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CHAPITRE XV

Contredire, c’est parler : bien des hommes se bornent à contredire, pour n’être pas muets.

Quelques personnes savent donner une apparence d’esprit aux propos les plus communs. Geste, son de voix, regard, jeu de physionomie, tout, chez elles, semble dire plus.que leurs paroles. Comment n’y supposerait-on pas beaucoup de finesse, quand on voit tant de satisfaction dans celui qui les prononce? Chacun alors en trouve une interprétation, mais la garde pour soi, dans la crainte de n’avoir pas saisi le véritable trait ; puis on applaudit. 11 y a cependant des esprits indociles qui veulent comprendre, avant déjuger; qui n’approuvent rien de douteux; et qui ne sont pas toujours d’accord avec la foule : esprits dangereux qui se permettent d’avoir souvent raison.

L’assurance, dans un homme d’esprit, naît du sentiment intime de sa supériorité relative. Tel se montre plein de chaleur et de verve dans un cercle, qui est réservé et presque timide dans un autre.

Ne parlez point des détails de votre profession, à moins que ce ne soit pour répondre aux questions qui vous sont adressées; mais encouragez chacun à parler de la sienne. C’est le moyen de profiter beaucoup et de n’ennuyer jamais.

DK I,’ HOMME SOCIAL.

DU JF.U.

Ou comprend la passion du jeu, quand on songe qu'il est une image réduite de la vie, et, comme la vie, une lutte contre l’inconnu. La politique, la guerre, le commerce, et toutes les professions sont des parties compliquées où un peu d’habileté, joint à beaucoup de hasard, et plus souvent le hasard seul détermine le succès. Mais on peut l’attendre longtemps, quitter même la vie sans l’avoir obtenu ; tandis que le résultat du jeu se règle à chaque coup, et sur-le-champ. Désir, crainte, espérance, perte ou gain, le jeu renferme tout dans un moment, et peut tout renouveler, avec des chances sur lesquelles il est permis à chacun de compter. Le joueur malheureux ne voit pas de raison pour croire qu'il le sera toujours ; le joueur heureux, pour cesser de l’ètre. L’acharnement au jeu est excité par deux passions insatiables : l’amour-propre et l’intérêt. De là ces assauts terribles dans lesquels succombent quelquefois la fortune, la conscience et l’honneur.

Le jeu peut être une distraction utile : la passion seule en fait un danger. Une personne qui l’a prise ne voit plus, dans les réunions du monde, qu’une occasion de jouer. Toutes scs qualités sont, dès lors, perdues pour la société; et l'homme d’esprit ne fait rien de plus, pour elle, que le sot.

La passion du jeu est incompatible avec l’esprit d’ordre et l’économie. Je me trompe : le joueur est souvent économe du pain qu’il donne à ses enfants.

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