DES
CÉRAMIQUES ARVERNO -ROMAINES
RECUEILLIES EJST FABRIQUE
I e DIVISION. — Céramiques communes, à pâte grossière..., Dolia.
L'argile n'a été ni lavée , ni broyée , ni tamisée ; elle contient du sable et du mica.
1er EMBRANCHEMENT. — Céramiques de facture indigène ; poteries identiques aux poteries arvernes an-
tent ures à la fondation de Lezoux et postérieures à sa destruction; genres, classes, etc., pour mémoire.
2e KMBRANCHEMENT. — C. fabriquée en Arvernie, de 70 à 268 , mais par la main ou l'inspiration des potiers ou des doliaires étrangers. Galbe artistique.
lrc Classe. — Pâtes nues, dépourvues d'engobe. — Engobe, subst. m., matière terreuse dont les potiers recouvrent leur pâte pour en changer la couleur (Littré). L'engobe s'applique au pinceau ou par immersion dans une purée très fluide.
1er Genre. — Pâtes naturellement noires ou noirâtres.
2e Genre. — Pâtes naturellement rougeâtres ou gris jaunâtre.
A chacun de ces deux genres correspondent les espèces : amphores , tuyaux d'aqueducs , d'hypocaustes, etc., briques, tuiles antéfixes , motifs d'architecture, fûts de colonne, chapiteaux, frises, entablement (du temple d'Apollon à Lezoux, Ligonne).
2e Classe. — Pâtes engobées.
1er Genre. — Engobes blancs. Les espèces ci-dessus énumérées appartiennent aussi à ce genre.
Quelle est la nature de l'engobe blanc ? Les spécialistes nous l'apprendront sans doute. Quoique j'aie trouvé constamment des morceaux de kaolin, dont on ne connaît pas de gisement à moins de 30 kilomètres, dans les officines de poteries blanches, je ne peux que supposer son emploi dans des conditions et avec des procédés que j'ignore. Les matières premières qui ont
pu entrer dans la composition des pâtes et engobes blancs, et que j'ai récoltées à proximité, sont du quartz pilé, de la silice de diatomées, de la chaux, des os incinérés et surtout des noyaux fossiles de chaux silicatée , provenant des calcaires marneux du pays.
2e Genre. — Engobes noirs , obtenus par des procédés divers.
3° Classe. — Pâtes noircies à l'enfumage. On pratique encore, aux environs de Lezoux, ce procédé, qui donne des résultats identiques à celui de l'époque romaine et même de l'époque antérieure.
4e Classe. — Pâtes diversement colorées, décorées en creux ou en relief de dessins géométriques simples et grossiers, de cordelettes , de zones rubanées et lignes droites, brisées, courbes, ondulées, en chapelet, perlées, mates et brunies, etc.
2e DIVISION. - Poteries de luxe, à pâtes fines lavées ou tamisées.
La fabrication , qui a duré deux siècles , comporte deux embranchements qui se succèdent avec un léger chevauchement.
1er EMBRANCHEMENT. — Pâtes tendres. Elles durent de Vespasien à Hadrien (70-120).
lre Classe. — Céramiques blanches.
iGr Genre. — C. entièrement en pâte blanche, affinée et lustrée par polissage.
ire Espèce. — Figurines blanches, semblables à celles de l'Allier, mais qui en diffèrent, les valent et ont droit à leur autonomie.
2e Espèce. — Moules de ces figurines. Il a existé en Auvergne des ateliers de figurines nombreux et considérables. Un des plus habiles artistes, lorsqu'il est loin de l'Arvernie , a soin de signer ses œuvres : nattvs ar(vernvs). Il est bon que cette justice soit rendue à sa patrie, car, bien souvent, notre linge a été démarqué, et tout l'honneur attribué aux Boïens du Bourbonnais, qui n'étaient pas les suzerains , mais les clients des Arvernes.
Parmi les fabriques arvernes, je citerai : à Clermont, celles de la rue Barnier et du quartier de Saint-André ; à Lezoux, j'ai recueilli un peu partout des moules et leurs produits. Je ne crois pas que les figurines blanches soient postérieures au règne de Trajan.
3e Espèce. — Pocula incisés, gravés à la gouge.
<&° Espèce. — Moules de cratères, de gobelets et de patinse carénées.
