Il est peu de chimères aussi bizarres. Ce que nous avons dit de la prédication évangélique, des lieux où elle se faisait, des conversions qu'elle opérait^ de l'origine et de la composition des premières Eglises,renverse toutes ces suppositions fantastiques. A Corinthe, comme ailleurs, k prédication n'était point sortie du quartier juif, ni de la maison de Titus, attenante à la synagogue ; elle avait attiré des païens, grecs et étrangers, mais en secret, sans bruit et sans faste; et la petite
pienter contempsit. Acquiesce alterius filii dignitale, alterius quiète, utriusque pietale... » (16 ) — ^^ Ce traité est probablement de Tan 44.
* Act. zviii, 13.
' Ibid,, 14, 15. Kptry}( 'yàp C'^à» toutcûv où poûXo{i.ai eivfti. • * Ibid., V, 17, .., xai où^àv toOtwv tû roi}iXîù>vi laeXtv.
f 18 CrDlCTIONS HISTORIQUES.
une drooDStance aggravante et plus précise : il a violé l'enceinte sacrée du temple en y introduisant des étrangers, au mépris de nos lois ^ Ici, ce n^ était plus une poignée de Juifs, exilés en pays étranger, odieux au reste de la population et méprisés des magistrats, qui soutenaient Taccusation ; c'était la ville entière de Jérusalem, représentée par ses chefs religieux, par le Sanhédrin et ie grand prêtre. Le gouverneur ne pouvait pas, comme le proconsul d'Achaïe, répondre par un geste de mépris ; les Juifs avaient droit au respect en Palestine; leur crédit faisait nommer les gouverneurs « ; et ce peuple rétif commençait à se montrer plus remuant et plus intraitable que jamais ' : le soulèvement de Jérusalem exigeait des ménagements. Un moyen aisé s'offrait aux Romains d'éviter toute difficulté et de gagner la faveur populaire, c'était de sacrifier l'accusé, et il est probable que saint Paul eût succombé s'il n'eût pas été protégé par son titre de citoyen romain. Cette garantie le sauva des fureurs de ses ennemis et des lâches complaisances de ses juges. Ceux-ci, comme autrefois Ponce-Pilate, ne pouvaient se résoudre à prendre une décision. A voir l'acharnement des Juifs , leur rage forcenée , leurs instances pleines de menaces, ils s'imaginèrent d'abord qu'ils avaient devant eux un scélérat souillé de sang, fléau de la contrée, et tout au moins un de ces brigands dont les incursions occupaient à cette époque les armes romaines*. Leur étonnement fui grand quand ils entendirent alléguer des dissidences d'opinion , en matière
• Ibid., V, 6.
' JoBatbas, ftls du grand prêtre Anne, avait demandé et obtenu pour gouverneur Félix en 52. — Voy. don Calmet, Comm., Act. xxni, v. 24. ^ Josèphe, Ant., I. XX» et Guerre c. les Rom., I. U.
* Josépbe, Guerre c. les Rom., l. il, cb. xxiii.
religieuse, et ud outrage fait au temple. Une telle animosité, si éloignée des mœurs romaines, leur était incompréhensible. Aussi que répondent-ils? Ce que répondaient Pilate et Gallion. «J'ai trouvé, écrit au gouverneur le tribun Lysias qui avait arrêté saint Paul, j'ai trouvé qu'il n'était accusé que de certaines choses qui regardent leur loi, de qucestionibus legis ipsorum^ sans qu'il y eût en lui aucun crime qui fût digne de mort ou de prison ^ .
La cause fut plaidée à Césarée, résidence du gouverneur. Césarée, dont les ruines mêmes ont péri, et dont l'emplacement n'est plus occupé aujourd'hui que par des campements d'Arabes passagers, était alors une cité vaste et opulente , ornée de palais construits par Hérode, et de temples dédiés à Auguste et à la fortune de l'empire». Capitale militaire de la Judée, comme Antioche l'était de la Syrie, peuplée de païens, commerçants et soldats, elle contrastait, par ses airs d'élégance profane, par ses richesses et ses plaisirs, avec la sombre et mystérieuse Jérusalem. Elle avait alors pour gouverneur Claudius Félix, affranchi d'Antonia, mère de Claude, et frère de l'affranchi Pallas ». C'est ce mari de trois reines , dont parle Suétone * , et ce despote au cœur d'esclave, que Tacite a flétri d'un trait *. Devant lui comparurent les députés du Sanhédrin et le
' Acl. xxin, 29.
