CHAPITRE IX. 3 H
L'inimitié a peu d’ardeur pour la vengeance; mais elle applaudit souvent, avec une maligne joie, aux coups que le sort semble frapper pour elle. Le temps la calme, ou la fait aller jusqu'à la haine.
4° Animosité. Quand l’inimitié s’aigrit et s’exaspère, elle devient de l’animosité. Celle-ci n’est donc qu’une exaltation éphémère de l’inimitié; et, dès qu’elle s’affaisse sur elle-mênie, par fatigue ou par raison, elle ne tarde pas à retomber au-des* sous de son point de départ. Le regret, que l’animosité laisse souvent après elle, peut apaiser l’inimitié.
5" Rancune, ressentiment silencieux d’une offense ou d’un mauvais procédé. Elle se repaît d'un passé qui la blesse, et met un soin scrupuleux à en conserver les plus vives images. Défaut des âmes sensibles et réservées, elle n’exclut ni la fermeté, ni le courage: mais elle est incompatible avec la légèreté de l’esprit, comme avec la franchise du caractère. Le temps l’adoucit; une expiation l’efface, et un service rendu peut la transformer en amitié.
Celui qui cache sous la rancune son mécontentement ou sa colère, en augmente autant la durée qu’il en modère la violence, et croit faire une sage transaction avec sa dignité.
Les rancunes les plus profondes sont inspirées par les torts des personnes que l’on a le plus sincèrement aimées.
6° Haine. Ce vice de l’âme, si contraire à la morale*, ne l’est pas moins aux devoirs sociaux. Enfant de l’égoïsme et de l’orgueil, il n’a d’autre souci que d’en venger les mécomptes.
Dans la jeunesse, on sent plus vivement l’affection que la haine; c’est le contraire dans l’âge mûr.
La vengeance est la haine eu action, ou une satisfaction donnée aux préjugés du monde.
i Voir le livre 111, ch J pitre iv, section ni, § 2, deuxième catégorie, page 249.
Quand la résistance a provoqué la haine, une soumission la change en mépris, clans une âme vaine ; en bienveillance, ou même en affection, dans une âme généreuse.
Le respect humain conseille la haine; le respect de Dieu commande le pardon.
La haine est une souffrance : pour en guérir, il suilirail de bien comprendre l'amour de soi; mais pour s’en préserver, il faut penser à Dieu.
SECTION lit.