2e Genre. — Cér. à pâte grisâtre ou rosée, revêtue d'engobes blancs lustrés ; de l'an 70 à 120.
ire Espèce. — Figurines spéciales à Lezoux.
2e Espèce. — Moules à pâte grise, engobés de blanc.
3° Espèce. — Ollae et coupes creuses en terre jaune, polie, à zone blanche lustrée, limitée par des zones rubanées violacées, ornée ou non de dessins ocreux bizarres. Je les ai signalés le premier (1). Ils présentent un rapport étroit d'apparence et de parenté avec les vases peints trouvés par Schlieman dans l'antique Tyrinthe. J'ai découvert, à Lezoux, plusieurs fabriques qui étagent
(1) Gazette archéologique de MM. de Wite et Fr. Lenormand, 1882. — Vase peint , découvert à Lezoux.
leur production de Vespasien à Trajan. Parmi les vases de cette espèce trouvés dans la Loire, les uns sont en tous points semblables à ceux de Lezoux , les autres paraissent un peu plus anciens.
4>e Espèce. — Lagènes , hydries , œnochoés , vases à verser, amphores, amphorisques, engobés de blanc par immersion.
5e Espèce. — Lagènes, hydries, etc., ut suprà, à engobe blanc, jaspés de rouge à l'éponge ou au pinceau.
6e Espèce. — Guttus, lagènes blancs, à filets orangés, trouvés en abondance au voisinage des sources minérales utilisées par les Romains, mais de date et de provenance encore indéterminées.
7e Espèce. — Poteries blanches plus grossières, amphores, ollee, couvercles, mates, sans peintures.
8e Espèce. — Idem à peintures ocreuses, noires violacées, mates et barbares.
9e Espèce. — Poterie blanchâtre , à barbotines blanches, linéaires et perlées.
2e Classe. — Gér. tendres , roses et rouges ocreuses , de 70 à 120.
ieT Genre. — Gér. moulées, avec ornements délicats en faible relief; pâte terreuse, micacée, très perméable, forme généralement carénée ; frise ornée d'enroulements de fruits et feuillages de fantaisie ; panse à godrons allongés, à entre-lacs ; scènes de gladiateurs, de chasse ; sujets mythologiques , parfois très sommairement indiqués ou supérieurement traités, mais jamais
surmoulés. Plus rarement l'orme en bol, en cylindres, en cônes, généralement estampillées au centre intérieur.
2° Genre. — G. tournées, roses ou teintées d'orangé, de rouge vif sur les deux faces.
Espèce. — : Bols carénés, guillochés à la molette ; pocula, petites coupes coniques ou arrondies, à ressaut, à marli labié, barbotiné.
2e Espèce. — Patères unies et tournassées , à labrum barbotiné de fleurs de lotus.
8e Genre. ■ — Cl. peintes en rouge mat au dehors, nues au dedans, anépigraphes. — Espèces : lagènes, coupes, guttus.
3e Classe. — Gér. tendres, noires, toujours anépigraphes , de 70 à 120.
iev Genre. — G. nues, sans décors moulés.
1GT Sous-Genre. — Pâte grise, noirâtre, rendues brillantes par polissage , en totalité ou par cordons. — Espèces : vases tournés, ouverts ou resserrés.
2e Sous-Genre. — Pâte noire, grise , sans engobe ni polissage.
8e Sous-Genre. — Pâte grise, noircie à l'enfumage , d'aspect plombaginé.
Ae Sous-Genre. — Pâte grise, teinte en noir mat, au pinceau ou par immersion.
5e Sous-Genre. — Pâte grise, à vernis noir brillant, semblable au marbre du plus beau poli.
2e Genre. — Gér. noires, ornées.
i™ Sous-Genre. Pâte grisé, moulée, à surface noire brillante ; ornements en relief semblables aux poteries du 1er genre de la 2e classe. — Espèces : patina1, lampes, gobelets, balsamaires.
2° Sous-Genre. — Pâte grise ou rougeâtre, tournée, décorée d'ornements en relief moulés, estampés et découpés, soudés à la barbotine . — Espèces : pocula misés. pastillés, gravés à la gouge, à la molette.
