LES BACTÉRIES A PIGMENT BLEU, VIOLET OÙ ROUGE
A plusieurs reprises déjà on a pu démontrer que des bactéries colorées en jaune orangé produisaient une carotine. Parmi celles-ci ZoPr (63) a mentionné le Séfaphylococcus rhodochrous, le Micrococcus superbus, le Micrococcus stellatus, et d’autres enfin produisant la carotine. Cette substance peut être mise en évidence par la réaction des pocyanes: on épuise les cultures au moyen d’éther de pétrole; quelques gouttes du produit concentré obtenu sont mises en présence de traces d’acide sulfurique concentré. Cette réaction pratiquée sur une lame donne des cristaux microscopiques bleu foncé.
ZoPr (64) a ensuite caractérisé une carotine chez le Dacterium egregium et chez le Macrococcus erythromyxa. SCHRÔTER (65) a mis en évidence une carotine chez Sarcina aurantiaca et chez Staphylococcus pyogenes aureus. Te colorant est sécrété par les bactéries vivantes et forme un dépôt cristallin. Toutes ces bactéries renfermant de la carotine, ont leur contenu cellulaire coloré et doivent être distinguées des nombreuses autres formes, qui sécrètent un pigment dans le milieu ambiant, mais dont le corps bactérien reste invariablement incolore. BEIJERINCK (66) à appelé ce dernier groupe de bactérie pigmentée : Bactéries «chromopares». Les formes, où le colorant sécrété est fortement lié à la membrane cellulaire, sont d’après BEIJERINCK des bactéries «parachromopares ». $e basant sur ces faits L'EHMANN et NEUMANN (67) ont établi pour le genre Baclerium la classification suivante :
10 Bactéries ne présentant pas de pigment extra- ou intra-cellulaire.
2° Bactéries produisant dans les cultures sur milieu solide un pigment jaune (verdâtre ou orangé) sans fluorescence du milieu lui même.
3° Bactéries à pigment rose, rouge ou rouge-brun sur milieu solide.
4° Bactéries à pigment violet ou bleu noir, non diffusible dans les cultures sur milieux solides.
5° Bactéries à colonies microbiennes incolores ou très peu teintées. Diffusion d’un pigment jaune-vert ou bleu-vert fluorescent.
6° Bactéries à cultures microbiennes claires; le milieu de culture environnant est par diffusion coloré d’une façon intense brune.
Au moyen de cette classification nous pouvons donc séparer tout d’abord un groupe de bactéries chromogènes produisant des pigments à matière fluorescente; celles-ci, d’après les recherches de THUMM (68), sont toutes identiques et LEHMANN propose de les réunir sous le nom de Bactériofluorescéine. Elle se présente desséchée sous une forme amorphe, jaune-citron, soluble dans l’eau et dans l’aicool dilué, insoluble dans l'alcool fort, l’éther et le sulfure de carbone. La solution aqueuse concentrée est orangée; diluée elle est jaune-claire; en réaction acide elle n’est pas fluorescente, elle donne une fluorescence bleue en réaction neutre, et en réaction alcaline une fluorescence verte.
D'autre part, nous voyons immédiatement que nous avons affaire à deux catégories de colorants, les uns, solubles dans l’eau et les liquides aqueux, les autres, insolubles dans l’eau et solubles dans les solvants organiques ordinaires. De ce fait, le premier groupe de colorants serait dû aux bactéries chromopares de BEIJERINCK, le dernier groupe serait produit par lesïbactéries parachromopares et les bactéries chromophores. Les pigments rouges et jaunes rentrent presque tous dans cette classe et les mieux étudiés peuvent être divisés en deux sous-classes :
Le groupe de carotines, dues à des bactéries, presque uniquement chromophores, traitées déjà antérieurement.
Le groupe de la Prodigiosine produit par des bactéries nettement parachromopares; nous reviendrons dans un chapitre ultérieur sur les détails de cette matière colorante.
En ce qui concerne les pigments bleus et violets les faits sont beaucoup plus intéressants, parce qu’un assez grand nombre de bactéries bleues ou violettes peuvent être, soit chromophores, soit parachromopares.
