‹ Etude de céramique Arveno-RomaineChapitre 3 sur 3 · DES · texte numérisé non relu

DES

POTERIES DE LUXE DE LA lre ET DE LA 2f PERIODES

1° Nature de la pâte.

Pâtes tendres de la 4™ période. — Non vitrifiées , peu cuites , très perméables , cassure terne, terreuse, grenue ou fibreuse et lamellaire. Parcelles de mica indiquant que l'argile n'a pas été affinée par le lavage. Porosité excessive , qui a fait supposer une seconde cuisson éventuelle. Couleur rose, orangée, jaunâtre, chocolat, grise, noire ou blanche. Pâte nue ou revêtue d'enduits cuits, mais non vitrifiés, variés d'aspect et de couleur comme la pâte : rouge d'ocre mat, rose orangés vif, blancs, noirs.

Pâtes dures de la 2e période. — A demi-vitrifîés , beaucoup moins perméables. L'absence de lamelles de mica et de corps étrangers montre que l'argile a été affinée par le broyage plutôt que par le lavage. Plus la pâte est dense , vivement colorée , sonore et compacte, plus elle est voisine de la période initiale des poteries rouges. Cassure nette et semi-vitreuse. Dans les poteries à reflets métalliques, plus le lustre est brillant et réussi, plus la poterie se rapproche de l'époque terminale. Pâtes revêtues de vernis opaque, variant du rouge brillant, cire à cacheter au début , au rouge orangé pâle, fin de la période.

2° Formes et décors.

Pâtes tendres. — Les formes sont, avant tout, artis-

tiques et harmonieuses. A l'inverse de ce qu'on verra plus tard, l'artiste tourneur donne le pas à ces qualités sur la capacité et sur l'utilité de l'objet. L'ornementation est élégante et sobre. Le caractère dominant de la composition est la beauté dans la simplicité. Les patina?, grands vases à ornements moulés, sont généralement en forme de carène. Décors élégants obtenus avec un petit nombre de poinçons. A cette époque, le surmoulage n'est pas employé ; on n'assiste pas à la décadence des plus beaux types. Panses revêtues de godrons allongés , d'enroulements gracieux , de médaillons avec scènes de gladiateurs, d'animaux à allures héraldiques. Frises variées à rinceaux, imbrications de feuilles, etc., relevées de cordons perlés et de guillochis. Limbe finement labié. Les nombreuses variétés non décorées de sujets en relief ont des galbes savants et étudiés pour le plaisir des yeux.

Pâtes dures. — Devant la nécessité industrielle de produire vite et beaucoup , l'art s'efface et passe au second rang. L'ornementation des vases ornés s'alourdit, se surcharge de remplissages, malgré la beauté de certains poinçons. Ceux qui composent l'ornementation des moules ne sont pas les créateurs des types, puisqu'ils ne savent pas les disposer. Les patina} ont le profil hémisphérique et lourd de nos bols. Parfois , cependant, ils sont cylindriques ou coniques, mais toujours surchargés de compartiments géométriques , droits ou courbes. Les personnages découpés ailleurs, sans raison, quelquefois empruntés à des scènes déjà connues, sont éloignés, retournés, renversés, juxtaposés, sans motifs plausibles.

Frises d'oves uniformes, marly droit, cylindrique,

uni , renforcé d'un cordon au niveau du limbe. Les variétés non ornées ont des profils moins agréables , mais calculés au point de vue utilitaire : rapidité et facilité d'exécution, solidité, contenance maximum. Les variétés de luxe sont rares, peu nombreuses. Vers 220 seulement, une renaissance s'opère ; les barbo Lines se montrent en même temps que les grands sujets estampés, les pâtes incuses, c'est-à-dire entamées et gravées à la gouge, et surtout le lustre métallique réapparaît, mais cette fois dans toute sa splendeur.

3° Procédés de fabrication et de cuisson.

Pâtes tendres. — Les vases moulés sont tournassés après demi-dessication. Le pied, pris dans la masse, est raboté avec un instrument-profil qui diffère dans chaque officine. Marly court, oblong, évasé, terminé sur le tour, finement guilloché. Les pâtes tendres correspondent à une chaleur de cuisson minimum. Les fourneaux sont toujours ronds ou légèrement ovales, supportant un seul récipient à poteries, à l'abri de la flamme et de la fumée. Alandier simple ou double , ogival ou plein cintre, très court de 0™50 à lm, peu élevé. Combinaisons variées des distributions de chaleur par plusieurs conduits étanches circulant dans la masse et au pourtour.

