COMMENT LES DÉFAUTS SE DISTINGUENT DES VICES
L’absence d’une qualité en est rarement la simple négation. C’est la probabilité du défaut ou du vice contraire*.
Les défauts sont des imperfections, et les vices des difformités morales. Ils sont naturels ou acquis.
Tous les défauts proviennent de la eomplexion, des travers de l’esprit, de la mauvaise éducation et de l’exemple. Ceux qui dérivent de l’irritabilité du caractère, comme l’impatience, l’emportement, ou de la légèreté de l’esprit, comme l’indiscrétion, le bavardage, ne peuvent, par eux-mèmcs, et sans changer de nature, porter de graves atteintes à la morale, ni mériter jamais
1 N’est-il pas vrai que le manque de sincérité est de la dissimulation; que le défaut de véracité doit s'appeler mensonge; que l’oubli de la probité est de l’improbité ; qu’un homme qui n’aurait ni discrétion, ni prudence, ni patience, ni fermeté, ni courage, serait indiscret, imprudent, impatient, faible cl poltron? Cos divers exemples prouvent qu'entre l’existence de certaines qualités et celle des défauts opposés, l’alternative est nécessaire. Mais cette loi n’est point absolue. Ainsi l’absence de la bonté n’est quelquefois que de la froideur, ou de la sécheresse de cœur, et non de la méchanceté. On peut encore manquer de reconnaissance, par oubli, par légèreté, plutôt que par ingratitude; de franchise, par réserve ou par timidité, plutôt que par dissimulation, et de grandeur d’âme, sans tomber dans la bassesse.
le nom de vices. Certaines infractions, soità la tempérance, comme l’incontinence, l’ivresse, soit à la sincérité, comme la dissimulation, le mensonge, soit à la loi sacrée de l’amour du prochain, comme l’envie, la haine, sont de simples fautes quand elles sont rares et provoquées par quelques causes extraordinaires, des défauts quand elles sont fréquentes, sans être préméditées, et des vices, quand le penchant et la volonté en font des habitudes.
La plupart des défauts se montrent d’ordinaire sans déguisement, et sont visibles pour tout le monde, excepté peut-être pour la personne qu’ils dominent. Mais il en est quelques-uns 1 , au contraire, qui se révèlent surtout par l’inaction. On reconnaît, dans les premiers, beaucoup d'irrétiexion et de faiblesse ; dans les derniers, l’endurcissement et une sorte d’atrophie du cœur.
La résolution, la force et la persévérance sont les caractères distinctifs des vices. Intimes, profonds, dissimulés,. ils blessent ordinairement moins que les défauts, et se cachent surtout aux personnes qu'ils redoutent pour adversaires, ou qu’ils ont choisies pour victimes.
Le naturel domine dans les défauts; le calcul, dans les vices. On voudrait se corriger des uns, quand on les a compris : le plus souvent, on ne le peut pas. On pourrait quelquefois se corriger des autres que l’on connaît toujours,; on ne le veut pas. Mais quand les excès du vice ont produit l’impuissance, on ne serait pas fâché de la faire considérer comme une vertu.
Un seul défaut peut rendre insupportable une personne d’ailleurs très -estimable; tandis que, malgré ses vices, une autre est séduisante et recherchée.
Les défauts et les vices, comme les qualités, germent dans le cœur, ou dans l’àme.
1 L’indifférence, l’insensibilité, la dureté, l’inhumanité, l’apathie.