‹ Étude de l'hommeChapitre 183 sur 235 · UTILITÉ ET DANGER DE LA PUBLICITÉ DONNÉE AUX DÉLITS ET AUX CRIMES · texte numérisé non relu

UTILITÉ ET DANGER DE LA PUBLICITÉ DONNÉE AUX DÉLITS ET AUX CRIMES

La société cherche à détruire, par l'éducation, le germe des mauvaises passions, et à contenir, par la crainte des châtiments, celles que l’on n’a pu dompter. Mais elle ne songe peutêtre pas assez à prévenir les dangers de la faiblesse humaine. La publicité des débats criminels met sous la surveillance de l’opinion l’impartialité du juge; tranquillise la société, eu lui prouvant qu’elle est efficacement protégée, et apprend aux âmes perverses qu’on échappe difficilement au glaive de la justice. Ces avantages sont si grands, qu’ou ne peut y renoncer, par la crainte trop fondée d’initier une foule de spectateurs oisifs et souvent corrompus aux pratiques du crime et aux ruses qui en font éviter le châtiment. Mais celte publicité ne devrait pas être étendue au delà du point où le danger en dépâsse l’utilité. Or cette limite est-elle respectée par les journaux ? La plupart se complaisent dans le récit minutieux des attentats les plus atroces, et dans le choix des couleurs les plus propres à faire ressortir l’audace ou l’adresse dont ils offrent les exemples. Comprend-on bien l'influence de pareils enseignements? Ils suggèrent aux âmes faibles, ignorantes ou corrompues, l’idée du crime et des moyens de l’accomplir ; ils les familiarisent avec des actions qui peut-être leur ont d'abord inspiré de l'horreur ; ils les habituent à n’y voir que des conséquences naturelles de l’imperfection humaine; ils détruisent en elles le sentiment moral, et finissent par donner à leurs mauvais penchants un empire absolu. L’atmosphère sociale semble infectée par la contagion qu’ils répandent. Semblables

à ces vapeurs méphitiques qui ternissent l’éclat des métaux, ils altèrent jusqu’à la pureté des femmes et des enfants, quand ils ne les empoisonnent pas. Chacun a pu remarquer qu’une pensée suffit quelquefois pour nous causer une émotion; que cette émotion, eu se renouvelant, fait naître une disposition, et qu’en persévérant, elle produit une habitude morale. Or l’exemple doit agir bien plus énergiquement encore, puisqu’il frappe à la fois l’imagination et les sens. L’enfant imite, dès sa naissance, tout ce qu’il voit faire, et l’homme, sans y songer, continue à imiter, jusqu’à sa mort. Le visage d’une personne qui écoute prend ordinairement l’expression du visage de celle qui lui parle, et l’on a remarqué qu’une longue - et parfaite communauté de sentiments établit, entre deux époux, des rapports de physionomie, une sorte de ressemblance. Le suicide, longtemps fort rare en France, y est devenu une maladie endémique, depuis que les journaux ont pris soin de nous en raconter, chaque matin, les funèbres histoires. J’ai vu un arbre auquel trois personnes se sont pendues en deux ans ; une eau profonde où trois autres se sont volôntairement noyées, et l'on m’a assuré que plusieurs soldats s’étant pendus dans une caserne, à un même crochet, il a suffi de l’arracher pour faire cesser les suicides. Lorsqu’il est si bien démontré que l’exemple a tout’pou voir sur notre imagination, n’esl-il pas probable que des hommes, endurcis et démoralisés par la vue continuelle ou par le récit de tous les crimes, chercheront à les imiter, pour assouvir leurs passions ? Conservez la publicité qui peut contenir, mais restreignez celle qui peut développer les penchants dangereux.

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