‹ Étude d'une bactérie chromogène nouvelle: Bacillus citrulli SartoryiChapitre 24 sur 28 · CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

De l’ensemble de nos recherches nous pouvons donner les conclusions suivantes :

19 Nous avons pu isoler sur différentes espèces de cucurbitacées un organisme bactérien nouveau à propriété chromogène, qui vivait en symbiose avec un champignon inférieur, agent primaire de l’infection. En effet, nous avons démontré au cours de notre travail que la maladie bactérienne ne pouvait se développer et évoluer sur les plantes qu'après lésion mécanique où infection préliminaire mycosique de la membrane cellulosique des fruits.

La maladie que nous avons étudiée ne présente aucun des caractères spécifiques mentionnés dans la littérature phytopathologique: elle ne peut être comparée avec des mycoses pures telles que les anthracnoses, les nuilles, décrites magistralement par J. DUFRENOY et par PRUNET. D’autre part, elle ne peut pas non plus être classée dans le groupe des maladies de nature bactérienne proprement dite des cucurbitacées telles qu’elles ont été décrites par NICOLAS et AGGÉRY et DOOLITILE (mosaïques).

20 La Bacillus Citrulli SARTORYI présente les caractères morphologiques suivants: bétonnets droits ou légèrement arqués, à pôles opposés, le plus souvent arrondis, mesurant de Oo y, 3 à 4y, 5 en longueur, et de op, 28 à O y, 52 en largeur. Dans certaines conditions telles qu’en culture sur milieux sucrés ou dans des cultures âgées, le bacille se présente sous forme de bâtonnets très courts coccobacillaires ou même de coccis mesurant de ow, 3 à Iu,2 en longueur et de 0y,25 à y en largeur.

Le Bacillus Citrulli SARTORYI est pourvu de cos péritriches ; il peut s’entourer d’une gaîne mucilagineuse simulant une pseudocapsule pour laquelle nous avons démontré la dissemblance avec la capsule proprement dite du pneumocoque. Notre bactérie ne reste pas colorée par la méthode

de GRAM: il est en anaérobie facultatif et ne produit pas de spores endogènes. Il se colore facilement par les couleurs d’aniline usuelles.

3° Ce bacille présente les propriétés biologiques suivantes : son optimum cultural est compris entre + 189 et + 250. La courbe de température doit avoir son point culminant à + 229 sur un milieu ajusté à un pH optimum de 7,3. En ce qui concerne la production du pigment, le phénomène se manifeste avec le plus d’intensité pour un pH = à 6,4. Il exige, pour apparaître, la présence d’hydrate de carbone et d’ions sodium ou potassium, dans les milieux de culture. Les limites de température permettant encore Îa poussée du bacille doivent être fixées à + 80 d’un côté et + 37° de l’autre. En aucun cas la [lumière à action prolongée n’a fait perdre au Bacillus Citrulli sa vitalité ou ses propriétés biologiques. I/espèce envisagée soumise à des recherches effectuées suivant la méthode de BESSON ou de GRIMBERT et LEGROS n’a présenté aucune propriété réductrice et aucun dégagement gazeux.

4° Le Bacillus Citrulli tire une meïlleur parti des matières quaternaires organiques que des sels ammoniacaux. En l’absence de produits ternaires (alcools polyatomiques ou sucres) aucun produit chromogène ne peut être mis en évidence. I,es produits quaternaires employés seuls sont inaptes à fournir la matière chromogène; celle-ci en effet nécessite la présence d’un aliment lernaire. En ce qui concerne l’assimilation des acides-aminés la fonction amine intervient seule dans la production du pigment. Les propriétés protéolytiques de notre organisme sont peu prononcées : le sérum de cheval coagulé n’est pas liquéfié. L/ovalbumine n’est pas attaquée ni dissoute. La gélatine n’est jamais liquéfiée par l’action de la bactérie. Celle-ci ne produit pas de ferment-lab sur milieu de lait mais cependant elle attaque le lactose et sécrète une caséase.

