CHAPITRE X
Dans les premiers temps du mariage, la plupart des époux montrent tant d’ardeur, qu'ils semblent vouloir en finir surle-champ avec l’amour.
Critiquer sa femme devant le monde, c’est le mettre entre elle et soi. La louer, c’est lever le voile qui doit protéger sa modestie et sa pudeur. Mais prouver, par ses soins, (pion l’aime et la respecte, c’est l’entourer d’une barrière qui la retiendra et que peu d’hommes oseront franchir.
Une femme n’aime ni un mari oisif, ni un mari trop occupé. Le premier la gène, s’il est toujours présent; l’inquiète, s’il s’absente. Le second blesse souvent son cœur ou son amour-propre; car il a toujours l’air de lui préférer ses affaires ou ses devoirs.
On excuse les mariages de raison, quand on sait combien il est difficile de trouver un amour qui vaille le sacrifice d’un intérêt. L’amour passe; les convenances* restent; et, chaque jour, on voit mieux que, sans les convenances, le bonheur domestique est toujours en péril.
Dans un mariage de convenance, il ne manque que l'amour; mais l’amour peut venir et, à sou défaut, l’amitié.
Dans un mariage d’amour, il est rare (pie
l’on trouve les
1 Les rapports d’âge, de rang, de fortune, de santé, de caractère, d'humeur, de bonté, d’esprit, d’éducation, de principes moraux, d’habitudes sociales, etc. Une âme vraiment chrétienne peut en supporter l’absence; mais il ne lui est pas défendu d’être heureuse de les rencontrer.
rapports essentiels. Un regard, un sourire, quelques attraits divinisés par l’imagination, et des désirs impatients enchaînent l’une à l’autre deux personnes qui ne se conviennent pas. Cette union leur cause d’abord une sorte d’ivresse ; mais quand la possession l’a dissipée, que reste-t-il? Un amer repentir, et le désert sans fin d’une vie qu’on avait peuplée des plus douces chimères. Alors on exagère le mal, plus encore qu’on n’avait exagéré le bien; et chacun des époux punit l’autre de son propre aveuglement.
Souvent l’amour qui précède le mariage est une illusion, et l’amour qui le suit est fondé sur l’estime : défions-nous de l’un, ne comptons par trop sur l’autre, et cherchons ailleurs le fondement du bonheur domestique.
La facile morale des gens du monde habitue la jeunesse à croire légères certaines fautes dont sa raison et sa conscience lui démontrent, trop tard, toute la gravité. Si l’on ne plaisantait pas sur les accidents du mariage, il y aurait moins de séducteurs et plus de ménages heureux.
Un homme dont les mœurs n’ont pas été pures, avant sou mariage, parvient difficilement à les réformer. Celui qui a vécu chaste est disposé, soit par ses principes, soit par le calme de son imagination et de ses sens, à rester dans la voie dont il ne s’est point écarté. Les souvenirs d’un temps de licence mettent bien plus en péril la fidélité d’un mari que la subite effervescence des désirs comprimés, et que l’attrait même du changement . N’attendez donc pas que les jeunes gens aient pris, le goût des plaisirs déréglés, pour les faire songer au mariage. Il n’est pas sans danger qu’ils y voient plutôt un frein que la satisfaction d’un penchant légitime.
Un jeune homme libertin sera un mari jaloux.