La barbotine est une bouillie ou purée argileuse, plus épaisse que l'cngobc ,. servant à fixer des anses, des sujets découpés et de la même nature et couleur que ces pièces, ou bien de couleur variable et qui se déposait sur le flanc des vases , au moyen d'un bec effilé , en filets et gouttelettes. Ce dernier procédé prend le nom de pastillage. Il y a des pastillés blancs sur noir, d'un puissant effet décoratif, et identiques à ceux qui ont été fabriqués à Corinthe, aux IIP et IIe siècles avant notre ère. Les artistes pastilleurs de Lezoux, au IIIe siècle de l'ère chrétienne, possédaient une telle sûreté de main qu'ils réussissaient par ce moyen des animaux très reconnaissables : des chiens, des lièvres, des cerfs, des sangliers , et des enlacements délicats de vrilles et de feuillages. Je possède même une tête de Celte, à torques et longue chevelure , qui est la merveille du genre ; car elle réalise le type de certains statères gaulois et se rapproche surtout de celui de Yœs grave de Rimini.
3e Sous-Genre. — Pâte grise ou rougeâtre, à surface teinte, pastillée de lettres au pointillé , parfois décorée de barbotine blanche, étendue au pinceau.
4e Classe. — Pâtes tendres : poteries noires à lustre métallique (Trajan, Hadrien). L'éclat de leur lustre
est moins réussi que celui dos poteries du IIIe siècle, mais elles en diffèrent par la pâte-support, qui est moins dure, et la disposition décorative. Cependant, les sujets estampés des deux époques se confondent dans une véritable parenté. Anépigraphes.
ieT Genre. — Pâtes nues , à lustre métallique qui n'est jamais aussi brillant que celui du IIP siècle.
irc Espèce. — Unies. Pocula, petites urnes, coupes, etc.
2° Esp>èce. — Pocula à flancs plissés , en godrons creux, allongés.
2° Genre. — Pâtes simplement décorées de lignes et rubans circulaires, incisés à la molette.
3G Genre. — Pâtes sablées , c'est-à-dire criblées de grains siliceux , que l'enduit coloré a fait adhérer à toute la surface extérieure ; c'était à la fois un genre d'ornementation et un moyen de faciliter la préhension du vase.
ivc Espèce. — Décor employé sur pocula , tripus.
4>G Genre. — Pâte à barbotine monochrome , déposée probablement avec le bec d'une plume ou d'un roseau obliquement coupé. Les barbotines blanches sur fond métallique sont clu IIIe siècle.
icv Sous-Genre. — Barbotine à double baguette ou filets parallèles, droits, obliques, croisés. — Espèce : pocula tournassés.
2e Sous-Genre. — Gouttes de barbotine , circulaires et ovales, alignées et empilées. — Espèces : pocula unis et plissés.
5e Genre. — Poteries ornées de sujets estampés.
dTC Espèce. — Cratères ansés , décorés des superbes médaillons-appliques de libertvs : têtes de satyres et autres, scènes érotiques et diverses.
2e Espèce. — Lampes avec area ornée, etc.
6e Genre. — Combinaisons variées des genres décoratifs ci-dessus.
5° Classe. — Pâte nue, jaune, polie, non . ornée, anépigraphe. Genres et espèces analogues à ceux de la classe lre.
6e Classe. — Pâte nue, moins fine que la précédente, blonde, frottée de mica, anépigraphe, tournée.
ivc Espèce. — Argentée au mica blanc.
2e Espèce. — Dorée au mica jaune.
Les patères de cette classe sont profondes. Elles sont munies d'anses moulées sur le modèle de certaines anses de verre ou de métal.
7e Classe. — Poteries à couverte, plornbifère.
Ce sont encore des pâtes tendres, quoique un peu plus dures que celles précédemment décrites. Elles ne sont pas non plus totalement imperméables, leur couverte plombique n'étant pas assez épaisse ; mais les gens du métier savent que certaines argiles , et c'est le cas des nôtres , absorbent une forte part de la préparation plombique et ne conservent qu'une glaçure imparfaite. Je les classe aussi parmi les pâtes tendres pour tenir compte de leur synchronisme. Elles disparaissent de Lczonx vers l'an 120, au moment où s'ouvre
définitivement la seconde période , celle des poteries rouges.
On ne connaissait jusqu'à ce jour que deux centres de fabrication des poteries plombiques, au Ier siècle de notre ère : Tarse , en Gilicie , et encore , d'après M. Fr. Lenormand, ce genre de terres suites n'est-il pas sorti d'Asie-Mineure ; et Alexandrie d'Egypte, qui a exporté des pièces abondantes, mais inférieures. J'ai reconnu, dans ces derniers temps, avec certitude, que Lezoux avait possédé des fabriques de ce genre. Il ne manquait que ce laurier à notre métropole arverne.