5° Le Bacillus Citrulli Sartoryi en présence de peptone attaque rapidement les sucres suivants : glucose, lévulose, maltose, saccharose, mannite, galactose. Il est capable d'attaquer également la glycérine, mais il ne profite que très peu de cet aliment. Des recherches spéciales ont été effectuées en vue d'examiner les propriétés cellulolytiques de l’espèce parasite; elles ont donné des résultats négatifs.

6° Les propriétés biologiques du Bacillus Citrulli peuvent être complétées par les faits suivants: il ne produit pas d'hydrogène sulfuré.

La réaction de l’indol effectuée par des méthodes précises sur milieu approprié a été positive de même que la recherche du nitrite par la réaction indol-nitreuse.

Par les propriétés précitées le Bacillus Citrulli Sartoryi est donc une espèce non réductrice qui acidifie le milieu par l’attaque des sucres sans produire de gaz et se rapproche ainsi du Bacille Typhique. La présence de cils péritriches et la décoloration par la méthode de GRAM viennent encore renforcer cette assertion. Mais les caractères culturaux, la présence dans certaines conditions d’une pseudo-capsule ainsi que l’aspect microscopique, rapprochent cette espèce du pneumobacille de FRIEDLÆNDER isolé par FASCHING dans les expectorations de malades grippés. I1 en diffère cependant par le fait qu’il acidifie définitivement les milieux hydrocarbonés, se rapprochant ainsi du Bacillus mucosus capsulatus avec lequel il présente en outre Îes analogies suivantes : légère attaque de la dulcite et de la glycérine, pas de dégagement d'hydrogène sulfuré, pas de noircissement de la gélose au plomb, pas de dégagement de gaz et absence de propriétés réductrices.

De toutes ces bactéries le Bacillus Citrulli Sarloryi se distingue nettement par la production de substances chromogènes sécrétées dans le substratum aqueux. Par cette propriété notre bactérie doit être rangée d’après la classification de BEIJERINCK dans le groupe des « chromopares » qui excrètent la matière colorante à l’état soluble diffusible dans le milieu ambiant. Ce caractère à lui seul trace une ligne de démarcation très nette entre notre Bactérie et celles du groupe du Bacillus prodigiosus desquelles elle semble se rapprocher par le ton de la coloration apparaissant dans les milieux. D’autre part, cette propriété nous permet de la classer aux abords du groupe du Bacillus pyocyaneus avec toutefois cette différence que la fluorencence n’a jamais été constatée. De plus, il n’a jamais été possible, à notre connaissance, d'étudier dans ce groupe une substance chromogène possédant les propriétés physicochimiques énumérées au cours de ce travail.

Le tableau groupant différentes espèces chromogènes avec leurs propriétés morphologiques et biologiques, joint à notre travail, permet de se rendre compte qu’il s’agit ici d’une espèce chromogène nouvelle isolée et étudiée pour la première fois et se distinguant nettement de toutes les bactéries à pigment signalées dans la littérature bactériologique. Par les propriétés physico-chimiques du colorant cette espèce doit être rangée définitivement à côté du Bacterium coelicolor REINER-MULLER et du Bacterium anthocyaneum LEHMANN et REISS.

79 La substance chromogène du Bacillus Citrulli Sartoryi a été isolée par nous à l’état pur cristallisé et a présenté les propriétés physiques et chimiques suivantes :

Le colorant possède les propriétés d’un glucoside et fait partie du groupe des anthocyanes isolées et caractérisées pour la première fois par COMBES, WILLSTÆTTER et son école. Notre colorant possède le poids moléculaire — 804.35; il est dédoublable en donnant naissance à une anthocyanidine identique à la pélargonidine. Ie pourcentage en carbone de ce corps est — 58.35; en hydrogène — 3.63; en chlore — 10,48. Les chiffres exprimant {a composition de a pélargonidine sontoles suivants :2C =458 7213102 etaCl= 20,93. D'autre part, la quantité de glucose renfermée dans le corps isolé par nous est de 68,07 %,. La formule du produit chromogène sécrété par notre bactérie correspond, d’après ces données à

CRASOPCE

Le pigment possède toutes les propriétés des anthocyanes telles qu’elles ont été décrites par WILLSTÆTTER d’un côté, par REINER-MULLER et PORTHEIM de l’autre.

