CHAPITRE I
s’il n’y avait puisé ni secours, ni lumières 1 ; car le sauvage lui-même prend au moins une notion grossière de cet état, dans sa famille, dans sa peuplade; et ce n’est qu’à l’hypothèse d’un homme privé, dès sa naissance, de tout commerce avec scs semblables, qu’il faudrait emprunter l’exemple de cet être chimérique. Acceptons cependant cette hypothèse pour un moment, et tâchons d’en montrer les conséquences les plus vraisemblables. Que verrons-nous dans cc^homme? Une créature misérable dont les plus précieuses qualités auront péri en germe, dont le corps et l’âme seront sans cesse tourmentés par des besoins qu’il ne pourra satisfaire. Il n’aura aucun langage, aucune tradition du passé, aucune intelligence des merveilles du monde, aucun de ces innombrables moyens de conservation et de bien-être que toute société procure aux membres qui la composent. Il sera sans affection, sans religion, sans idée du devoir, en un mol, à peine égal à la brute. Telle ne peut être la condition pour laquelle Dieu lui a donné la vie.
L’homme n’a reçu le sentiment, le génie et la conscience que pour en faire usage : or l'état social pouvant seul lui en permettre le complet exercice, il est évident que cet état est naturel et nécessaire.