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CHAPITRE IV

Les réactions humorales dans la dysenterie | bacillaire.

La recherche des agglulinines, des précipitines et de la fixation du complément par une sensibilisatrice spécifique sont les réactions humorales étudiées dans la dysenterie bacillaire,

Nous n'avons pas pratiqué la réaction de Kraus ou recherche des précipitines. La manière de procéder est la suivante : À 10 gouttes de culture filtrée de bacilles de Shiga l’on ajoute une goulle de Shiga-sérum. Îl se forme immédiatement un précipité qui tombe au fond du tube. Le même précipité se forme si l’on emploie un Flexner sérum ou un Hiss-sérum. Cette réaction ne peut donc pas servir à différencier ces germes entre eux, mais seulement d'avec des germes très différents (Eberth, colibacille, etc.).

Par contre, l'étude des agglutinines, soit en partant d'une culture identifiée pour déterminer un sérum, soit en partant d'un sérum spécifique pour identifier une culture, a élé pour nous un objet d'études aussi important que la recherche des bacilles dans les selles. Le séro-diagnostic de la dysenterie bacillaire est une méthode de diagnostic très précise, très facile à réaliser, très utile en clinique. La déviation du complément est plus compliquée, moins pratique.

À. Le séro-diagnostic de la dysenterie bacillaire.

Nous avons pratiqué cent vingt-sept séro diagnostics chez trente-quatre sujets présentant un syndrome dysentérique plus

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ou moins typique; cinquante-neuf fois nous avons mis le sérum des malades en présence de cullures de Shiga, et de Flexner dix-neuf fois en présence de cultures de Hiss.

L'échantillon de Shiga et celui de Flexner provenaient de la collection de l'Institut Pasteur; l’échantillon de Hiss provenait de notre malade de l'observation IV. Comme nous l'avons montré précédemment, 1l avait tous les caractères du bacille de Hiss. Inoculé au lapin n° 18, il développait dans le sérum de cet animal un pouvoir agglutinatif au 1/1500 après l'injection intraveineuse, pour les bacilles de Flexner et pour lui-même. Or, l’on sait que les agglutinines du type Fiexner sont les mêmes que celles du type Hiss, et réciproquement.

Dans des tubes à hémolyse de 8 millimètres de diamètre nous metltions 24 gouttes normales d'une culture de vingt-quatre heures en bouillon de l'un de ces trois germes. Nous ajoutions dans le premier {ube une goutte de sérum à examiner, dans les tubes suivants une goutte du même sérum convenablement dilué de façon à oblenir une agglutination à 1/25, 1/50, 1/100, 1/200, 1/300, 1/400, etc. Après agilation soigneuse des tubes, nous les laissions à la température du laboratoire et lisions les résultats vingt-quatre heures après (1). Dans le cas de résultat positif, c'est-à-dire d'agglulinines spécifiques dans le sérum, le bouillon élait aussi clair qu'avant son ensemencement; tous les bacilles formaient un culot au fond du tube. Une agitation légère disséminait ce culot dans le bouillon sous forme de grumeaux. En cas de résultat négalif, les tubes conservaient l'aspect trouble des tubes témoins, contenant la culture pure du germe soumis à l'agglutination, sans addition du sérum à examiner. Il arrive parfois que le tiers ou même la moilié supérieure du milieu est limpide alors que le reste est trouble ; il s’agit dans ce cas d’un simple phénomène de décantation; de légers mouvements imprimés au tube rendent tout le milieu trouble, sans présence de grumeaux. Parfois nous nous sommes servi de l'émulsion dans

(1 Au moment des premiers froids, les tubes élaient laissés dans la salle des études pour éviter les basses températures de la nuit.

du sérum physiologique d’une culture sur gélose de vingtquatre heures. Dans le cas de réaction positive, le milieu prenait l'aspect eau de roche. Jamais les résultats n’ont été plus nets qu'avec des cullures en bouillon.

Ce procédé macroscopique nous parait nettement supérieur au procédé microscopique que nous avons employé comparativement. Les résultats sont beaucoup moins nets dans ce dernier procédé; ils demandent à être interprétés, ce qui fait que des observateurs différents peuvent très bien ne pas arriver à Îla même conclusion.

En effet, tandis que dans le séro-diagnostie avec les cullures de bacilles typhiques les amas sont très nels, très serrés, les germes isolés élant peu nombreux, avec les bacilles dysentériques, les germes isolés sont très nombreux, les amas peu serrés se distinguant difficilement des amas spontanés nullement spécifiques. D'après Lancelin et Rideau (1), un délai d’une heure au moins serait nécessaire avant que l'agglulination soit complèle en employant le procédé microscopique.