' Josèphe, iint., I. XV, ch. xiiz. — Connybear, t. Il, xxu.
' Tacfle rappelle Ântonias Félix, en mémoire de sa maîtresse Antonia (HisU, 1. V, 9). — Les rois juifs. Agrippa V^ et Agrippa H, avaient été les familiers d* Antonia; ce qui explique qu'on ait jeté les yeux sur des affranchis de la maison pour la Palestine (Joséphe, Ant,^ 1. XVIII, tiii).
* Claudius, ch. xxvm. — La première est Drusilla, fille d* Agrippa P' ; fai seconde est une autre Drnsilla, dont parle Tacite ; elle était petite-fille d*Antoine et de Cléop&tre. On ne connaît pas la troisième.
^ Félix per omnem ssvitiam et libidinem jus regium servili ingenio exercoit (ffût., v, 9). — Annales, m, 64.
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chef des prêtres, qui avaient chargé de leur cause un de ces avocats attachés aux tribunaux de province et versés dans le droit romain '. Une injustice coi\tait peu à Félix; cependant, après avoir entendu les parties, il ne se prononça point, et remit l'affaire jusqu'à plus ample informé ^. Saint Paul resta en prison, avec une sorte de demi-liberté ^ .
L'indécision de Félix venait de son incompétence. Le langage des accusateurs et celui de l'accusé étaient pour lui lettres closes. Un débat où il s'agissait de la secte des nazaréens, de la résurrection des morts, de la foi aux prophéties *, déconcertait son expérience et mettait en défaut toute sa pénétration. Un seul point lui semblait hors de doute : c'était l'innocence de l'accusé, et l'absence de tout délit prévu par les lois. Pour résoudre ces énigmes, il eut recours à Drusilla sa femme, qui était Juive de naissance. Fille d' Agrippa P, cette Drusilla avait forcé un petit roi d'Emèse à se faire Juif pour l'épouser, et peu de temps après, elle se fit elle-même païenne pour épouser Félix ^. Elle périt, avec un fils né de cette union , dans une éruption du Vésuve ®. Saint Paul, en présence de Drusilla et de Félix, parla avec force de la chasteté et de la justice, c'est-à-dire, des vertus qu'ils avaient le plus outragées, et menaça ses juges du tribunal de Dieu. Sa parole fit quelque impression sur Félix ; mais ne croyez pas que cet ébranlement soit l'avant-coureur d'une conversiout Non, une chose a surtout frappé le gouverneur dans les discours de son pri-
* CoDoybear, t. II, ch. xxn, p. 290. ' Ad. XXIV, 22.
' Ibid., 25.
* Ce sont leà termes mêmes de Taccusation et de la défense (Act. »xiv, 5, H, 12,13, 14, 15, 16,21).
' Joséphe, Ant , xx, 5.
* Connybear, t. II, ch. xxn,
INDUCTIONS HISTORIQUES. lii
sonnier : c'est que celui-ci était venu apporter des offrandes au temple. Il le renvoie donc en prison, en lui laissant entrevoir qu'il peut acheter sa délivrance. L'affaire est devenue pour Félix une question d* argent *.
Deux ans se passèrent, et Félix fut remplacé avant d'avoir pu délivrer saint Paul. Ce délai n'avait pas assoupi la haine des Juifs. Lorsque le nouveau gouver* neur, Porcius Festus, alla visiter Jérusalem, ils lui demandèrent, comme un don de joyeux avènement, la condamnation du prisonnier * . Festus répondit qu'une condamnation ne s'accordait pas chez les Romains comme une faveur, et le procès recommença. L'issue fut la même. Festus se déclara incompétent et proposa de renvoyer la cause aux tribunaux juifs*. C'est alors que saint Paul, usant du privilège attaché au titre de citoyen romain, en appela à César. C'était le suprême recours des citoyens en province contre l'arbitraire des magistrats et la pression des influences locales, Festus souscrivit à la demande de saint Paul ; il lui était d'ailleurs impossible de la repousser, car la loi Julia défendait aux magistrats de s'opposera cet appel*. Il n'y avait d'exception qu'à l'égard des pirates et des brigands pris en flagrant délit; malgré leurs réclamations, on pouvait les exécuter sur-le-champ ^. Dans ce changement de juridiction, il fallait adresser à l'empereur un rapport détaillé qui contint en substance les griefs énoncés, les témoignages, la défense, et l'avis des premiers juges. Or, Festus, comme Félix et Lysias, ne trouvait aucun crime
' Act. xxir, 17, 26. — Les gouverneurs romains n*en usaient pas autrement. Albinus, successeur de Festus, délivrait les prisonniers pour de l'argent. — Joséphe^ ÀnL, xx, 8, 5.