Pâtes dures. — Les vases à ornements moulés sont complétés sur le tour par un marly vertical, large, et un limbe à cordon de renforcement demi-cylindrique. La rondelle du fond , grossièrement façonnée , est fixée après coup à la barbotine, et n'est pas dégrossie par un tournassage. Aux pâtes dures correspond une cuisson

plus complète, sans doule par chaleur plus intense et plus prolongée, qui produit un commencement de vitrification. Alandier parfois précédé d'une chambre à feu et terminé par une vanne-registre verticale, réglant le tirage. L'alandier lui-même est très long, de trois à six mètres, en forme de canal à voûte plate, supportant ou bien un seul et grand récipient à poteries, ou bien de quatre à huit petites cavités, contiguës, en ligne, indépendantes, traversées chacune par un conduit unique de chaleur. Dans ce cas, le feu est continu, mais il est annulé ou réglé dans chaque réceptacle au moyen de bouchons pleins ou perforés, placés à l'orifice du tuyau de chaleur. Il arrive aussi que la poterie rouge est cuite dans de grands fours carrés, analogues à ceux qui servent à obtenir le lustre métallique. On voit aussi de très grands fours ronds, desservis par deux alandiers très allongés. Quelle que soit la forme du four, l'important, pour toute espèce de poteries, était d'atténuer les coups de feu et d'obtenir une chaleur prolongée et régulière.

4° Épigraphie.

Pâtes tendres. — Écriture à hastes déliées, terminées en pointes non arrêtées, ou par des boutons arrondis. Ligatures nettes et fréquentes. Estampilles courtes impliquant des abréviations, souvent à plusieurs mots et à deux registres. Nominatifs fréquents. Le mot officina ou ses abréviations précède le nom du fabricant , jusqu'au milieu du règne de Trajan. Rare au début, cette désignation est commune à l'époque de la transition. Les vases ornés sont ou bien anonymes, ou bien marqués au centre intérieur du nom du tourneur.

Rarement, ils portent en petites lettres le nom du fabricant de moules ou du chef d'officine, et jamais en grandes lettres capitales.

Pâtes dures. — Écriture plus grasse , en général moins correcte. Hastes régulières et barrées aux extrémités. Ligatures plus rares, moins compliquées, moins variées. Estampille à un seul registre, constituée par le cognomen au génitif, suivi de m pour manv, de o, of, etc., pour opvs, officina. Sauf pour libertvs, le premier fabricant arverne de poteries rouges dures, qui pénètre dans la première période , l'abréviation of suit le nom du fabricant au lieu de le précéder.

Enfin, les vases ornés ne portent parmi les ornements, sauf une ou deux exceptions, que le nom du fabricant de moules qui peut être en même temps chef d'officine en réputation-, et, dans ce cas, se voit en relief, sur cartouche saillant. Sous le règne d'Antonin, l'v Arverne est caractéristique. La première haste est courbée en forme de c. La seconde est verticale.

2e EMBRANCHEMENT. Pâtes dures. — S'étendent de Hadrien à Posthumus, 120-268.

lre Classe. — Cér. rouges commîmes (voir aux car. différentiels).

icv Genre. — C. moulées , ornées ; ligne d'oves banale.

i™ Espèce. — Formes de bols , de cylindres , de gobelets.

2e Espèce. — Pocula terminés sur le tour par une ouverture étroite, à parois tournassées.

Ginnamvs , maître fabricant de moules, qui vit à Lezoux d'Antonin à Commode , importe ou crée des poinçons nouveaux ; mais cet apport artistique est le dernier. Les contrefacteurs s'arrachent ces types et les épuisent à force de les surmouler. Dès la fin des empereurs syriens, les céramiques ornées et moulées qui occupaient la place d'honneur parmi les vases de luxe, déclinent et tombent au rang des céramiques grossières. On ne compte plus sur leurs reliefs avilis pour tenter le consommateur, mais sur le lustre bronzé qui les change à lui seul en objets précieux.

3° Espèce. — Plateaux en forme de parallélogrammes, avec bord horizontal moulé.

2e Genre. — Cér. tournées, sans décors.

ive Espèce. — Patères umbonées, à bords obliques ou droits, estampillées, à bords évasés à ourlet dressé ou rabattu, marquées d'une rosace.

2e Espèce. — Coupes coniques, à ressaut, estampillées.

3° Espèce. — Coupes marquées d'une rose , à bords évasés, avec limbe à ourlet vertical, rabattu ou dressé.

4-° Espèce. — Coupes en bol nues, anépigraphes, avec ou sans filets creux.

5e Espèce. — Coupes-patères hémisphériques , de grande et petite dimension, entourées à mi-hauteur d'un rebord en collerette, foliacé, labié ou horizontal, utile à la décoration , à l'empilement et à la préhension. Estampilles.

6e Espèce. ^-Pocul a cylindriques, ovoïdes, globuleux.

3e Genre. — Cér. rouges, tournées, décorées.

Sous-Genre. — Cor. incuses. Espèces identiques à celles du 2° sous-genre des poteries bronzées.

2e Sous-Genre. — Cér. barbotinées.

iT0 Espèce. — Patères à fleurs de lotus toujours anépigraphes, à collerette droite, courbe ou à une seule lèvre horizontale.

