AVANT-PROPOS
En publiant une carte hydrogéique de l’Europe centrale , notre but a été de mettre en parfaite évidence les relations qui subsistent entre les deux systèmes arboriformes des cours d’eau et des lignes de partage des eaux ( 1 ) .
Nous avons voulu aussi montrer que tous les massifs de montagnes sont dans une dépendance réci- * proque , et que les cartes dont on a fait jusqu a présent usage induisent en erreur, puisqu’elles ne font connaître ces massifs que comme des accidens isolés.
Les cours d’eau sont en effet, sur les cartes, les seules lignes continues d’après lesquelles on puisse se faire une idée de la hauteur relative des bassins qui se réunissent en des lits communs. Hors de là, c’est un chaos dans lequel l’esprit se perd.
Habitués que nous sommes à juger des choses par l’aspect sous lequel elles se présentent dans l’étendue
(1) La crête des bassins hydrographiques se nomme ligne de partage ou du pendant des eaux, parce que les eaux qui tombent ou jaillissent sur ccttc ligne se divisent et roulent sur les pentes des bassins opposés. *
de notre rayon visuel , nous ne voyons de même dans les cartes que des configurations locales, et cependant ces configurations, de proche en proche, sont toutes subordonnées à celles qui les environnent, et, par cette raison, elles ont, indépendamment de leur valeur abstraite , une valeur relative par laquelle elles se lient toutes , de manière à présenter dans leur connexion les différens bassins qui renferment les cours d’eau de toute espèce.
On entend par bassins chacune des portions de la surface du globe dont les eaux pluviales et fluviales se rendent dans le même réservoir.
La grandeur des bassins varie comme celle des réservoirs qu’ils alimentent : ainsi les bassins des mares naturelles , dans nos campagnes , ne sont , le plus souvent , que des dépressions du sol dont les pentes conduisent, et dont le fond conserve les eaux pluviales qui n’ont point d’issue vers les vallées ; tandis que le bassin de la mer Caspienne s’étend jusqu’aux sommités du Caucase et des plateaux de la Tartarie, et forme une coupe immense dont les bords renferment les sources d’une foule de fleuves et de rivières.
Pour obvier aux inconvéniens ci-dessus mentionnés , il fallait : i \ Présenter sous deux couleurs bien distinctes les cours d’eau et les lignes séparatives de leurs bassins; a*. Observer dans ces lignes , ainsi que cela a lieu dans les cours d’eau , une dégradation de rapports subordonnés à l’ordre successif des
- !.£ ■> AJ é •-
. vij
ramifications ( 1 ) ; 5 °. Faire prévaloir les parties auxquelles on doune le nom de montagnes.
Ces trois conditions se trouvent remplies , quant à présent, dans notre carte hydrogéique , par un’ simple tracé. On verra dans l’Atlas de la France , que nous ferons paraître incessamment , qu’il est possible d’obtenir le même avantage en conservant aux reliefs leur expressiorf conventionnelle, en indiquant tous les plans de pent dont ils ne sont que les parties proéminentes, et en couronnant tous ces plans par un système continu d’arêtes en parfaite concordance avec les eaux courantes (2).
Ainsi se trouveront résolues les objections qui ne
( 1) A l'effet de déterminer les voies à suivre , soit pour diviser et sous-diviser en bassins de différens degrés , soit pour arriver par la réunion successive de ces mêmes élémens à reconstruire le tout , des lignes formées de tirets séparés par des points dont le nombre croit ou décroît au fur et à mesure que la quantité des divisions augmente ou diminue , accompagnent les faites de partage des eaux. Nous ferons voir plus tard que ce mode de numération est applicable à toutes les cartes , en donnant à la ligne qui constitue le faite principal le chiffre caractéristique formant le complément additionnel par lequel on peut se rattacher à la division du premier ordre.
(a) Le dessin de la carte physique destinée à servir d’introduction à notre Atlas de la France, a été confié à M. Richard Wahl , l’un des meilleurs graveurs de la capitale. Les effets qu’il a obtenus en modelant le relief d'une manière nouvelle, lui ont mérité tous les suffrages. Des essais de gravure faite dans le même genre , nous permettent d’assurer que l’engagement que nous prenons sera parfaitement rempli.
se soutiennent que par les abstractions que de mauvaises études nous ont rendues familières.
Ainsi sera reconnue l’utilité d’une nomenclature ‘artificielle, comme moyen supplémentaire propre à rappeler par des analogies les relations de chaque partie avec l’entier.
Alors seulement l’expression physique des cartes présentera l’harmonie qui est*une conséquence de l’observation des lois hydrogéiques.
Alors seulement l’étude de la géographie deviendra rationnelle.
‘ - Pc