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CHAPITRE III

0» doit être indulgent pour les fautes commises, et sévère pour le penchant qui peut y faire retomber.

J IV. — Confiance.

La confiance est l’estime de soi étendue aux autres.

De la part de certaines gens, la confiance n’est qu’un besoin d’épanchement, un désir d’exciter l'intérêt. C'est une personnalité naïve.

La confiance trompée ne reprend jamais sa sécurité première.

g V. — Méconnaissance.

La reconnaissance est le souvenir d'un bienfait ou d'une intention bienveillante. C’est une dette dont le cœur paye l’intérêt, même après s’être acquitté.

Des services réciproques ne se compensent pas; car le mérite de l’initiative ne peut être effacé. Le bienfaiteur n’acquiert pas un droit absolu à la reconnaissance; mais elle est un devoir pour l’obligé. Aussi une âme fière est-elle beaucoup plus scrupuleuse sur le choix d’un bienfaiteur que sur celui d’un obligé.

L’ingratitude paraîtrait quelquefois excusable, si l’on pouvait apprécier les motifs du bienfait; mais la pensée de les découvrir serait, de la part de l’obligé, un commencement d’ingratitude. #

Le devoir seul 1 doit l’emporter sur la reconnaissance.

Quoique la reconnaissance ait son principe dans l’amour de

1 La véracité du témoin, l'impartialité du juge, la vertu de la femme.

soi, elle est presque l’opposé de l’égoïsme. Le plaisir de recevoir un service s’ennoblit par l'affection qu’il inspire pour le bienfaiteur, et par le désir de le payer de retour. Dans les âmes généreuses, la reconnaissance n’est pas seulement le souvenir du bien qu’on a reçu ; c’est un sentiment qui s’épure, eu devenant presque étranger à son origine, et qui s’élève souvent jusqu’au dévouement lé plus sublime. L’importance de la cause n’est rien alors pour l’effet. Le service n’est plus qu’un hasard qui a révélé l’une à l’autre deux âmes faites pour se comprendre et s’aimer. Il faut plaindre l’homme qui ne conçoit pas le désintéressement de la reconnaissance.

La reconnaissance fait naître l’affection, et l’affection fait vivre la reconnaissance. Elles produisent ensemble la plus noble et la plus douce des voluptés de l’âme.

Un orgueilleux semble moins disposé à la reconnaissance pour un service qu’il reçoit que pour un service qu’il refuse. Dans le premier cas, ce sentiment lui pèse, comme un devoir; dans le second, il s’en glorifie, comme d’un mouvement généreux.

Celui qui se hâte de rendre un service pour un service est souvent moins dirigé par la reconnaissance que par l’envie d’en être dégagé.

La crainte d’être ingrat peut étouffer, dans un cœur délicat, les plaintes les plus légitimes. Aussi c’est une lâcheté d’abuser de la reconnaissance.

Les services reçus, comme les objets matériels, nous semblent moins grands à mesure qu’ils sont plus loin de nous.

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