ÉTAT ACTUEL DE LA QUESTION
Les moyens d'étude de cette question se présentent à première vue très accessible, il serait surprenant qu’à l’époque où chacun cherchait l’application pratique des lois de l’osmose, que nul auteur n'ait eu l’idée de vérifier l'isotonie des deux sangs, avant et après le placenta.
C'est entre 1900 et 1903 que le cryoscope connut son apogée. Et parmi la foule des physiologistes et des médecins qui apportaient leur contribution à la cryoscopie des humeurs, les obstétriciens cherchaient également dans leur domaine, l'application des nouvelles -découvertes. Il faut dire qu'à cet enthousiasme fit suite comme l’on pense, l’abandon quasi total de ce mode d’investigations. N'’en est-il pas toujours ainsi ? Au reste, ceux qui sont quelque peu habitués aux récherches cryoscopiques actuelles ceux qui, après le recul du passé, peuvent s'expliquer cette disgrâce, n'en sont point surpris. On est tombé d'un excès dans l’autre, on a abandonné le cryoscope, parce qu'il était impuissant à répondre aux questions trop précises qu'on lui demandait. On verra que certains obstétriciens lui demandaient une précision impossible et qu'ils concluaient en croyant l'avoir obtenue. Il y a dans la cryoscopie, des erreurs éventuelles, liées aux liquides étudiés, à l'appareil employé, au
er
thermomètre, et enfin à l'opérateur, qui font qu'on ne peut tenir compte des résultats que jusqu’au centième de degré. Nous ajouterons que l’on ne peut tenir ses résultats pour valables qu'après une pratique suffisante avec le même appareil, les mêmes humeurs et le même mode opératoire. Les recherches reprises dans les laboratoires de la Sorbonne ces dernières années, en particulier dans celui de M. le P’' Lapicque, montrent qu'il faut bien accorder au cryoscope son juste crédit, et savoir l’employer à bon escient.
Cette courte introduction posée, nous pourrons sans doute comprendre les divergences de résultats des quelques auteurs qui ont expérimenté sur ce sujet.
C'est dans la littérature allemande qu’on retrouve 1a presque totalité des essais.
Travaux de VEIT
Professeur d'Obstétrique à Leiden, publiés en 1900.
C'est le premier expérimentateur qui pose nettement la question de l’isotonie des humeurs fœtale et maternelle, et qui cherche à la résoudre, autrement que par la théorie, par la méthode de la cryoscopie. Il part dans l’idée de pouvoir par cette méthode éclaicir divers côtés de la pathologie de la grossesse, mais il s'aperçoit dès le début que le mécanisme normal de la traversée placentaire n’a jamais été étudié. Comment tirer des conclusions sur la pathologie, quand il ne possède aucune donnée sur l’état normal ? Il pense avoir obtenu un résultat physiologique net et ajoute « peut-être, d’autres, complétant la partie physiologique de cette ques-
tion, et, apportant des résultats pathologiques, pourront-ils mieux aboutir que moi, avec le temps qui m'est permis ». Il écrit, en tête de sa publication :
Le premier résultat de mes recherches, est que le point de congélation du sang fœtal, au moment de la naissance, est plus bas que celui du sang maternel | A’ | | A
Le poids moléculaire du sang fœtal est donc plus élevé, la solution isotonique de chlorure de sodium sera donc plus concentrée. | ;
Instrumentation. — Cryoscope de Von Beckmann. ll évalue les troisièmes décimales, avec un peu d’habitude.
Dekhuysen fit des recherches qui montrèrent que le résultat était indifférent, que l’on opère sur le sérum ou sur le sang total.
Obtention du sang fœtal. — I] lie le cordon un peu tôt, et prend le sang qui s'écoule du côté maternel; comme contrôle, il a aussi lié tardivement et pris du sang du côté fœtal ; dans un cas, il a pris le sang, du côté fœtal après ligature précoce. Il a obtenu les mêmes résultats.
Obtention du sang maternel. — La manière qu'il indique comme la plus sûre, consiste à recueillir le sang pendant une césarienne. On incise l'utérus jusqu’à la rencontre avec le placenta, et l’on recueille le sang dans des vases stériles. On est de cette façon, à peu près sûr d'utiliser le sang rétroplacentaire non: souillé, On peut également utiliser, le sang rétro-placentaire, contenu dans les membranes : retournées (placenta se présentant par la face fœtale « mécanisme de Duncan » en allemand). Le sang des hémorragies n’est pas
sûr, il peut être souillé, de liquide amniotique, d'urine, de méconium, de secrétions vaginales.
Résultats. — L'auteur n’a fait que 10 expériences :
CAEN ae ie
Fœtus À 0,60:5)0,54210,5275 |0,59 |0,5625 [0,58 |0,553 [0.6075 {0,59 [0,63
Mère À 0,5535,0,532/C,501 10,57 0,605 [0,57 10,54 10,555 |0,60 [0,585
Eu |
——…—…—…—. UM | À Deux cas font nettement exception : le À de la mère étant plus petit; dans ces deux cas, l'accouchement avait été anormal (dans l’un, travail de 36 heures, terminé au forceps ; dans l’autre expression très longue). Remarque. — Le poids de l’enfant et l’âge de la grossesse sont sans influence sur les proportions.
Moyenne des résultats :