CHAPITRE II
EFFETS VISIBLES DES SOUFFRANCES DE I.’aME.
g I. — Manifestations silencieuses.
1° Stupeur, engourdissement momentané de l’àme et dos sens, causé par l'étonnement ou la terreur.
2° Consternation, profond accablement de lame, à la vue d’une grande calamité ou d’une catastrophe. Dans une même conjoncture, la première impression peut être la stupeur, et la seconde, la consternation.
5° Tristesse et mélancolie. La tristesse est le deuil de l’âme, le voile sombre dont la couvre un sentiment douloureux ou bien une disposition naturelle à redouter la souffrance et à la trouver autant dans la crainte que dans la réalité.
Les signes apparents de la tristesse sont l’abattement, la morne expression du regard, le silence et l’amour de la solitude.
La tristesse énerve l’âme, éteint l’esprit, et donne du dégoût pour la plupart des objets qui ont coutume d’exciter le désir. Elle attiédit toutes les affections,... toutes, excepté l’amour.
La mélancolie est la concentration d’une profonde sensibilité dans une tristesse habituelle, le découragement d’un cœur sans espérance et le reflet d’un passé douloureux sur le présent et sur l’avenir.
La tristesse se laisse distraire. Elle cède insensiblement à l’action du temps ; et, quand elle disparait, un regret, ou un simple souvenir en marque le passage.
La. mélancolie ne comprend pas le plaisir, et s’isole au milieu de la joie. Elle aime la rêverie, ne voit qu’un repos dans l’affaissement de l’âme, et ne veut pas guérir. Si un bonheur inespéré peut l’affaiblir, il ne peut l’effacer.
DE l/HOMME MORAL.
La tristesse est tantôt un mal accidentel, tantôt un mal constitutif dont l’excès peut inspirer le désir de la mort. La mélancolie est une douleur résignée où lYune trouve quelquefois une sorte de douceur, mais qui, creusant toujours la même pensée, peut finir par y abîmer la raison.
J 11. — Manifestations vives ou violentes.
1° Contrariété, mécontentement et déplaisir de l’àme, à l’aspect des difficultés qui retardent, ou des obstacles qui rendent impossible l’accomplissement de ses désirs.
La foi ■ce intelligente et sage supporte, sans murmure, les contrariétés; mais la faiblesse, stimulée par la personnalité, en témoigne une impatience puérile qui va jusqu’à l’irritation contre les objets inanimés et les lois de la nature.
L’àme s’indigne des petites contrariétés dont elle eût pu se préserver par un peu d’adresse ou de prévoyance. Mais elle se courbe sous le poids des grands malheurs où elle sent une cause supérieure à la puissance humaine.
2° Inquiétude, appréhension d’un danger déterminé, mais souvent imaginaire.
Les Ames tendres ne sont jamais sans inquiétude sur le bonheur de ceux qu’elles aiment, ni les âmes jalouses sur les sentiments qu’elles inspirent.
5° Anxiété, violente agitation d’une âme qui se croit menacée de quelque malheur prochain, sans s’expliquer par quel côté elle sera frappée. Quand, par hasard, un événement fâcheux vient justifier l'anxiété, on ne manque guère de l’appeler pressentiment.
* Avec une grande sensibilité et une imagination mobile, on a toujours quelque motif d’anxiété; car on trouve probable tout ce qui est possible.
4° Affliction, état d’une âme tendre que le chagrin accable, et qui n’a plus la force de se relever. L’abattement que l’affliction produit est entretenu par le respect des souvenirs. La vo-