CHAPITRE IV
spécule pour le plaisir de spéculer. Monotone comme ses plaines cl ses eaux, il a la force productive des unes et la marche lente et sûre des autres. Son activité a des règles dont il ne s’écarte jamais de sang-froid. L’imagination en lui paraîtrait du délire. Sa littérature est encore à créer. En attendant, il met toute la poésie de son àme dans la peinture, dont il a le sentiment et souvent le génie.
La parole d’un Hollandais est aussi sûre que son écrit. Sa qualité dominante est l’ordre, et il sait y soumettre son amour de la liberté. 11 veut l’ordre partout, dans sa tète, dans sa famille, dans ses affaires, et jusque dans ses rues. Cependant, comme s’il était interdit à l'homme de posséder rien de complet, le Hollandais renonce quelquefois à sa prudente économie, pour la table, pour les fleurs et surtout pour les tableaux.
3° L’Allemand est grave et violent. 11 sent profondément, et veut trouver la raison de ce qu’il sent. Son esprit est ferme, opiniâtre, pénétrant; mais il le fatigue à voir dans l’obscurité; et ce qu’il discerne peut-être lui-même, il ne réussit pas toujours à le faire apercevoir aux autres. On remarque souvent , dans un Allemand, les constrastes de la sensibilité rêveuse et de la sensualité grossière, de l’amour de l'indépendance et de la dureté envers ses inférieurs.
Penseur, poète, économiste, soldat, l’Allemand peut être tout ce qu’il veut, à force de persévérance. Mais, dans la mesure ordinaire de ses facultés, il a plus d’imagination que de goût, plus de vigueur que de grâce, plus de cœur que d’esprit.
4° Les Français, comme la plupart des peuples répandus sur un vaste territoire, sont loin d’être partout les mêmes. Le villageois normand ne ressemble pas au provençal; le basbreton, à l'alsacien ; le basque, au picard, ni l’auvergnat au gascon. Chacun d’eux a ses traits, son caractère, son esprit, ses mœurs et son langage. Cependant, dès que l’éducation adoucit en eux la première écorce, on commence à leur trouver une certaine conformité qui devient pins sensible à mesure qu’on
s’approche du cœur; et c'est par. le cœur surtout qu’ils se confondent dans une complète unité.
Voici les traits distinctifs auxquels on reconnaît un français :
Bienveillant et poli, il aime à rendre service. Mais, hardi et confiant, il se met à son aise, et permet qu’on s’y mette avec lui. Peu inclin à la réserve, il ne manque guère d’abuser de celle des autres. Sa gaieté et sa bonne opinion de lui-même le disposent à la raillerie. Il se croit obligé de montrer de l’esprit à tout propos; et ses traits, lancés au milieu des entretiens les plus sérieux, n’ épargnent pas même les objets de son amour ou de son respect. Malgré la légèreté de son caractère, il se fait généralement aimer, surtout des femmes, par sa sensibilité, sa grâce, et la facilité de son humeur. 11 s’en aperçoit, et il est rare qu’il se préserve d’un peu de présomption ou de fatuité. Son intelligence vive et pénétrante trouve, dans sa force, sa souplesse et son étendue, une aptitude universelle. Si elle pèche, c’est par impatience. Un Français comprend au premier mot, et répond sans écouter le reste. Quand il maîtrise sa pétulance, le tact et le bon goût ne lui font presque jamais défaut. Il conçoit et abandonne bien souvent les idées les plus heureuses, comme pour laisser à d’autres le soin trop long de les mettre en pratique. Son esprit peut s’élever jusqu’au génie ; car il en possède d’ordinaire les plus précieux éléments, la fécondité, la profondeur et la clarté. Enthousiaste et frondeur, il loue et dénigre tour à tour, sans s’apercevoir qu’il a changé d’opinion. 11 chérit l'égalité, quand elle ne peut le faire descendre. 11 désire la liberté par un sentiment de dignité, ou par amour delà justice, et souvent aussi par aversion pour toute espèce d’autorité; mais la liberté, sans le bien-être et la sécurité, lui semble un bonheur fort incomplet. 11 s’en dégoûte, un jour, et, le lendemain, il y revient étourdiment. Son activité s’exerce sans relâche, soit à créer, soit à détruire. C’est un enfant intelligent et passionné que l’on doit toujours diriger ou contenir. Généreux par nature, il l’est encore plus par vanité. L’éclat le séduit; la gloire le transporte; l’honneur est sa passion domi-