CONCLUSIONS
I. — Le cancer branchial est la tumeur développée aux dépens des restes embryonnaires inclus lors de la régression des arcs branchiaux. . Cette affection a été décrite pour la première fois par Volkmann en 1882. Mais il convient de lui rattacher nombre de tumeurs publiées sous le nom d’épithélioma primitif des ganglions du cou, cancer des vaisseaux, cancer des glandes salivaires aberrantes, etc.
Ces tumeurs s’observent presque exclusivement dans le sexe masculin. Elles sont beaucoup plus fréquentes chez l'adulte et le vieillard.
Elles peuvent être primitives ou secondaires. Dans ce cas l’affection est le résultat de la transformation maligne d’un kyste dermoïde ou mucoïde, d’une fistule congénitale, d'une tumeur mixte primitive.
Le cancer branchial a tous les symptômes d’un épithélioma secondaire des ganglions du cou. Le malade reconnaît par hasard la présence d’une tumeur petite, mobile, située au voisinage de la grande corne de l'os hyoïde. Bientôt la tumeur est le siège de douleurs plus ou. moins vives, localisées ou irradiées. Elle envahit les plans avoisinants, s’ulcère. À un stade avancé elle s'accompagne toujours de troubles de la déglutition et de la respiration. Le malade meurt de cachexie cancéreuse s’il n’est pas entraîné rapidement par asphyxie, per ulcération de la carotide ou par une intervention malheureuse.
La durée moyenne est de six mois à deux ans.
Il est très rare que l’extirpation chirurgicale soit assez complète pour mettre à l’abri d’une récidive.
Ces tumeurs au début sont encapsulées; bientôt elles adhèrent à tous les organes avoisinants. Il est curieux de voir qu’elles adhèrent presque toujours à la veine jugulaire interne, souvent au sternomastoïdien, quelquefois à la carotide, très tardivement à la peau et jamais au plancher buccal.
La généralisation est tout à fait exceptionnelle.
Il, — Au point de vue histologique, ces tumeurs sont remarquables par leur polymorphisme. Elles sont comparables aux tumeurs mixtes parabuccales; on y observe très souvent des globes épidermiques.
Ce sont des tumeurs épithéliales en raison du groupement des cellules, de leur dégénérescence.
Mais elles ressemblent au sarcome par la disposition plexiforme des travées cellulaires, par la présence de cartilage; on observe par places l'aspect caractéristique des endothéliomes ; les cellules épithéliales semblent se transformer en myxome.
Il semble que ce soient des tumeurs mixtes au sens absolu du mot,
Leur point de départ est difficile à préciser :
a) Ce ne sont pas des tumeurs des ganglions lymphatiques qui ne sauraient engendrer des épithéliomas. Les seules tumeurs des ganglions sont des endothéliomes.
b) Il est difficile de rejeter l’origine thyroïdienne ou thymique, car il n’y a pas de caractères histologiques propres du cancer branchial. Il n’y a pas de démarcation possible entre ces tumeurs et le cancer thyroïdien. Mais l’anatomie nous apprend qu’on n’a jamais décrit de corps thyroïde ou de corps thymiques aberrants dans les points qui sont le lieu d'élection du cancer branchial.
c) C’est pour la même raison qu’on ne peut donner une glande salivaire aberrante comme point de départ des épithéliomas branchiaux du cou quoique ces tumeurs soient absolument analogues à certains cancers de ces glandes.
d) La glandule carotidienne est d'origine mésodermique et ne produit que des endothéliomes.
e) L'origine branchiale se trouve démontrée par exclusion. Elle rend compte de toutes les particularités de ces tumeurs. Elle en explique la complexité histologique, car le cancer branchial peut être produit par tous les éléments de l'arc branchial. Ce sont des bran= chiomes de la région cervicale.
J'ai assisté à l'inclusion de ces débris ; j'ai vu comment se fermait la première fente branchiale; comment les 3° et 4e arcs étaient inclus sous l’arc hyoïdien.
La connaissance de ces débris, l'étude de leur situation nous per= mettent de comprendre sous un même titre les tumeurs qu’ils forment : (tumeurs mixtes parabuccales, tumeurs du médiastin, épithéliomas branchiaux du cou). Ce sont toutes des branchiomes.