‹ Étude de l'hommeChapitre 122 sur 235 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

spirer le courage de les vaincre. Ce remède est dangereux; car, s’il ne guérit, il peut pousser au désespoir.

La jeunesse pleure amèrement la perte d'un ami, et s’en console, parce qu’elle en a, on en trouvera un autre; qu’elle est distraite de sa douleur par l’attrait des plaisirs et la mobilité de ses impressions; et que la mort lui semble, pour ellemême, un accident invraisemblable.

Le vieillard qui voit tomber autour de lui les amis de sou enfance, sait qu’il ne les remplacera pas, et que le terme de sa vie ne peut être éloigné. A cette pensée, un frisson parcourt scs veines, et la peur de mourir lui fait oublier ses regrets.

Les joies de ce monde ressemblent aux rayons du soleil de mars, qui se montrent, un instant, entre deux giboulées. Les orages les plus terribles viennent aussi à la suite des plus beaux jours. La Providence, en nous accordant un plaisir, a soin de le faire suivre d’une peine. Il semble qu’elle veuille conserver à la douleur sa domination suprême, pour diriger notre âme vers la pensée d’une autre vie.

Une âme en proie à la douleur morale s’irrite de tout ce qui 11 ’est point en harmonie avec ses sentiments. Un accent de joie, l’éclatd’un beau ciel, le calme d’une riante nature, l’épanouissement des fleurs et le chant des oiseaux la blessent, comme une amère dérision. Lorsque, dans une belle matinée de printemps, un ver se tord sous votre pied qui l’écrase, vous étonnez-vous devoir la nature entière conserver son air de fête? Ah ! je coniprends ; vous vous croyez plus qu’un ver de terre.

12° Malheur. Le malheur est un ensemble de maux qui pèsent sur l’âme. 11 s’empare quelquefois de toute une existence.

au point de faire croire à la fatalité; et l’on meurt sans arriver aux chances favorables. C’est le sort d’un joueur dont la forfune s’est épuisée avant la fin de sa mauvaise veine. S’il eût pu prolonger la partie, l'équilibre se serait peut-être rétabli. Cependant on attribue trop souvent à des causes occultes la fielleuse influence que l’on exerce soi-même sur sa destinée. Que chacun juge froidement toutes ses actions, et il reconnaîtra, presque toujours, qu’il doit la plus grande partie de ses maux A ses erreurs ou à ses fautes.

Qui sait si Dieu n’envoie pas l’infortune, tantôt comme une épreuve, tautôt comme un châtiment expiatoire? Mais quels qu’en soient la cause et le but, endurons-la avec une foi entière en la bonté céleste. Une prévoyance excessive gâte le bonheur présent et anticipe les peines éloignées, quand elle n’en crée pas d’imaginaires. Si la force d’àme nous fait supporter des maux irréparables, ne peut-elle renfermer les craintes de l’avenir dans le cercle des probabilités, et nous permettre ainsi de jouir du bien sans nous désarmer contre le mal?

-Quand le malheur est la suite d’une faute, il est bien cruel ; car la résignation vient difficilement à son aide, et il s’exaspère sans cesse par le regret ou le remords.

Le devoir est la force du malheureux, et l’espérance, sa cou solation.

L’infortune développe, dans les bons cœurs, le germe des vertus, et, dans les cœurs pervers, les penchants criminels.

Ou se gâte avec les gens heureux; on devient meilleur avec les gens qui souffrent.

Page 1