‹ Étude d'une épidemie de dysenterie bacillaireChapitre 23 sur 48 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

P... (C.), salle Dupuytren, lit 485.

Le 22 août, le malade est pris de coliques suivies de selles diarrhéiques. Entre à l'infirmerie le 23 août. Hospitalisé le 24.

Re Ver

L'état général paraît peu atteint. La température monte à 38 degrés le soir. Le pouls est bien frappé. Le malade accuse une soif vive et des douleurs lombaires. Pas de vomissements.

La langue est saburrale. Pas de ballonnement du ventre. La palpation est douloureuse sur le trajet des côlons transverse et descendant avec maximum dans la fosse iliaque gauche. Épreintes très nombreuses mais pas très douloureuses. Les selles, au nombre de cent cinquante par vingt-quatre heures, sont séreuses avec des « raclures » parsemées d’un peu de sang.

Cœur et poumons : Rien à signaler.

Urines foncées ; pas d’albumine.

Le 28 août, la fréquence des selles a diminué (trente par vingtquatre heures), mais elles sont séro-sanglantes. La température monte à 39 degrés le soir, l’état général s’altère, surtout par suite du manque de sommeil dont le malade se plaint vivement.

Le 6 septembre, les selles sont toujours au nombre de vingt; l'amaigrissement est très prononcé, la température monte le soir aux environs de 39 degrés.

Le malade est prostré; pression artérielle 43 — 8; vingt gouttes d'adrénaline par jour.

Le 9 et le 10 septembre, injection intramuseulaire de 2 ce. de collobiase d'or de Dausse.

L'état général s'améliore peu à peu.

Le 18 septembre, le malade a encore six selles par vingt-quatre heures. La convalescence évolue normalement.

Analyse des selles le 31 août : Bacille de Shiga.

Séro-diagnostic : Négatif le 28 août, positif le 10 septembre pour le Shiga à 1/400.

Comme l’on peut s’en rendre compte par la lecture de ces observations, le début d’une dysenterie grave ne présente rien de caractéristique. La fréquence des vomissements nous a paru un bon signe pronostic d’une atteinte sérieuse.

L'état général peut rester satisfaisant pendant plusieurs jours, malgré le nombre très élevé des selles (Obs. XID). Le plus souvent 1l est fortement atteint. La température peut se maintenir

élevée pendant plus de trois semaines; nous n'en avons observé qu'un cas. Le plus ordinairement, elle oscille entre 37 degrés et 38 degrés pendant une semaine et redevient normale ensuite. Dans un cas (Obs. XVII), elle est restée pendant plus de dix Jours entre 35°%5 et 36°2.

Les signes fonctionnels sont loujours très marqués; les douleurs spontanées et le ténesme sont constants; les épreintes nombreuses et douloureuses.

La prédominance nocturne de ces symptômes est habituelle, la dysurie manque rarement.

Le caractère des selles différencie également les formes graves des formes moyennes. Le type séro-sanglant est la règle. Les fragments de mucus agglomérés, les « raclures de boyaux » flottent dans une sérosité rougeâtre. La muqueuse est dépouillée de ses couches superficielles et laisse transsuder cette sérosité. Un degré de plus et nous avons les selles franchement hémoragiques; les épreintes sont suivies de l'émission de sang pur en plus ou moins grande abondance. Ce sang présente Îles caractères d’un flux hémorroïdaire.

IL est inutile d'insister sur l’anémie et l'atteinte de l'état général qui accompagnent certaines de ces formes. Dans un cas (Obs. V), nous avons observé pendant deux jours des selles franchement ulcéreuses. Au milieu d'une sérosité fortement teintée de sang flottaient des placards de muqueuse du diamètre d’une pièce de 5 francs. Le passage de matières fécales moulées était l'occasion de très vives douleurs. Jamais nous n'avons observé de pus dans les déjections de nos malades.

Il nous a semblé que dans les formes graves de la dysenterie l’on pouvait distinguer deux périodes. La première, correspondant à l’inflammation simple de la muqueuse intestinale, caractérisée par des épreintes très nombreuses, des selles mucosanglantes, un élat général relativement peuatteint. La deuxième, correspondant aux ulcérations, caractérisée par des épreintes et des selles un peu moins nombreuses, mais contenant beaucoup plus de sang ; le mucus n'est plus visqueux, ressemblant au mucus bronchique, mais aggloméré en fausses membranes, en

LRO

« raclures de boyau », et ces fausses membranes flottent dans un liquide séreux plus ou moins teinté. À cette période, doit se faire au niveau des ulcéralions une résorplion plus ou moins intense de produits toxiques. L'état général s'altère, l’amaigrissement croit à vue d'œil, la fièvre, comme dans l'observation XIT, peut être élevée aux environs de 39 degrés avec des différences de plus d’un degré entre le matin et le soir. |

Enfin, l'un des symplômes caractéristiques de certaines formes de dysenterie grave, c'est l'insuffisance de toutes Îles glandes du tube digestif; le malade a faim, il mange, mais 1l n'assimile rien; malgré un traitement très suivi, il s’installe une véritable cachexie, dont le malade de l'observation [ nous a fourni uu type très net. Les spoliations intestinales démoralisent fortement les sujets et, dans un travail récent, le professeur agrégé Læœper (1) en montrait l'influence néfaste.

xX x

Les complications observées ont été fort rares.

Dans un cas, chez un malade ayant présenté un syndrome dysentérique bénin dû au bacille de Hiss (Obs. VI), des complications oculaires se sont produites. Il s'agissait d'une kératoconjonctivite de l'œil gauche qui guérit en quelques jours. A plusieurs reprises, le sujet avait antérieurement présenté des symptômes analogues. Aussi, le rôle de la dysenterie n'est-il pas évident. | 3

Rist (2), en 1917, puis Cosse el Delord (3) ont signalé des faits analogues. :

Un seul de nos malades a fait une crise de rhumatisme pseudoinfectieux au cours d'une dysenterie très bénigne. Ce sujet avait déjà présenté une crise semblable, nous a-t-il dit, en 1916.

a ne me

(1) Les spoliations inlestinales des dysentériques, — Arch. mal. app. digest., &. X, n°9:

(2) Rist, Arlhropalhies el conjonctiviles dysentériques, Société médicale des hôpitaux, 3 novembre 1916.

(3) Cosse et Delord, Annales d'oculistique, janvier 1917.

ARE QT

Page 1