À quel taux minimum le séro-diagnostic doit-il être considéré comme posilif? Dopter, dans sa monographie sur Les Dysenteries, parue en 1909 (p. 91), dit que « sur le Shiga, on pourra, sans crainte d'erreur, commencer la recherche avec une dilution à 1/30 et même à 1/20, ce germe s'agglutinant assez difficilement; Jamais, à ce laux, la réaction ne sera posilive avec un sérum aulre que dysentérique ». Dans son Traité de Bactériologie, publié en 1914, en collaboration avec Sacquepée, même opinion (p. 517). Ravaut a étudié quarante-trois sérums de malades divers et indemnes de dysenterie bacillaire; jamais le bacille de Shiga n’a été agglutiné à 1/25 (2). Nous-même avons examiné à ce point de vue une trentaine de sérums de grippés, syphililiques, hépaliques, ete.; même à 1/12, l'agglulination n'a jamais été positive avec le bacille de Shiga. Un séro diagnostic à 1/25 est donc parfaitement spécifique pour ce germe.

(1) R. Lancelin et Rideau, Temps nécessaire à l’agalutinalion microscopique des bacilles du groupe dysenlérique, Société de biologie, mars 1917. (2) Sociélé médicale des hôpilaux, 24 novembre 1916.

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Le séro-diagnostic pour le Flexner a soulevé beaucoup plus de discussions : Dopter, dans sa Monographie, indique 1/80 comme taux minimum ; dans le Traité de bactériologie, il indique 1/30. Ravaut, sur les quarante-trois sérums mis en présence d'une culture de Flexner, en a trouvé trente-six donnant une agglutination à des taux variant de 1/100 à 1/200, deux à 1/250, un à 1/300. Tous les sérums agglutinant à 1/200 et au-dessus provenaient de malades atteints de typhoïde ou de paratyphoïde.

Nos résultats concordent avec ceux de Ravaut. Si un sérum de typhique s’est montré sans action sur le Flexner, un sérum de paratyphique À agglutinait à 1/200, un sérum de convalescent de grippe avec complications pulmonaires agglutinait également à 1/200. Quant aux agglulinations à 1/100, elles sont banales avec des sérums normaux. Aussi croyons-nous que les notions sur le taux minimum d’agglutination ayant cours dans Îles ouvrages classiques doivent être modifiées; un taux supérieur à 1/300 indique seul une infection due au Flexner.

Pour ce qui est du bacille de Hiss, notre échantillon 4, pourtant très agglulinable par le Flexner sérum de l'Institut Pasteur et par le sérum de notre lapin n° 18 injecté avec ce même germe, n'a jamais été agglutiné par un sérum humain. Nous avous pratiqué neuf séro-diagnoslices et, par une fâcheuse coïncidence, les sérums examinés ne contenaient d'agglutinines ni pour le Flexner, ni pour le Hiss. Ravaut à observé des taux variant de 1/100 à 1/150 chez des non-dysentériques. « Dans presque tous ces cas, dit-il, l’agglutination était parallèle à celle du bacille Flexner-origine, bien que beaucoup moins élevée ».

Avant d'aller plus loin, nous tenons à faire remarquer l’importance qu'il y à à utiliser pour le séro-diagnostic des échan- UHillons dont l’agglutinabilité a été en quelque sorte titrée. Les cultures provenant des souches de l’Institut Pasteur sont dans ce cas. Les travaux de Ravaut ont été effectués avec ces échanlillons. Nous-même avons employé un Shiga et un Flexner de la même provenance. L'agglutinabilité des cultures varie, en

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effet, dans d'assez grandes proportions. Ainsi, le sérum de notre malade 9, qui agglutinait à 1/40 une culture de Shiga-origine, n agglulinait qu'à 1/12 une culture de bacilles de Shiga isolés des selles du malade 1; notre sérum 17, agglutinant le Shigaorigine à 1/100, n'agglutinait le Shiga provenant du malade 16 qu'à 1/12. L'on comprend aisément l'importance qu'il y a à bien connaitre l’agglutinabilité des cultures employées.

Immédiatement après leur isolement des selles, les bacilles dysentériques nous ont semblé moins agglutinables qu'après un certain nombre de repiquages. Ainsi une culture provenant du premier repiquage de notre échantillon 5 n'était agglutinée qu’à 1/12 par le sérum du malade lui-même, alors que le Shigaorigine l'était à 1/40. Un mois après, ces deux germes étaient agglulinés à un taux semblable (1/100).

Nous n'avons jamais remarqué qu'un sérum agglutinât à un taux plus élevé les bacilles isolés des selles mêmes du malade que ceux provenant d’un autre individu ou des souches du laboratoire.

Le chauffage des cultures pendant une heure à 58 degrés diminue l’agglutinabilité sans la supprimer complètement. La moitié d’une culture de l'échantillon 4 en bouillon ainsi traitée élait agglutinée seulement à 1/500 par le Shiga-sérum qui agglutinait au 1/1000 le reste de la culture non chauffée.

La fixation par le formol à raison de 1 goutte de formol du commerce pour 5 cc. de culture ne. nous à pas paru altérer l’agglutinabilité des bacilles dysentériques. Ce procédé permet d'avoir toujours prêts les éléments nécessaires au séro-diagnostic et de gagner vingt-quatre heures dans la connaissance des résultats. -

Le chauffage pendant une heure, à 58 degrés, des sérums de dysentériques, détruit les agglutinines. Un chauffage de vingt minutes à 56 degrés les atténue.

