‹ Étude d'une épidemie de dysenterie bacillaireChapitre 36 sur 48 · TABLEAU III · texte numérisé non relu

TABLEAU III

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Agglutinalion négative par les sérums expérimentaux antidy-

sentériques, anlityphiques et paratyphiques. Nous rappelant que Tribondeau et Fichet avaient attribué des dysenteries provenant de celle région à des bacilles de Morgan se rapprochant beaucoup de notre échantillon, nous allions étudier son action pathogène sur l’animal, quand nous eùmes l'occasion de revoir notre malade vingt-cinq jours environ après le début de sa maladie. Îl présentait un séro-diagnostic pour le Shiga à 1/200.

Nous avons voulu rapporter ce cas pour montrer avec quelle prudence il faut procéder avant d'attribuer à un colibacille atypique un rôle étiologique dans la dysenterie. Cela nous fait mettre en doute l’action pathogène accordée par certains auteurs à des colibacilles isolés des selles de malades que bien souvent

ils n'ont pas pu suivre.

Outre l'examen bactériologique des selles, nous avons toujours fait, au préalable, un frottis que nous examinions au microscope. Nous nous sommes servi du procédé au bleu de méthylène du

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professeur Sabrazès (1), procédé dont la simplicité et la rapidité d'exécution ne sont égalées que par la netteté des résultats. Le frottis étant séché à l’air libre, l’on dépose 1 goutte de bleu de méthylène à 1/500 sur une lamelle dont on recouvre le frotlis,

appuyer légèrement, examiner à l'immersion.

À fa période d'état, le frotlis décèle une grande abondance de leucocytes poly et mononucléaires, véritable leucocylorrhée, selon l'expression du professeur Le Dantec. Les hématies sont plus ou moins nombreuses; les cellules épithéliales peu abondantes. Ce qui frappe, avec la leucocythorrée, c'est le très petit nombre de germes. La flore microbienne est extrêmement réduite, quelques bacilles et c'est tout. À mesure que l'état s'améliore, les leucocytes diminuent, la fibrine apparait et les germes deviennent de plus en plus nombreux.

Ce simple examen microscopique permet de différencier un syndrome dysentérique bacillaire d’un syndrome dû aux amibes. Dans ce cas, en effet, outre les amibes, l’on trouve « des cellules épithéliales, des hématies, des bactéries diverses, habituellement très nombreuses, mobiles ou immobiles, très peu de leucocytes et parmi ces derniers un fort pourcentage d’éosinophiles » (Dapter).

Nous n'avons jamais rencontré les spirilles décrits par le professeur Le Dantec n1 les spirochèles que Carter aurait trouvés dans 40 p. 100 des selles dysentériques ou non (2).

Dans l'épidémie bordelaise de l'été 1918, l'agent pathogène fut done le bacille de Shiga, avec tous les caractères que Chantemesse, puis le bactériologiste japonais attribuèrent à ce germe.

Dans deux cas, nous avons isolé un microbe présentant les propriétés du bacille Y de Hiss. Ce germe était-il cause du syndrome observé chez nos deux malades ? Nous nous gardons bien de l'affirmer. Aucune réaction humorale dans le sérum des

(1) J. Sabrazès, Mode d'emploi el nouvelles applications de la coloralion des frotlis par le bleu de méthylène en solulion aqueuse à 1/300-entre lame et lamelle, — Gaz. hebd. sc. méd. de Bor deaux, 12 décembre 1909.

(2) F. Carter, Remarks on the spirochaeles occuring in (he fæces of dysenterie palients, — Ann. of Trop. med. and. Par., 8 février 1917.

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sujets ne nous y autorise et rien ne nous permet d’exclure l'hypothèse que ces bacilles de Hiss accompagnaient des bacilles de Shiga que notre examen ne réussit pas à meltre en évidence.

Dans ces dernières années, les bactériologistes ont semblé suivre deux tendances. Les uns, et surtout les Allemands, inclinent à réduire le rôle des bacilles dysentériques classiques. Sous la désignation de pseudo-dysentériques, ils ont décrit bon nombre de germes se rapprochant beaucoup du groupe coli. Les autres, avec Ascoli, font du bacille de Shiga l'agent à peu près unique du syndrome dysentérique. La mise en œuvre de la rectoscopie et d'examens bactériologiques répétés chez un même malade les aurait conduits à cette opinion.

Certes, 1l faut procéder avec la plus extrême prudence avant d'attribuer un rôle étiologique à un bacille se rapprochant du groupe coli. L'histoire de notre échantillon 51 en est une preuve. Pour pouvoir affirmer Ia nature dysentérique d'un germe de ce lype, les malades doivent être suivis longtemps, les agglutinines pour le bacille de Shiga n'apparaissant parfois qu'au quinzième ou vinglième jour. Un examen des selles, négatif pour le Shiga, doit être renouvelé deux ou trois fois avec la technique et dans les conditions que nous avons précisées. En outre, dans une épidémie, le même germe doit être retrouvé chez plusieurs malades. La recherche de l’action pathogène chez les animaux, enfin, ne doit pas être omise; celle recherche possède une grande valeur démonstrative, à condition que les lésions provoquées affectent le gros intestin. En effet, parce qu'un germe isolé des selles d’un malade est injecté dans le péritoine d'un cobaye et provoque une septicémie mortelle, il nous parait exagéré de conclure au rôle dysentérigène de ce germe.

Néanmoins, il est impossible de nier que des épidémies, le plus souvent peu exlensives, mais aux formes cliniques parfois très sévères, peuvent être dues à des bacilles dysentériques différant du type Shiga; nous avons assisté à une épidémie de ce genre, rapportée par Bertillon et d'Herelle. La détermination

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du germe causal eut une importance considérable, puisqu'elle permit une vaccinothérapie efficace, alors que la sérothérapie s'était montrée impuissante.

Aussi conclurons-nous de ce chapitre que l'examen bactériologique des selles est à instituer dès l'apparition d'un syndrome dysentérique. De cet examen dépendent le traitement et souvent la vie du malade, puisqu'il permet de savoir si l'on peut utiliser un sérum spécifique tout prêt ou bien si l’on doit recourir à une vaccinothérapie appropriée.

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