DES DÉFAUTS ET DES VICES DC CŒUR
8 1. — Des' défauts du cœur.
Absence de qualités et inaction blâmable.
Un homme dépourvu de sympathie pour ses semblables a nécessairement quelques défauts du coeur, h' indifférence est le moindre qu’on puisse lui attribuer. Les autres sont Y insensibilité, la dureté et Y inhumanité.
1° Indifférence, silence apathique ou dédaigneux d'un cœur qu’aucune passion n’émeut, qu’aucun intérêt ne touche, et qui, au milieu du mouvement des hommes et des choses, n’éprouvant aucun sentiment de préférence, conserve un parfait équilibre. Cet état, quand il est l’œuvre de l’expérience et du calcul, est une sorte d’orgueilleuse sagesse, un égoïsme désabusé ; mais quand il est le sommeil de l’ànie et des sens, il cesse à leur réveil, ou prend le caractère de l'insensibilité.
2° Insensibilité, indifférence constitutive et absolue. Froide comme la glace, elle est impénétrable à la douce chaleur des sentiments affectueux. Elle prive l'àme et les sens des plus délicates perceptions, et donne au caractère une âpre énergie. Les souffrances d’autrui, elle ne les voit pas, ou les traite de faiblesse, et procède comme ces machines redoutables qui, obéissant à des lois mécaniques, broient tout ce qui leur l’ait obstacle, et ne s’arrêtent que devant une force supérieure.
L’homme insensible profite du dévouement, sans en être touché. Il peut être juste, mais il ne sera jamais bon.
3° Dureté, excès de fermeté, résistance semblable à celle d’un métal qu’on ne peut entamer.
L’insensibilité est la privation de la faculté de sentir; la dureté en est le mépris.
Il est une sorte de dureté accidentelle, ou plutôt simulée,
dont s’enveloppent la faiblesse, et quelquefois la bonté, pour imposer le respect, ou pour éviter des luttes où elles pourraient succomber.
La dureté réelle est toujours prèle à l’agression ; la dureté feinte ne songe qu’à se défendre.
4° Inhumanité, insouciance réfléchie sur les maux d’autrui. Elle est la compagne ordinaire de l’égoïsme, et l’opposé de la commisération. Un homme inhumain ne cherchera peut-être pas à causer des souffrances : mais il lui importera peu qu’on les éprouve; et c’est à peine s’il consentirait à les faire cesser.
§ II. — Des vices du cœur '.
Dispositions malveillantes et activité agressive.
Les vices du cœur sont des penchants plus ou moins énergiques qui disposent l’homme à trouver du plaisir, ou une sorte de contentement odieux, dans les contrariétés et les souffrances de ses semblables.
Les divers degrés du désir de nuire déterminent les caractères de ces vices.
1° Malice. Il y a deux sortes de malice. L’une (qu’il faut s’empresser d’absoudre) est inspirée par la gaieté, par la linesse de l’esprit, et par le désir de s’amuser un peu aux dépens d’autrui : c’est celle des enfants et des jeunes femmes. Elle est armée de pointes si fines et si flexibles, qu’elles s’émoussent contre l’épiderme.
Il est une autre malice que suggèrent un caractère contrariant, une humeur hargneuse, la difformité physique, accompagnée d’une vive intelligence, et souvent aussi un esprit supérieur à celui des personnes dont on dépend, ou à la position qu’on occupe. Cette malice s’imprègne toujours d’un peu d’ameiiiune.
1 Quelques vices, tels que le libertinage, la gourmandise, ont été cl dû être compris dans l’élude de V homme sensitif, quoiqu'ils exercent une inllueuce dangereuse sur Y homme moral.