LES LESIONS TUBERCULEUSES DE LA FACE INTERNE
Comme nous le disions dans notre introduction on rencontre habituellement au niveau de la muqueuse dela joue deux lésions tubereuleusés. : l'ulcère, lé:plus, fréquent, et.le lupus.
1) Le lupus de la muqueuse jugale est en général consécutif à un lupus des commissures labiales. On le considère parfois aussi comme consécutif à un lupus nasal qui se propage par voie lymphatique aux gencives, plus tardivement à la joue.
Nous n'avons pas trouvé de description de lupus prinitif de la muqueuse des joues.
Il est caractérisé souvent par un état éléphantiasique plus ou moins prononcé. La muqueuse est épaissie, parfois fissurée, lésèrement ulcérée et présente des granulations pouvant former une véritable nappe.
(2) Réunion derm. de Strasbourg; Bulletin de la SD CT ter CM D'ET MS 1928, p.250.
Fréquemment s'y associent de petites ulcérations superficielles et fangueuses. L'ensemble est mou, livide, saignant facilement. La lésion est plus ou moins douloureuse, rend l'alimentation difficile.
L'évolution est très lente. Le malade meurt fréquemment au bout de quelques mois ou quelques années de cachexie ou d'une tuberculose viscérale sura joutée.
2) L'ulcère. La description de l'ulcère typique des muqueuses a été faite plus haut.
‘3) Les formes exceptionnelles :
A côté de ces deux formes, on a décrit quelques formes exceptionnelles.
Nous ne parlerons pas des deux cas de tuberculose éléphantiasique de la langue de GOUGEROT, cités plus: haut, qui s'est. ensuite généralisée. à toute la- muqueuse. buccale et en particulier à la joue: Mais nous.croyons nécessaire d'insister sur les trois formes exceptionnelles, auxquelles nous faisons allusion dans notre introduction et qui sont
a) Une tuberculose végétante et ulcéreuse, présentée parle Professeur PAUTRIER (3).
J'ai eu l'occasion d'observer chez un tubérculeux avéré, mort assez rapidement de‘ pneumonie caséeuse, à la face interne de la joue; une variété végétante et ulcéreuse, mélange d'ulcérations et de minuscules saillies papillomateuses de la muqueuse ; cette forme peut s'étendre assez rapidement, gagner toute la muqueuse de la joue et provoquer des douleurs atroces. Elle fourmille de bacilles dénRocA re
b) Une tuberculose verruqueuse vraie, cas unique,
décrit par le Professeur PAUTRIER (4) chez un tuberculeux pulmonaïre.
da Nouvelle Pratique Dermatologique, Tome III, 4) Réunion derm. de Strasbourg, 1934, p. 1822.
Le malade présentait à la face interne de la commissure buccale g., s'étendant sur la face muqueuse de la joue, une lésion mesurant environ un centimètre et demi dans son axe transversal sur un centimètre dans son axe vertical, à contour nettement arrêté, formé par plusieurs segments de cercle. Elle tranche sur la muqueuse normale par une coloration blanchâtre, le relief qu'elle forme est toutefois variable d'un point à l'autre de la lésion C'est ainsi que le bord supérieur se confond insen- Siblement avec la muqueuse saine, tandis que le bord inférieur, nettement végétant, fait une saillie, de trois à quatre millimètres sur la muqueuse ad jacente. La surface de cette lésion est légèrement verruqueuse et végétante ; lL'épithélium qui la recouvre présente une teinte blanchâtre, comme macérée. très légèrement leucoplasique. Cette teinte n'est cependant pas uniforme, la partie centrale de la lésion présente une teinte érythémateuse. À l'sxtrémité antérieure de cette lésion, au niveau même de la commissure et séparée de la lésion principale par un petit sillon, existe une seconde lésion ayant les dimensions d'une très grosse lentille légèrement saillante et verruqueuse à surface également blanchâtre". L'indolence était absolue.
c) Une infiltration massive nodulaire, parcourue par une dépression fissuraire centrale, présentée
par JEANSELME, LEFEVRE et WILLEMIN (5) dont voici ‘un extrait de l'observation. :
B.B.., 29:ans, garcon vigoureux, musclé, de ‘très bel aspect, bien-qu'il ait maigri de 17 kg. en ces derniers mois. Il consulte en fin avril 1927 pour une lésion de la face interne.de la joue gauche, qui est apparue en novembre 1926. À cette époque, il aurait eu dans la bouche sur la joue éauche de petites grosseurs rouges ét dures, non douloureuses ; peu après, ces lésions s'étant agérandies, amenèrent une fluxion de la.joue gauche.