Je n'insisterai guère sur cette classe céramique, mes trouvailles ayant besoin d'être complétées et M. H. -A. Mazard ayant publié un relevé très détaillé des terres cuites antiques à glaçures plombifères. Je me bornerai, jusqu'à plus ample informé , à dire que les nombreux échantillons de cette sorte, dispersés et retrouvés sur tous les points de la Gaule, proviennent sans doute de Lezoux. Anépigraphes.
iGT Genre. — Pâte blanche , identique à celle des figurines.
iGV Sous-Genre. — Glaçure jaune, ou verte, ou brune.
2e Sous-Genre. — Glaçure polychrome.
3° Sous-Genre. — Pâtes ornées de reliefs moulés , estampés, barbotinés.
S0 Genre. — Pâte grise ou rosée.
Trois sous-genres variés comme ci-dessus.
8e Classe. — Gér. dure, rouge vif, lustrée et jaune.
N'ayant pas trouvé de fabrique de cette belle poterie
en Auvergne , je la crois importée. Je dois la signaler ici , en respectant l'ordre chronologique plut < M que l'ordre précédemment adopté, parce qu'elle se, montre partout en abondance, à l'état de poteries de consommation, et que, sauf la nature de la pâte, elle est identique sous tous les rapports à la céramique de la 2° classe, qu'elle accompagne fréquemment dans les mêmes couches stratifiées de débris. Les signes différentiels épigraphiques sont très tranchés. Ou bien on observe des capitales irréprochables sur estampilles à un ou deux registres , ou bien une écriture difficile à lire et à interpréter, indiquée par des hastes droites, sans apex, presque sans boucles et lignes courbes. La pâte est rendue aussi imperméable qu'on peut le souhaiter, par un vernis d'épaisseur notable, qui s'écaille parfois , opaque et vraiment vitrifié. Par sa couleur rouge cire à cacheter, brillante et quelquefois jaune citron, il l'emporte sur toutes les couvertes de cette espèce.
J'ai dit que je n'avais pas observé cette céramique en Auvergne à l'état de débris de fabrication. D'après les précieux renseignements que je dois à l'obligeance de M. l'abbé Cérès, l'heureux explorateur des officines du Lot et de l'Aveyron, Milhau, Montans, Banassac, La Grosfesencque, elle me paraît provenir de ces régions. Ce sont évidemment leurs qualités exceptionnelles qui ont permis à ces produits de venir faire une concurrence redoutable à nos potiers , jusque chez eux. Il est possible encore que quelques pièces nous soient arrivées d'Italie.
iCT Genre. — Gér. rouge vif, lustrée, monochrome. 2e Genre. — Gér. à vernis dickrome, de nature in-
déterminée, peut-être plombique, rouge semé de gouttelettes jaunes.
S' Genre. — Gér. à vernis dichrome comme le précédent, niais jaune, semé de gouttelettes rouges.
J'ai observé des fragments de ces deux dernières familles , à Glermont , chez un marchand.
Les trois genres de cette classe ont des subdivisions spécifiques, identiques entre elles et avec le 1er genre de la 2e classe. Les poteries tournées sont très analogues à relies du 2e genre de la même classe.
9e Classe. — Cér. tendres, orangées, de la transition.
La couleur délicate de ces céramiques peu cuites s'altère à la moindre chaleur. Couverte un peu mate et savonneuse au toucher.
ieT Genre. — Yases ornés, moulés, rarement carénés. Mêmes caractères généraux que ceux du 1er genre des 2e et 8e classes , mais ne sont jamais estampillés au centre intérieur, sont presque toujours anonymes et se rapprochent par leur ornementation des vases moulés rouges du temps d'Antonin.
2e Genre. — Yases unis, tournés.
iTQ Espèce. — Patères umbonées.
2e Espèce. — Patères légèrement creuses , anépigraphes. à bord labié, semé de gouttes de barbotine figurant la fleur de lotus.
L'importance de la division des pâtes tendres et des pâtes dures m'engage à résumer et à opposer les traits essentiels qui les séparent, à quatre points de vue.