MORAL
Toutes les passions et tous les sentiments qui tendent à concentrer l’homme dans son propre intérêt, quoique fondés sur des penchants naturels et légitimes, deviennent, par excès, des défauts ou des vices. C’est ainsi que l’amour, inquiété dans ses désirs de préférence et de possession exclusive, peut inspirer de la jalousie et de la haine ; que l'instinct de la conservai ion et Je besoin du bien-être peuvent éveiller la peur, la sensualilé, ou l’égoïsme ; que le goût de l’indépendance, gêné par des obsla clés, fait éclater la colère; que le penchant au repos produit l’horreur du travail et une coupable inertie.
Quant aux passions et aux sentiments inspirés par des motifs moins personnels, ils ne peuvent être appréciés qu’en raison de leur but. Si ce but est bon, comme dans un ardent amour pour le bien ou pour la vérité, ils sont louables; s’il est mauvais, comme dans l’envie ou la haine, ils sont blâmables. Ajoutons que l’amitié, la reconnaissance, le dévouement, ordinairement si féconds en heureux effets, peuvent eux -mêmes être pervertis par leur objet. Plus d’une fois, un bon cœur, abusé par un instinct généreux, a suivi, dans la voie du crime, l’ami ou le bienfaiteur qu’il n’en avait pu détourner.