DU MONDE
CE QC'oN ENTEND PAR LE MONDE.
Au milieu des grandes associations qu’on appelle peuples civilisés, l’éducation, les mœurs, les talents et les professions établissent, entre les hommes, d’autres rapports plus étroits. Dans chaque ville, et même dans chaque village, la population se
partage en fractions composées d’éléments souvent fort différents, mais rapprochés par une certaine similitude de goûts, d’intérêts et dépositions. Les deux principales fractions sont la classe occupée de travaux matériels, et la classe habituée aux travaux de l’intelligence. Chacune cherche des jouissances appropriées aux facultés qu’elle exerce le plus. Aucun plaisir n’est complet, s’il n’est partagé; et l’étude même, ce plaisir, en apparence, solitaire, n’est que le commerce des intelligences. Mais c’est surtout le loisir qui rassemble les hommes, et qui crée, au sein de la société générale, les sociétés particulières. Celles-ci, malgré leurs nuances diverses, forment une espèce de fédération qui se nomme un peu orgueilleusement le monde. Leurs fastueuses réunions, dont le but avoué est le plaisir, ne sont souvent préparées que dans un intérêt d’amour-propre ou d’ambition. Quel qu’en soit le motif, la foule y court. Un salon est, pour la plupart des gens du monde, et surtout pour les femmes, un théâtre où l’on peut être, à son gré, acteur ou spectateur, exercer son esprit, se faire admirer, amuser son imagination ou son cœur. Pour beaucoup d’hommes, c’est un cercle où l’on peut rencontrer ses amis, s’abandonner à la passion dù jeu, recueillir et propager des nouvelles, parler sérieusement des choses frivoles, légèrement des choses graves. Pour quelques esprits curieux, c’est une école de mœurs, où l’on apprend beaucoup, quand on sait observer. Nommer, malgré leurs masques, toutes les passions, toutes les prétentions et tous les intérêts, c’est connaître le monde.
L’homme du monde est celui qui l’aime, lui plaît, lui prodigue son temps, et voit, dans l’observation de certaines convenances, son principal devoir, et presque sa morale.
La femme du monde ne diffère de lui que par une plus vive ardeur au plaisir, et une plus grande insouciance sur ses devoirs de famille.
Un homme du monde, parvenu à l’âge mùr, est souvent embarrassé de son rôle futile, et voudrait le quitter. Plus une femme a vieilli dans le monde, moins elle peut s’en détacher ; cl souvent elle meurt occupée de sa parure.