‹ Étude de l'hommeChapitre 155 sur 235 · NÉCESSITÉ DE L'ÉTAT SOCIAL · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE L'ÉTAT SOCIAL

l’homme est né pour la société.

Ua enfant ne pourrait vivre, ni un liomnie être heureux dans une complète solitude.

Dès que l'enfant commence à sentir, il éprouve l’impérieux besoin d’aimer et d’ôtre aimé, de développer sou intelligence, de s’éclairer, de communiquer ses idées par la parole et de per* fectionnersa raison. S’il trouve déjà dans sa famille un premier appui et une première occasion d’exercer quelques-unes de ses facultés, c’est la société seule, cette réunion de toutes les fa*

milles, qui peut prolégér efficacement son existence, enrichir son esprit, élever son âme, et y faire éclore les plus nobles vertus.

Un homme isolé ne peut rien. Réuni à ses semblables, il devient maître de la nature. Dans celte association, les forces intellectuelles de chaque individu se multiplient par les forces des autres; et le produit que donnent tous les temps et tous les peuples est ce qu’on appelle l’esprit humain. Considéré par rapport à son objet, l’esprit humain est cette faculté universelle, quoique inégalement répartie entre les siècles et les hommes, de comprendre et de juger tout ce qui, dans l’ordre physique et dans l’ordre moral, n’est pas au-dessus de la portée d’un regard mortel; considéré dans son activité, c’est un vaste atelier où chaque ouvrier a sa tâche spéciale, et concourt, selon son aptitude, à des œuvres dont il ne voit pas l’ensemble, mais dont il profile, pour sa part ; et, considéré dans son résultat, c’est une sorte de dépôt où s’accumulent, pour les générations fuiures, tous les trésors do l’expérience, et où grossit, chaque jour, le patrimoine de l’intelligence humaine.

Souvent une grande idée tombe, comme une graine apportée par le vent, lorsque rien n'est encore prêt pour en favoriser le développement. Mais, tôt ou tard, un rayon d’intelligence va la réchauffer sur le sol aride qui l’a reçue, et la fait germer, fleurir et fructifier , pour l'instruction ou le bonheur du monde.

Les arts, les sciences et toutes les découvertes, qui élèvent si liant le génie de l’homme, sont des monuments construits à frais communs. Chaque génération travaille à étendre ou à perfectionner l’œuvre des générations passées. Celui qui invente a seulement le mérite de faire un pas en avant du point ou il a été conduit. Tout sc fait par tous.

La plupart des sociétés ont quelques qualités ou quelques idées dominantes dont le souvenir sert à marquer les étapes parcourues par l’esprit humain.

Quand on cherche à se rendre compte de ce que l’homme doit à l’état social, on ne comprend pas ce qu’il pourrait être,

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