‹ Étude de l'hommeChapitre 209 sur 235 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Il K S DISTINCTIONS SOCIAI.KS.

Le monde ne renferme pas deux hommes d’une ressemblance complète, et entre lesquels il n’existe encore plus de différences morales que de différences physiques. Tel mérite notre admiration par des qualités presque divines; tel autre, notre pitié par sa stupidité, ou notre indignation par ses vices. Combien de degrés entre ces extrêmes! Mais la Providence, avare de ses dons envers certaines personnes, leur a laissé la possibilité d’y ajouter, par des efforts persévérants, une partie des qualités qui leur manquent. Elle a libéralement doté quelques individus, pour les offrir en exemple à tous les autres, sans cire injuste envers ceux-ci; car l’avantage de ses dons gratuits est surpassé par le mérite des qualités laborieusement acquises.

Chacun doit donc être classé dans le monde, suivant ses vertus, ses talents et les services qu’il a pu rendre à l’humanité. Voilà les véritables supériorités, les seules que la raison et l’intérêt général devraient entourer de respects et d’honneurs. Mais il en est d'autres qui sont plus accessibles aux ambitions vulgaires, et que la multitude recherche avec une infatigable ardeur : ce sont celles qui résultent de la fortune, de la nature des professions privées ou des fonctions publiques, de quelques talents plus agréables qu’utiles et, dans les gouvernements où existe une aristocratie, des titres et des qualifications qui servent à en marquer les rangs.

Les distinctions fondées sur des services réels sont, pour la société qui les accorde,- un noble et facile moyen de montrer sa reconnaissance; et, pour ceux qui les reçoivent, des récompenses d’autant plus flatteuses qu’elles sont moins prodiguées. Celles que l’intrigue arrache, discréditent le pouvoir. Enseignes menteuses, elles attirent des dupes à l’amour-propre, quelquefois à la cupidité.

Le hasard presque seul fait les destinées ; le mérite n’en est qu’une des chances favorables.

Un homme vain jouit de l’étonnement causé par son élévation, un homme fier, de l’étonnement causé par l’infériorité de son rang et de sa fortune.

L’homme n’est grand que par la pensée, noble que par les sentiments, respectable que par les vertus. Si tout à coup les distinctions étaient mesurées sur les qualités, les talents et les services, quel bouleversement !

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