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CHAPITRE XV. 3i

Les qualités du cœur et les vertus font la sécurité des rapports sociaux : certaines formes extérieures ajoutent à la sincérité de ces rapports une grâce qui en double le prix, ou donnent à la fiction sur laquelle ils reposent, un charme presque égal à celui de la réalité. Ces formes ont, dans la vie sociale, une importance qui les rend dignes d'une étude attentive.

Avec la conscience la plus scrupuleuse et les convictions les plus fortes, l'homme qui agit sous le regard du monde, en reçoit souvent une fâcheuse influence, s’il oublie qu’il agit aussi sous les regards de Dieu.

Une piété profonde, une haute intelligence, ou l’habitude de la douleur peuvent seules inspirer à l’homme qui vit au milieu du monde, le courage d’en dédaigner les préjugés, et de prendre pour guides sa raison et son cœur.

Se vouer au monde, c’est se vouer au plaisir, à la vanité, à l’égoïsme; se vouer à la vie intime, c’est s’exposer à prendre l’habitude de la personnalité, et à ressentir trop douloureusement la perte inévitable d’un bonheur devenu nécessaire. 11 est, pour chacun, un milieu que la raison enseigne.

Les liaisons intimes entre jeunes gens ne sont trop souvent que des espèces d’associations où chacun apporte, pour contingent, ses vices; et obtient, pour profit, une large part dans les vices des autres.

Le monde est une dangereuse école : il n'aime et n’enseigne

que ce qui l’amuse. Une aspérité de caractère lui semble plus à craindre que l’absence de toutes les qualités de l’àme. C’est peu, pour lui, qu’on soit bon, généreux, dévoué, si l’on n’est, en môme temps, gai, tolérant et d’une humeur facile. L’homme sans principes est ordinairement celui qu’il accueille le mieux, parce qu’il n’est pas forcé de se gêner avec lui. Quand l’écorce est polie, il ne s’inquiète guère si le cœur est gâté.

Dans les relations du monde, on fait preuve de bon sens, en aimant mieux être le plus jeune parmi les gens âgés, que le plus âgé parmi les jeunes gens. Avec les uns, un jeune homme s’instruit, acquiert de l’expérience, et mûrit sa raison ; avec les autres, un vieillard oublie souvent sa dignité, et s’expose au ridicule.

Le monde s’offense des propos libres d’un jeune homme étourdi, dominé par ses sens ; et il tolère ceux d’un vieillard qui devrait être sage et réservé. Il voit, dans les uns, un manque de respect, une précoce témérité qu’il craindrait d’encourager par son indifférence; et, dans les autres, un simple oubli de dignité qui le met à son aise, une plaisanterie sans conséquence, et le contraste piquant de la vieillesse et de la gaieté. Avec plus de réflexion, il comprendrait qu’au fond, les paroles inconsidérées du jeune homme laissent rarement une impression durable; tandis que celles du vieillard, en faisant supposer de mauvais principes, peuvent devenir de dangereux exemples.

Un homme qui passe, dans le monde, pour observateur, cause de la défiance et se fait éviter. II y a tant de bounes actions dont on ne voudrait pas laisser voir les motifs!

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