HISTOLOGIE
Les épithéliomas branchiaux du cou sont remarquables au point de vue histologique par leur polymorphisme. En certains points ils ont la structure de l’épithélioma type et rappellent tantôt le cancer tégumentaire, tantôt le cancer glandulaire. En d’autres points ils ont les caractères du sarcome. Ils renferment souvent des tissus adultes nettement différenciés comme le cartilage. Ce sont des tumeurs essentiellement complexes, mixtes par leur structure. Elles rappellent de tout point certaines tumeurs très fréquentes de la parotide, la sous-maxillaire... etc. J'ai démontré avec mon ami Cunéo (Cong. intern., Paris, 1900) que tous ces néoplasmes sont de même nature. Ils sont tous développés dans les restes embryonnaires inclus lors de l’évolution des arcs branchiaux.
Dans cette étude histologique qui servira de base à la discussion pathogénique, j'étudierai :
1° Les cellules fondamentales ;
2° Un stroma comprenant :
a) Du tissu myxomateux et cartilagineux ; b) Du tissu conjonctif ; c) Des vaisseaux.
Cette description sera faite principalement avec ce que j'ai vu (voir obs. personn.). En effet, les auteurs qui ont rapporté des observations de cancers branchiaux sont presque muets sur les caractères histologiques de leurs tumeurs, Mayor, Perez sont à peu près les seuls qui ne se soient pas contentés d'un diagnostic histologique.
1° Cellules fondamentales (1). — Les cellules fondamentales se présentent sous des aspects divers. J'étudierai successivement : a) La morphologie de ces éléments cellulaires ; b) Leur mode de groupement ; :
ce) Leur évolution, en insistant plus particulièrement sur leur
dégénérescence.
a) MoremoLoGie. — La morphologie de ces cellules fondamentales
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Fi@. 3. — ce. f.p. Cellules dissociées dans le stroma, qui contrastent avec c. Tom cellules nettement épithéliales réunies en amas.
est essentiellement variable. Ce sont des éléments dont le volume va de 5 à 20 p. Ils sont cubiques ou ronds, ovales ou en croissant, fusi-
(1) Je donne actuellement à ces éléments le nom de cellules fondamentales pour ne pas préjuger de leur nature. Nous verrons, lors de la discussion,que ce sont des cellules épithéliales.
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formes ou étoilés, cylindriques ou polygonaux. J'ai observé sur mes - coupes toutes les formes qu'ont décrites Bosc et Jeanbrau dans les tumeurs de la parotide.
Je ne veux pas insister sur cette morphologie, car tous les auteurs s'accordent à lui refuser une valeur diagnostique.
Je tiens à rappeler (obs. [, fig. 3) que quelquefois les cellules fondamentales sont polygonales, tassées les unes contre les autres sans aucune substance intermédiaire. Souvent, il est vrai, les cellules sont étoilées, anastomosées par leurs prolongements et comme dissociées dans le stroma conjonctif (fig. 4). Fréquemment les cellules sont étirées, aplaties. Cet aspect a un intérêt particulier, car nous verrons que les partisans de la théorie conjonctive en font un argument en faveur de la nature endothéliale de nos tumeurs.
Le noyau est en général volumineux et possède plusieurs nucléoles.
Le protoplasma est clair, quelquefois très peu abondant; il présente souvent des vacuoles. Ces cellules prennent bien les colorants.
b) GroupeMENT. — La disposition de ces cellules prime de beaucoup leur aspect individuel.
Elle se présente sous différents types :
a, — Type diffus ;
6. — Type en boyaux anastomosés ; y. — Type en revêtement continu d’une grande cavité ; à. — Type en amas nodulaires où se voient les dégénérescences.
æ. — Dans le type diffus les cellules fondamentales sont isolées dans le stroma conjonctif ou myxomateux. On peut facilement les distinguer des cellules conjonctives par leur forme, leurs noyaux. En revanche, lorsque le stroma a subi la transformation myxomateuse il devient très difficile de distinguer les éléments constituants de ce tissu des vraies cellules fondamentales. Nous aurons d’ailleurs à nous demander plus loin si ces cellules ne contribuent pas pour leur part à la formation de ce tissu si spécial. ;
6. — Souvent les cellules fondamentales forment des traînées qui s’anastomosent en un réseau plexiforme (obs. I, fig. 4). Ce réseau a été bien vu par Perez qui attachait une grande importance à cette disposition plexiforme. Les cellules tendent alors à s’allonger parallèment à l'axe destraînées. Elles se disposent sous plusieurs couches, Ces boyaux ne présentent pas de lumière centrale. Parfois cependant,
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ce centre se colore moins fortement. Les noyaux deviennent plus gros, les cellules se dissocient et peuvent dégénérer complètement.
“Fig, 4. — Réseau de cellules (2), séparées par du tissu conjonctif (£. c.), réunies k par places autour des vaisseaux (V.).
Dans un seul cas, j’ai vu une lumière nette, limitée par des cellules d'apparence endothéliale (voir p. 47).
y. — Le type en revêtement continu s’observe lorsqu'il existe dans la tumeur une grande cavité kystique (obs. 1). Les parois de cette cavité sont tapissées par une couche de cellules fondamentales
d'aspect manifestement épithélial. Les cellules polygonales par tassement réciproque sont disposées en un grand nombre de couches. Par places, ce revêtement est séparé des couches profondes par une membrane basale; il arrive même que la couche se détache sous forme de lambeaux.
Cette couche envoie dans le stroma des boyaux pleins qui rappellent de tous points les traînées que l’on observe dans les épithéliomas de revêtement. Cette disposition donne l'impression d'un kyste congénital (dermoïde ou mucoïde) en voie de transformation.
Il est remarquable de trouver tous les intermédiaires entre les cellules manifestement épithéliales et les cellules du type diffus dissociées dans le stroma (fig. 3). Ce fait doit nous montrer la parenté étroite qui existe entre ces cellules; il peut nous faire admettre que ces tumeurs souvent dissemblables ont une unité d’origine.
à, — Dans d’autres cas, les cellules fondamentales forment des amas nodulaires de volume très variable. Les limites de ces amas sont toujours peu nettes; il n'y a jamais de membrane d’enveloppe, les cellules constituantes se continuent insensiblement avec les cellules isolées, disséminées dans le stroma. C’est là un fait important, car une fois de plus, nous trouvons une preuve de l'étroite parenté, pour ne pas dire identité des éléments en question.
Ces amas nodulaires sont surtout intéressants par les modes divers de dégénérescence que peuvent présenter leurs cellules constituantes.
c) Évozurion. Décénérescence. — L'évolution des cellules fondamentales, leur dégénérescence doivent être étudiées avec soin, car elles ont une importance primordiale dans la discussion sur la nature de nos tumeurs.
Les cellules peuvent se nécroser ou présenter de la dégénérescence graisseuse. Nous n’insisterons pas sur ces transformations qui n'ont rien de spécial. Parfois les amas tendent à produire des globes épidermiques ou des vésicules colloïdes.
x) Globes épidermiques. — Les globes épidermiques se présentent sous trois aspects : les globes épidermiques types avec éléidination; les globes épidermiques sans éléidination (globes muqueux de certains auteurs) ; les globes épidermiques inversés.
L'apparition de globes épidermiques avec ou sans éléidination est