OBSERVATION XI
N... (Albert), salle Ollier, lit 534
La maladie a débuté le 18 août par de la diarrhée glaireuse et sanglante. Pas de vomissements.
Hospitalisé le 20 août.
L'état général est mauvais, le teint pâle. La température oscille entre 37 et 38 degrés.
La langue est saburrale; les douleurs vives à la pression dans la fosse iliaque gauche.
Les selles, au nombre d'une soixantaine par inst quatre heures, sont muco-sanglantes, accompagnées d’épreintes très douloureuses.
Le 23 août, rejet d'un lombric par vomissement.
Le 27 août, les selles ne sont plus qu'au nombre de treize par vingt-quatre heures, mais l'élat général devient franchement mauvais. Des douleurs abdominales spontanées apparaissent accompagnées de vomissements répétés. Le pouls est fréquent, l'asthénie très prononcée. La tension artérielle, prise avec l'oscillomètre de Pachon, est de 6-13. Le signe de la raie blanche très net.
L'adrénaline par voie buccale à la dose de 40 gouttes par jour amène une amélioration de ces symptômes.
La convalescence se fait lentement.
Des faits de ce genre ne sont pas une rareté au cours de la dysenterie bacillaire. Remlinger et Dumas en ont rapporté d'analogues complétés par des vérifications nécropsiques (1).
(1) Remlinger et Dumas, Insuffisance surrénale au cours de la dysentlerie, Société de biologie, 24 juillet 1915.
Parhon (1) (de Jassy), puis Oppenheim (2) ont également montré la fréquence relative des altérations des surrénales au cours de cette affection.
Les selles sanglantes, même franchement hémorragiques, sont banales au cours des dysenteries lant soit peu sévères. Dans un cas (Obs. XIV), nous avons noté une hémorragie tardive. Il s agissait d'un homme ayant présenté un syndrome bénin avec six à huit selles par jour, contenant fort peu de sang. Vers Le vinglième jour après le début de sa maladie, alors que nous le considérions comme guéri avec seulement deux selles par vingtquatre heures, il rendit brusquement, et cela deux ou trois fois dans la journée, la valeur d'un verre de sang noir, non altéré. Le lendemain, même hémorragie, mais moins abondante. Il s'agissait sans doule d'une ulcéralion isolée, mais profonde, ayant atteint un petit vaisseau de la sous-muqueuse. Le sujet était indemne d'hémorroïdes. C'est seul le cas de ce genre que nous ayons observé. L'émétine sembla agir très favorablement.
Aucun de nos malades ne mourut de dysenterie, mais, à peine rétabli, le soldat allemand W... (0bs. LXXIT) contracta . la grippe compliquée d'une broncho-pneumonie avec pleurésie purulente qui l’emporta. Nous examinâmes très attentivement son tube digestif depuis l'anus jusqu'au cardia. Voici l'extrait du protocole d’autopsie concernant les lésions de l'appareil digestif.
Gros intestin : Les 30 derniers centimètres ont une paroi très épaissie et congestionnée. Lésions de congestion beaucoup moins intenses sur le reste de l'organe.
Après ouverture, le rectum présente une muqueuse grisverdâtre très foncé avec un piqueté hémorragique très dense.
(1) Parhon, Société de biologie, 3 décembre 1915. (2) Oppenheim, Société médicale des hôpitaux, Paris, 3 décembre 1915 ; Oppenheim et Lœper, Revue de pathologie de querre (Vigot), 2e fascicule.
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Des ulcérations à bords plats, non décollés, du diamètre d’une pièce de 50 centimes, sont très nombreuses, elles sont superficielles et n’alteignent pas la sous-muqueuse. La muqueuse de l'anse sigmoïde est gris-verdâtre, mais sans piqueté hémorragique. Les ulcérations sont moins nombreuses que sur la muqueuse reclale, leur fond est blanchâtre. Les côlons présentent à peine un peu de congestion. Le cæcum n'a pas ses parois sensiblement épaissies, mais sa muqueuse présente le même aspect gris verdâlre avec piquelé hémorragique que celle du rectum; on n'y voit pas d'ulcéralions. L'’appendice est sain.
Intestin grêle : Congestion intense de la muqueuse des 60 derniers centimètres de l'iléon; pas d’ulcérations. Congestion légère du reste de l'intestin. |
Estomac : La muqueuse est fortement congeslionnée sur la face inférieure de la grosse tubérosité.
Foie : Volume normal, à la coupe, Uissu un peu décoloré.
Nous avons conservé le souvenir très net d'une autopsie faite avec le D' G. Bertillon (de Maisons-Laffite) au cours d’une épidémie de dysenterie ayant sévi dans le cantonnement d'un escadron de dragons (1). Dans ce cas, la teinte gris-verdâtre avec piquelé hémorragique s'élendait à toute la muqueuse du gros Intestin depuis l'anus Jusqu'à la valvule de Baudin. Les ulcéralions également réparties sur tous Îles segments de l'organe élaient innombrables el avaient donné lieu à des hémorragies profuses.
En somme, chez notre malade de l'observation, le processus morbide avait primilivement frappé le rectum et le cæcum, il s'élait un peu étendu à la muqueuse de l'anse sigmoïde, mais non au reste des côlons, comme dans le cas de Bertillon. Nous ferons seulement remarquer que dans la dysenterie expérimentale du lapin, que nous étudierons plus loin, la lésion primitive
porte sur le cæcum.
(1) G. Bertillon, Une épidémie de dysenlerie hémorragique dans un escadron de dragons, — Annales de l’Institut Pasleur, mars 1916.