(5): Soc. de Derm. et-de Syph. 12 maï 1927, p. 353.
Le B.W. était négatif, pourtant son médecin lui, fait dix injections de curalues, sans résultat.
Description de la lésion - À He vue, la joue gauche est notablement augmentée de volume, surtout à sa partie inférieure ; il y a une véritable fluxion, il y manque le caractère inflammatoire, pas de rougeur, pas de sensibilité à la pression.
Ce qui frappe au toucher, c'est la dureté considérable d'une masse assez volumineuse allongée parallèlement à la branche horizontale du maxillaire inférieur et qui s'étend de la commissure des lèvres à l'angle de la mâchoire.
La lèvre inférieure présente dans sa partie éauche, la bouche étant fermée, un peu de rougeur et quelques éléments crofiteux, elle est de plus augmentée de volume et nettement infiltrée. Dans la résion sous-maxillaire gauche, on trouve un $anglion du volume d'une noix excessivement dur, parfaitement mobile, non douleureux. En arrière de la symphise, un ganglion sous-mental.
Si l'on fait ouvrir la bouche, on constate Sur la lèvre inférieure, dans sa moitié éauche, une altération très superficielle de la muqueuse, sorte d'ulcération de forme rectangulaire d'un centimètre de largeur sur troiside long, orientée .parallèlemet à la direction de la lèvre et allant du voisinage de la ligne médiane jusqu'à la commissure. Cette érosion unie et plane dans presque toute sa surface, présente par place émergeant d'un fond grisêtre, de petits bourgeons qui saignent facilement. A la périphérie, vers la partie postérieure, existe un vaste enduit diphtéroide très adhérent, gris jaunâtre. Cette lésion est nettement sensible, elle saigne facilement. Elle couronne un plateau d'infiltrat de consistance ferme presque ligneuse.
Une vaste lésion part de la lèvre inférieure à la commissure et occupe sur la face interne de la joue toute la portion de muqueuse qui est comprise entre, en bas, la continuité de la muqueuse des gencives de la mâchoire inférieure avec la muqueuse de la joue, en haut, un plan horizontal passant par la partie supérieure des dents de la mâchoire inférieure, elle s'étend, d'avant en arrière dela
commissure à un plan vertical passant par l'avantdernière grosse molaire.
Cette lésion est un peu érosive et par place ulcéreuse, au voisinage de la commissure, où elle présetite à peu-près l'aspect décrit à la lèvre, mais sur tout le reste de son étendue, elle est constituée par deux bourrelets étendus d'avant en arrière et séparés par une longue dépression horizontale étendue de la commissure aux dernières molaires. En arrière ce sillon est coupé par une dépression similaire verticale.
sur toute cette surface, on n'observe pas d'érosion ou d'ulcération, mais une infiltration en masse de la muqueuse qui forme bourrelet de chaque côté du sillon ; la muqueuse n'est pas sensiblement modifiée dans sa coloration ; douleur à la pression faible, nulle spontanément. Il y a au toucher une infiltration en nappe, massive de la muqueuse, d'une consistance ferme rappelant presque la dureté ligneuse.
Examen des poumons : En arrière, submatité du sommet gauche, surtout marquée au voisinage de la colonne vertébrale. À l'auscultation, on entend à ce niveau et sur une vaste étendue des bruits surajoutés et en un point assez limité, on perçoit de nombreux râles humides à la fin de l'inspiration. Mêmes signes au sommet gauche en avant.
Le malade tousse, présence de B.K. dans les crachats.
Radiographie : Les deux champs pulmonaires sont parsemés de taches en mie de pain, avec une ombre arrondie bien limitée au sommet,
Examen d'un frottis : Pas de B.K.
Examen histologique d'une biopsie de la 1èvre. (Melle 0. Eliascheff)
Ulcération tuberculeuse de la lèvre inférieure. L'épiderme est détruit sur l'ulcération. Le fond de l'ulcère est formé par un tissu fibrineux recouvert de pus. La profondeur du derme est occupée par des follicules tuberculeux isolés et conglomérés.
Ces follicules sont composés
1) d'une seule cellule éante centrale, entourée de cellules épithéloides et d'une zone externe de iymphocytes. On trouve quelques rares plasmocytes.
2). de plusieurs cellules géantes, de cellules épithéloides et de lymphocytes.