En ce qui concerne les propriétés physiques de notre colorant nous voyons que le virage peut être défini par une courbe qui est fonction de la concentration en ions H, de la température et enfin de la durée de séjour à une température donnée. Les pH compris entre 2.96 et 5,93 sont les moins influencés par la température et leur virage dépend presque uniquement de la concentration en ions H. Le sommet de la courbe se trouve au pH = 5.46 environ. Le virage des teintes s'effectue le plus brusquement pour des températures comprises entre + 55° et + 700. Dans ces conditions, la concentration limite nécessaire pour la production du virage est

réalisée pour un pH — 6,3. Tout ceci vient appuyer les résultats que nous avons exposés antérieurement et prouve bien nettement que nous avons affaire sans aucun doute à un dérivé anthocyanique, proche parent du pyrylium qui existe sous deux formes dont l’une donne des dérivés incolores tandis que l’autre fournit des sels colorés. Les sels des dérivés hydroxylés du pyrylium sont en général rouges; les dérivés dans lesquels l'hydrogène d’un OH est substitué par un métal sont bleus; enfin l’oxygène de l’'OH combiné avec l’oxygène basique donne naissance à des composés violets.

Au cours de ce travail nous avons vu que les quatre modifications du colorant peuvent se produire dans les milieux de culture, ceci en égard avec la composition du milieu et avec les conditions auxquelles les cultures sont exposées.

l'analyse spectroscopique, effectuée dans des conditions rigoureuses, telles qu’elles ont été exposées dans les techniques données par FORMANEK et LASSEUR nous a montré pour la substance anthocyanique deux bandes d'absorption dans le spectre visible. L’une s'étendant entre À = 588 et à — 543, l’autre entre À — 513 et 2. — 489. En ce qui concerne le sel anthocyanidique nous avons pu déterminer l’existence d’une bande très large située entre 1=568 et x == 478. Une deuxième bande d’absorption commence à À — 438 : l’intensité de celle-ci diminue de plus en plus jusqu’à disparition complète.

Ce spectrogramme présente une grande analogie avec celui de la pélargonidine indiquée par WILISTÆTTER et ZECHMEISTER; ceci vient encore appuyer nos constatations antérieures.

L'analyse biologique du colorant au moyen de culture de la bactérie sur différents milieux à base d’hydrate de carbone employés seuls ou avec addition de différents sels tels que alun de potasse, chlorure de lithium, etc., nous a donné des résultats identiques à ceux de REINER-MÜLLER et PORTHEIM.

La substance chromogène purifiée a été inoculée à des animaux de laboratoire. dans le but de la différencier des toxines bactériennes. Ces expériences ont montré que le colorant était sans action toxique sur ces animaux. Les tentatives d’anaphylaxie au moyen du produit coloré ont revêtu un caractère négatif. Le produit n’exerçait aucune action précipitante ou lytique vis-à-vis des globules de sang préparé, ce qui prouve que notre colorant n’entre pas dans le groupe des antigènes.

Nous croyons par conséquent avoir démontré par une expérimentation approfondie et rigoureuse que la substance chromogène sécrétée par le Bacillus Citrulli Sartoryr est un dérivé anthocyanique et c’est la première fois à notre connaissance qu’on a pu mettre en évidence avec toutes les garanties scientifiques, la production d’une telle substance rencontrée généralement chez les végétaux supérieurs par un microorganisme du groupe des schizomycèles selon la classification de VUILLEMIN.

Nous n'avons malheureusement pas pu mettre en évidence le moyen employé par la bactérie pour réaliser la synthèse biologique et le pouvoir constructeur du métabolisme bactérien en ce qui concerne la formation de la matière chromogène.

Il n’en est pas moins vrai que le Bacillus Catrulli Sartorys peut, grâce à son pigment, trouver ses besoins énergétiques sur des substrats presque entièrement dépourvus de matière quaternaire organique et peut vivre en symbiose avec des organismes acidifiant fortement des milieux composés de substances ternaires.

Page 1