2e Espèce. — Pocula rouges ovoïdes, hémisphériques, à rinceaux chargés de gouttes figurant des fleurs et fruits de fantaisie, parfois même des chasses, des animaux, des personnages.

3° Espèce. — Acratophores à fond rugueux, sablé, à déversoirs en tête de lion fixés sur marly barbotiné, droit et mouluré.

4?e Espèce. — Patère, cratère, simpulum et autres formes céramiques décorées à la barbotinc pastillée monochrome.

5e Espèce. — Pocula, avec inscriptions et décors au pointillé en barbotiné blanche.' — Acratophores à fond rugueux, à déversoir -en forme de rostre, évasés, ornés au dehors de rubans évidés.

3e Sous-Genre. — Cér. rouges estampées. Détails et espèces identiques au 3e sous-genre ; bronzées, estampées du 3e genre de la 3e classe.

2e Classe. — Cér. jaspées, rouge camaïeu sur fond pâle.

iGr Genre. — - Cér. tournées.

4re Espèce. — Bois nus entourés à mi-hauteur d'un cordon saillant.

2e Espèce. — Acratophores à fond rugueux et sablé à marly mouluré.

3e Classe. — Cér. à lustre métallique du IIIe siècle.

\er Genre. — Cér. moulées, ornées.

ire Espèce. — Patinae.

2e Espèce. — Pocula globuleux, à zone inférieure moulée. La partie supérieure est tournée et tournassée. Le raccord masqué par des cordons molettes. L'ouverture supérieure est presque aussi étroite que le pied ; elle est labiée avec limbe aminci.

3e Espèce. — Plateaux ovales, circulaires, carrélongs, avec ou sans ornement central intérieur moulé ou estampé. — Rebord horizontal souvent ansé, décoré de sujets en relief, moulés ou estampés. — Ces formes sont fréquemment calquées sur les vaisselles métalliques.

£e Espèce. — Anses de simpulum moulées, ornées, copiées sur des ouvrages de verriers et d'orfèvres.

5e Espèce. — Lampes, balsamaires, céramiques de fantaisie.

2'- Genre. — Cér. bronzées, tournées, non ornées.

ire Espèce. — Coupes et patères à bords évasés, limbe en ourlet dressé ou rabattu, avec rosace estampillée au centre intérieur. Petites coupes hémisphériques, à ressaut extérieur et ouverture rétrécie.

2e Espèce. — Acratophores à tête de lion, IIIe siècle.

3' Genre. — Cér. bronzées, tournées, décorées.

1er Sous-genre. — Bronzées, barbotinècs, IIIe siècle. Cinq espèces identiques à celles du deuxième sousgenre des cér. rouges barbotinées.

2 e Sous-Genre. — Cér. bronzées, incuses, 11° au IIIe siècle. La poterie, à demi-séchée, est attaquée à l'ébauchoir, ou avec un autre instrument, burin ou gouge tranchante. Des copeaux sont enlevés d'un seul coup, avec une sûreté de main prodigieuse, et des décors en creux, extraordinaires, et d'un goût très-fin, naissent sous les doigts de l'artiste qui perdrait la pièce par une seule fausse manœuvre.

irc Espèce. — Pocula ornés de guirlandes, de feuillages, d'ornements de fantaisie, même d'animaux, de personnages.

2e Espèce. — Marlys de patères plates, incus.

S' Espèce. — Zone cylindrique des acratophores à têtes de lion, décorés à la manière incuse, avec vrilles et retouches très fines à la pointe sèche.

8e Sous-Genre. — Cér. bronzées, estampées, IIIe siècle. On emploie des moules très beaux avec grands sujets héroïques ou mythologiques. On voit revivre aussi quelques beaux médaillons de libertvs, empruntés au prédécesseur par des fouilleurs de débris. Le sujet estampé, c'est-à-dire découpé comme par un emportepièce, est fixé à la barbotine sur les flancs de vases tournés.

ire Espèce. — Pocula estampés.

%e Espèce. — Acratophores estampés.

4?' Sous-Genre. — Décors mixtes : tous ces procédés décoratifs peuvent être plus ou moins combinés sur le même vase.

Cette classification n'est pas définitive. Elle laisse une large porte ouverte aux trouvailles de l'avenir. Elle sera d'abord améliorée pour nos pays ; plus tard, on verra s'il n'est pas utile de l'étendre à d'autres régions.

La nature de la pâte, la forme et l'ornementation des moules et autres instruments de fabrication, interviennent peu dans cet essai de classement méthodique. On ne les observe guère qu'en fabrique, et à vrai dire ils n'offrent pas un moyen bien parfait de description différentielle. Je n'en dirai pas autant des marques de potiers, qui sont l'instrument par excellence de la définition des poteries gallo-romaines, et j'aurai bientôt l'occasion d'en donner la preuve, en décrivant les Figlînœ des Martres de Veyre et en publiant un catalogue de 3,500 noms de potiers recueillis dans les officines arvernes.

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