Le représentant typique de ce dernier groupe est le bacterium Violaceum SCHRÔTER, étudié à fond par SCHNEIDER (69). Un autre bacille violet a fait l’objet de recherches de la part de LASSEUR et GIRARDET (70).
Le pigment violet la janthine est insoluble dans l’eau, facilement soluble dans l’alcool, insoluble par contre dans l’éther, la benzine et le chloroforme. En solution alcoolique, en présence des acides forts ou de l’ammoniaque, il vire au vert ou au bleu-verdâtre. Il se décolore par l’action de Pacide sulfurique et du chlorure de zinc. La substance desséchée passe au jaune sous l’action de l’acide sulfurique concentré, au vert éméraude sous l’action de la lessive de soude.
Les bactéries chromopares à pigment bleu, avec le Bacillus Pyocaneus et le Bacterium syncyaneum comme types, sont, entre toutes les bactéries colorées, les mieux étudiées. Le Bacterium syncyaneum et ses pigments ont été examinés par HUEPPE et THUMM (71) et par LEHMANN (72). Les deux premiers auteurs ont examiné des souches, qui ne formaient que le pigment bleu. La syncyanine est très peu stable, les acides faibles n’ont pas d’action sur la leucobase; les acides forts, sulfuriques ou chlorhydriques, la colorent en violet; l’acide acétique lui donne une teinte sale. La fessive de soude la colore en rouge jaune; le changement de teinte se produit aussitôt que la réaction acide commence à disparaître; à la longue la couleur devient rouge-brun; ainsi s'explique la nuance des vieilles cultures.
Quant aux propriétés de la pyocyanine (CWHAN20), matière chromogène bleue du Bacillus Pyocyaneus, étudiée par GESSARD, THUMM et plus récemment par LASSEUR, WREÉDE et STRACK, nous aurons l’occasion de les décrire dans un chapitre ultérieur avec tous les détails et avec les conceptions les plus récentes.
Nous mettons à la fin de ce chapitre un tableau énumérant à peu près toutes les bactéries à pigment rouge et bleu, que nous avons pu trouver dans la littérature, et nous donnons leurs propriétés morphologiques et culturales. Ce tableau nous permettra de faire une comparaison entre la bactérie isolée et expérimentée dans ce travail et les autres organismes chromogènes décrits antérieurement.
Il ne nous reste qu’à citer ici un groupe de bactéries chromopares, très peu étudiées jusqu’à présent et dont nous avons pu trouver deux exemplaires : le Bacterium coelicolor,
R. MürLer (73), et le Bacterium anthocyaneum, LEHMANN et REïss (74). Le pigment, appelé par REINER-MUILER anthocyanine est d’une couleur bleu-ciel, qui est soluble seulement dans l’eau et l’alcool faible, il n’est pas cristallisé, n’est pas altéré par le chauffage prolongé à + 60 ©, mais est décoloré par l’ébullition et par l’eau oxygénée. Les acides le colorent en rouge , les bases en vert. C’est aussi le pigment des Actynomyces d’après LEHMANN. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce travail de R. MüLLER, car nous allons voir que la bactérie isolée et étudiée par nous se range, de par ses propriétés chromogènes, dans ce groupe.
Ajoutons, pour compléter ce petit résumé des travaux antérieurs au sujet des bactéries pigmentées, un mot sur Îles colorants bruns ou noirs, que l’on voit diffuser de maintes cultures dans le milieu qui les porte. Ce sont des corps voisins ou identiques des produits d’oxydation de la éyrosine. À ce groupe appartient le pigment des Acfinomyces chromogènes et de diverses races de Bacillus pyocyaneus. Sur les milieux qui renferment de la éyrosine, ces pigments prennent naissance avec beaucoup plus d’intensité. Les pigments des Bactéries noires sont encore peu étudiés. D’après MARPMANN (75) ces colorations sont en rapport avec la présence d’ions ferriques dans les milieux. Rappelons encore le beau travail de L'ASSEUR (76) sur le Bacillus chlororaphs, pour les bactéries vertes, la monographie intéressante de MoriscH (77) au sujet de Bactéries purpuriques, qui avec le secours de leur pigment, transforment les matières organiques en rayons lumineux et le mémoire de THIRY (78) sur le Bacille polychrome.
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