CHAPITRE VIII
source dans ce respect exalté de soi - même et ce vif désir de l’estime d’autrui qu’on appelle honneur. Associé à la délicatesse de l’àme, à la noblesse des sentiments, il est quelquefois la principale vertu de l’homme du monde. Mais, excité par ilne inquiète susceptibilité , il se laisse entraîner à des excès , et croit’ en trouver l’excuse dans le droit de légitime défense. Comment des peuples chez lesquels l'honneur est la passion dominante, ne savent-ils ni le protéger, ni le contenir? Les peines infligées par les lois à l’auteur du plus sanglant outrage, n’ont pour objet que la réparation du dommage matériel, sans tenir compte du dommage moral. Cette lacune a fait chercher dans la vengeance une sorte de justice sauvage, et un moyen de réhabiliter l’honneur. On a soumis, il est vrai, cet usage de la force à certaines règles chevaleresques qui ont pour but d’en modérer la brutalité et d’en égaliser les chances : mais il est bien rare qu’on y parvienne. Dans ces luttes barbares, presque toujours l'offenseur, excité à le devenir par la conviction de sa supériorité, tient en ses mains la vie de l'offensé ; et celui-ci, placé entre l'opinion qui le menace île son mépris et la loi qui, sans l’en préserver, lui défend de venger son outrage, court à la mort, pour effacer, avec son sang, la tache qu’un autre devrait seul recevoir. Le duel est donc un acte de désespoir et une protestation contre l’insuffisance des lois. Elles le préviendraient sans doute, si, au lieu de punir timidement le coupable, dans son intérêt ou dans sa liberté, elles lui infligeaient le déshonneur ou la misère. Ainsi, qu’une injure grossière soit expiée par des excuses faites à genoux ; que l’auteur d’une calomnie contre la probité d’un homme ou la vertu d’une femme, soit déclaré infâme par un jugement solennel ; qu’un soufflet donné, sans une provocation violente, soit publiquement rendu par la main du bourreau ; et, si ces réparations semblent incompatibles avec nos mœurs, que des amendes énormes punissent l’offense en ruinant l’offenseur. Celte jflstioc sévère réconcilierait l’honneur avec la morale, ferait respecter la dignité de l’homme, et rendrait le duel aussi inutile qu’im pardonnable.