CHAPITRE IV
gucr toutes, et d’en marquer les gradations. On a meme quelque peine à déterminer, avec précision, les plus tranchées, telles que le délice, la volupté, l'ivresse.
Le délice est le plaisir raffiné et pénétrant qu’éprouve une organisation sensuelle dans la tranquille satisfaction d’un goût tout matériel, tel que celui de la bonne chère.
La volupté est une sensation douce et énervante, une molle langueur que les plaisirs de l'amour causent aux personnes douées d’organes délicats, et dominées par leurs sens. La volupté devient, avec l’hahilude et l’expérience, un raffinement «le sensualité et l’art du vice élégant. L’àme qui s’y abandonne perd bientôt le sentiment moral, et présente trop souvent le spectacle d’une honteuse dégradation.
L'ivresse est le plaisir des sens porté jusqu'à une sorte de délire qui suspend l’empire delà raison.
Le plaisir physique, variable et fugitif comme la cause qui le produit, ne peut constituer le bonheur, c’est-à-dire l’harmonie et le bien-être permanents de Lame et des sens. L’étal qui paraît en approcher le plus est la douce sécurité de deux cœurs tendrement unis par un amour vertueux.
Aucune des jouissances matérielles ne donne tout ce qu’elle semble promettre; tandis qu’on trouve, dans celles de l’intelligence, toujours plus qu’elles n’ont fait espérer.
La continuité des plaisirs crée une habitude, «pii a le double inconvénient d’émousser le goût et de rendre insupportable cette existence douce et traïupiille, dans laquelle la raison sait trouver le bonheur.
Les âmes faillies éprouvent «les désirs impatients qui s’éfeic lient quelquefois avant la possession. Les âmes fortes sont moins pétulantes et moins capricieuses : elles savent attendre et goAterle plaisir. Les unes mettent toute leur énergie dans le désir, les autres dans la jouissance.
lin rayon de ltoulieur, ou seulement de plaisir, amollit les âmes compatissantes et endurcit les âmes égoïstes, comme un rayon de soleil fait fondre le miel et dessèche la boue.
g II. — De la ilnnlcur physique.
1* Connu e ni noire corps en est a/feclf; com ment chacun des deux sexes la
supporte.
La douleur physique est la sensation produite par l'altération de quelque partie de notre corps, ou même par un simple trouble de nos fonctions organiques.
Tous les êtres animés doivent fclaloment passer par la douleur physique, puisque c’est le chemin de la mort.
L’homme peut affronter la douleur physique, la chercher même, quand son intérêt ou sa gloire l’exige. La femme ne s’y expose que par nécessité, par devoir, ou pour satisfaire un besoin de son cœur.
La continuité des souffrances a bientôt lassé la patience de l’homme. La femme endure des maux cruels et incurables avec une admirable résignation.
Quand l’homme, vaincu par la douleur, murmure, se désespère, la femme cherche autour d’elle un regard d’amour, et demande au ciel un regard de bonté.
Ce contraste frappant est la conséquence inévitable du rôle que chacun des deux sexes a reçu du Créateur. L’Iiomme, fait pour agir, pour commander, pour briser les obstacles, s’indigne ih* son impuissance contre la douleur; la femme, être passif.
subordonné et souvent immolé, sait que la soumission est la loi de sa nature et la subit.
2* Lu douleur physique peu ! être le remède des maux de l'iime.
L’habitude des jouissances physiques émousse la sensibilité, énerve l’âme, engourdit l’esprit, mène de l’égoïsme à la dureté, et produit, avec le dégoût des biens que l’on possède, une espèce de paralysie morale qui finit quelquefois par rendre la vie insupportable. La douleur physique, en réveillant la sensibilité, peut devenir le remède de ce mal dangereux. Elle fait une utile diversion aux peines de l’âme. Quand le corps souffre, l’Ame est forcée de s’occuper de lui.
Les maux physiques, en accoutumant l’homme à se priver des plaisirs de la vie, affermissent sa raison et lui donnent souvent une énergie qu'il n’eût point trouvée dans un état heureux. Le plaisir le corrompt; la douleur le purifie.
Si nos douleurs ou nos joies conservaient toujours leur première vivacité, le corps et l’àmc n’y résisteraient pas. Mais la mobilité de nos sentiments protège notre faiblesse. Ce qui passe vite pèse peu, et ne creuse pas de traces destructives.
La douleur est un avertissement que le ciel donne à l’homme, pour lui rappeler les dangers et le but de son voyage sur la terre.