' Act. xxT, 3.
' IbU., 9.
* Don Galmet, Act. xzv, il.
* Connybeary IM,
i22 INDUCTIONS fflSTORIQUES.
dans saint Paal. Il disait, lui aussi : « Il s*agit uniquement de certaines disputes avec les Juifs touchant leurs superstitions. y> D^un autre côté , il était déraisonnable d^envoyer un accusé à Tempareur, sans spécifier l'aooosation ^ Sur ces entrefaites, il reçut la visite du roi de Ghalcis, Agrippa II : favori de Claude et d'Agrippine ' j ce prince était accompagné de sa sœur Bérénice, fameuse par sa beauté et par ses désordres'. Festus lui fit part de ses embarras, et, pour le mettre en état de les éclaircir, manda saint Paul. Celui-ci re* Qouvela sa défense devant les ofiiciers du roi et Tentourage du gouverneur. Agrippa, comme tous les juges précéd^its, déclara qu'il était innocent et qu'où eût pu le renvoyer absous, s'il n'en eût pas appelé à César *. D'après la réponse d' Agrippa, et l'opinion de Festus, on peut conjecturer en quels termes était conçu le rapport adressé à l'empereur ; nul doute qu'il ne fût très-favorable à l'accusé.
Un incident de cette dernière séance nous fournit une nouvelle preuve du sentiment de surprise excité dans les païens par la prédication des doctrines chrétiennes. Au moment où saint Paul parlait de la passion et de la résurrection du Christ, Festus l'interrompit en s'écrianl : « Vous êtes fou, Paul, votre savoir vous a égaré l'esprit ^. )> Et comme l'Apôtre appelait Agrippa en témoignage de la vérité de ses paroles, celui-ci répondit^ : a Peu s'en faut que tu ne me persuades de devenir chré-
* Act. XXV, 27. c Sine ralione enim mibi Yidetar mittere vinctain et causa» cgas noo sigDificare. »
' Joséphe, Ant., xx, 5.
* Dion Cassiufl, lxvi, 15. — Josépbe» Àni,, xz, 7, S. — JuYénal» *al. VI. V. 155.
* Acl. XXVI, 51, 5*2.
* Acl. XXVI, "24, 19.
* Acl. XXV, 28.
INDUCTIONS fflSTORIQUES. i23
tien. » Réponse évidemment ironique* ; mais en la supposant sérieuse, elle montrerait combien l'impression du langage apostolique était différente sur les Juifs et sur les païens. Agrippa peut comprendre et approuver la religion prêchée par saint Paul ; mais Festusen juge comme les philosophes d'Athènes, comme tous les gentils, au rapport de P Apôtre lui-même, gentibus stultitiam.
Là se termine la prédication de T Apôtre en Orient et en Grèce (année 60). Nous en avons examiné les circonstances principales, et peut-être nous reprochera-ton quelques longueurs. Mais comme la vie de saint Paul renferme deux parties, Tune certaine et l'autre conjecturale, il nous a paru indispensable d'insister sur la première, afln de préparer aux hypothèses à venir de solides fondements. Ces recherches scrupuleuses sur la jeunesse et l'éducation de saint Paul, sur les résultats de ses courses apostoliques, cette étude attentive des premiers effets produits par l'établissement de la foi nouvelle, en ramenant l'imagination au sentiment de la vérité, à rintelligence exacte des temps et des faits, nous fourniront le moyen le plus efficace de combattre avec succès le vague des conjectures et la témérité des suppositions.
' Voyei doD Calmet^ ibid.