Le sérum thérapeutique délivré par l'Institut Pasteur ne contient plus d’agglutinines et reste sans etfet sur les cultures.

À quel moment, après le début de l'infection, apparaissent les agglutinines? Nous n'aurons en vue que le séro-diagnostic

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pour le Shiga. Jamais, en effet, nous n'avons constaté le sérodiagnostic positif pour le Flexner, c'est-à-dire supérieur à 1/300.

Disons tout de suite que, fréquemment, les formes bénignes ne développent pas d'agglutinines dans le sérum des malades; ainsi nos malades 8 et 4, dans les selles desquels nous avons isolé du Shiga et du Hiss, avaient un séro-diagnostic négatif au vingt-septième et au seizième Jours de leur dysenterie.

Chez quatorze sujets ayant présenté ultérieurement un sérodiagnostic positif, huit l'avaient négatif au troisième jour, un l'eut positif dès le cinquième jour, -un dès le sixième, un dès le seplième, un le huitième, un le neuvième. En somme, avant le dixième jour, un liers seulement des malades présentent des agglutinines spécifiques. Parfois, elles n'apparaissent que plus tard. Ainsi notre malade 75 avait un séro-diagnostie positif seulement le treizième jour.

Combien de temps persistent les agglutinines dans Le sérum des dyseéntériques? Nous n'avons pas pu faire de recherches personnelles à ce sujet, mais Strauss (1) à signalé des sérodiagnostics posilifs pour le Shiga (1/100 et 1/200) dix et dixhuit ans après l'infection !

Dopter (2), Fischer, Horne et Stade (3) ont signalé, il y a déjà longlemps, la présence, dans le sérum de certains dysenlériques, d'aggluitinines pour le Shiga et pour le Flexner; ces dernières seraient des agglutinines de groupe ou coagglulinines. Îl s'agirait d’un phénomène identique à celui observé chez certains typhiques dont le sérum agglutine en même temps les paratyphiques À et B. Sur trente-quatre sérums que nous avons examinés, dix agglutinaient les cultures de Shiga et de Flexner.

(1) Strauss, Ueber Serodiagnostic larvierler Fulle von chronischer Dysenlerie, — Deutsche med. Woch., ? septembre 1915.

(2) Dopter, Les dysenteries, p. 89.

(3) Fischer, Horne et Stade, Die Ruhrepidemie des Yahres 1909 in Essen, — Klin. Yarb., t. XXII, p. 125.

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Dans sept cas, le taux d’agglulination était plus élevé pour le Flexner que pour le Shiga ; dans trois cas, c'était l'inverse.

Voulant savoir s'il s'agissait bien d'agglutinines de groupe et non d’une infection mixte due aux deux types de bacilles, nous avons soumis les sérums de nos malades à l'épreuve de Castellani ou de la saturation des agglutinines. |

Cette expérience consiste à mettre deux échantillons d’un sérum agglutinant le germe À et B en présence de cultures de ces deux germes; les agglutinines sont absorbées par ces germes, elles sont salurées. Ceci fait, centrifuger et décanter. Recommencer le séro-diagnostic avec les deux échantillons de sérum. Supposons que le sérum saturé par À n'agglutine plus ni À ni B, tandis que le sérum saturé par B agglutine encore A, nous en déduirons que le germe A est la cause de l'infection ; l'agglutination de B relève de la coagglutination.

Nous avons procédé de la manière suivante :

1° Deux cultures de Shiga de vingt-quatre heures sur gélose inclinée sont émulsionnées dans 4 cc. de sérum physiologique à 7 p. 1000.

Deux cultures de Flexner subissent la même opération.

2° Dans le tube À, nous mettons :

1/2 ce. du sérum à examiner + 3 cc. 1/2 de l’'émulsion Sbiga.

Dans le tube B :

1/2 ce. de sérum + 3 ce. 1/2 de l'émulsion Flexner.

3° Agiler soigneusement et mettre à l'étuve à 37 degrés pendant deux heures. Agiter légèrement les tubes toutes les demiheures.

4 Sortir de l’étuve et laisser vingt-quatre heures à la tempéralure du laboratoire, puis centrifuger et décanter le liquide clair surnageant. Ce liquide se compose done de 1/2 cc. de sérum pur et de 3 cc. 1/2 de solution physiologique. Le sérum du malade est donc dilué à 17/8.

5° Le sérum du tube A, saturé par les bacilles de Shiga, est de nouveau mis en présence d’une cullure de Shiga et d'une culture de Flexner. Le sérum du tube B, saturé par le Flexner,

est également mis en présence d’une cullure de Shiga et d'une culture de Flexner.

Les résultats sont constatés au bout de vingt-quatre heures.

O Chez nos malades, le sérum saturé par le Shiga n'agglutinait ?

plus ni Shiga, ni Flexner, le sérum saturé par le Flexner n'agolulinait plus ce dernier germe, mais toujours au même taux le 5 | 5 :

Shiga. Done, seules les agglutinines Shiga étaient spécifiques ; les agglutinines Flexner n'étaient que des coagglutinines.

Le {tableau suivant résume ces épreuves pour nos sérums 73

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