CHAPITRE IV
nés, quand elle en découvre de plus grandes : c'est le temps de l’enthousiasme et du dévouement. L’àge mûr n'accorde sa pitié qu’avec réflexion, et sans jamais faire abstraction de ses propres peines. La vieillesse a trop usé sa sensibilité et amassé trop de souvenirs ou de sujets de douleur pour être vivement émue des maux qui ne l’atteignent pas. On évitera bien des mécomptes en ne demandant à chaque âge que ce qu’il peut donner.
tiE l'égoïsme.
L’égoïsme est une personnalité odieuse que l'expérience et la volonté ont érigée en système, et qui s’attache principalement à la satisfaction des besoins physiques. L’homme dominé par l’égoïsme se place au-dessus du reste du monde, et devient, à ses propres yeux, un centre vers lequel doivent graviter tous les êtres de la création.
L’égoïsme déchaîne toutes les passions dangereuses, tous les vices, et les lance à la poursuite des plaisirs qu’il convoite. Il est souvent, dans un même individu, la souche de deux rejetons fort dissemblables, l’avaria* envers autrui et la prodigalité pour soi. Un égoïste sacrifie sa fortune à un caprice, et ne se croit jamais assez riche pour offrir le moindre secours au malheur.
Le premier but de l’éducation morale doit être de modérer l’amour de soi-même et de l’empêcher de dégénérer en égoïsme.
L’égoïsme est une plante qui pousse si naturcllcmeul dans le cœur humain, que plus il est inculte, plus elle y puise de force.
5tt DE . L’HOMME SENSITIF.
La passion, comme la froideur, repousse tout ce qui pourrait la distraire, et n’est, le plus souvent, qu’une variété de l'égoïsme.
Sauvez un égoïste de la flamme, des Ilots, de la ruine, du déshonneur, il se souviendra toujours d’une chose, c’est qu’il a couru un grand danger.
L’égoïsme est, de tous les sentiments, le moins sujet à l'inconstance, parce qu’il a, dans l’homme meme, sa source et son objet.
L’égoïste n’est pas tout à fait indifférent aux souffrances d’autrui : elles lui font comprendre et savourer le bonheur d’en être exempt.
La légèreté avec laquelle certaines personnes traitent les souffrances d’autrui permettrait de leur supposer un courage au-dessus de toutes les faiblesses humaines. Mais que le moindre nuage passe à leur horizon, et vous les voyez trembler, connue si déjà elles étaient menacées de la foudre. La souf France est un avis à l’égoïste II en profite pour s’occuper plus de lui-méme et moins des autres *.
Une feinte incrédulité sur les maux d’autrui est une ruse inventée par l’égoïsme pour se dispenser de la pitié.
1 La personnalité peut être corrigée par la soullrance, taudis ipte I égoïsme en reçoit une l'orcc nouvelle.
Cil A ['11'» K IV.
L’égoïste a |hîu de fierté : il redoute [dus nue privation qu'un bienfait humiliant.
La gaieté semble un effet naturel de l’harmonie des organes, des désirs modérés des sens, d’une heureuse expansion de l’Ame et de la vivacité de l'esprit. Pour être toujours gai, il laut être content de sa situation, et un peu indifférent à celle des autres. Si le regard pénètre à travers cette limpidité brillante qui plaît tant dans la gaieté, toujours il y aperçoit un petit nuage d’égoïsme.
Le premier mouvement d’un cœur généreux est d'accorder : il ne refuse que par devoir. L’égoïste est d'abord disposé au refus : s'il accorde, c'est par calcul.
Un homme [lersonnel rend volontiers tous services qui ne lui coûtent rien; un égoïste, tous services dont il est sûr de tirer un profit.
Il n’y a, dans l’avenir de l’homme, qu’un événement dont il ne puisse douter : c’est la mort. Cette pensée devrait toujours le disposer à l’abnégation; et cependant le plus souvent elle le mène à l’égoïsme. La vie lui parait trop courte pour en sacrifier une partie à l’intérêt d’autrui.
La prodigalité n’est qu’un égoïsme capricieux et imprévoyant. La véritable générosité est toujours économe, parce qu’elle estime la richesse en raison du bien qu'elle donne le moyen de faire.
Ne mettez en commun, avec un égoïste, que le> choses dont vous serez décidé à lui faire un complet abandon.
L’égoïste aime les cœurs modestes et dévoués, comme le milan aime sa proie.
Si l’égoïste éprouve un regret quand sou pied vous écrase, c’est d etre dérangé dans sa marche.
UK l'aVAKICE.
L’avarice est un amour insensé, un désir insatiable des richesses. C'est une sorte d’égoïsme aveugle qui s’est concentré dans une monomanie.
Mais l’égoïste, parcimonieux à l 'égard d’autrui, est prodigue pour lui-même ; et l’avare, plu» équitable que l'égoïste, s’abstient de toutes les jouissances dont il prive les autres. Toutefois, son sacrifice n’est qu’apparent; car il lui sert à accroître sa richesse, et sa richesse suffit à son bonheur. L’avare goiïte, eu imagination, tous les plaisirs qu’il est le maître de se procurer : mais, content de la faculté, il évite avec effroi la jouissance réelle qui pourrait la restreindre. La possession de l’or enivre son âme et fait taire tous ses sens. Il commence par aimer l'or pour s’enrichir, et il finit par aimer l’or pour l’or même.
On ne doit pas confondre avec l’avarice la prudence excessive d’une âme dominée par le souvenir du malheur et par la crainte de l’avenir.
L’avare, habitué aux calculs rigoureux et toujours prêt à invoquer son droit, conserve quelquefois une sorte de probité arithmétique, tout en foulant aux pieds celle qui puise ses
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inspira lions dans une équité loyale el bienveillante. Il lient à payer un centime qu'il doit, mais il ne donnerait pas un centime pour soulager une infortune. Un avare ne s’attache qu’aux personnes ou aux choses qui peuvent l’aider à grossir son trésor ; et les malheureux sont, pour lui, des ennemis qui conspirent sa ruine. L’avarice étouffe la pitié , ossifie le cœur, subjugue l’amour-propre, rétrécit l’intelligence, et finit par absorber l’àme tout entière. Celte étrange passion pervertit, à un tel point les penchants naturels , qu’elle détruit, dans l'homme, l’instinct de la conservation, et qu’elle lui lait trouver un atroce contentement à mourir de misère à côté de son trésor.
L’avarice est la plus aveugle des passions ; car c’est la seule qui n’ait pas la conscience d’elle-mème. L’avare n’est jamais, à ses propres yeux, qu'ami de l’ordre, prévoyant, économe.
L’avare estime quelquefois la vertu comme un moyen d’économie; mais il préfère le vice qui enrichit.
Il faut que la richesse soit bien attrayante; car plus on en possède, plus on eu veut avoir, et plus ou eu a joui, moins ou peut s’en passer.
On conçoit que le pauvre rende une espèce de culte à la fortune : elle donne toutes les choses dont la privation le fait souffrir. Mais quelle singulière aberration que l’avarice du riche ! 11 possède et il ne jouit pas! Ses trésors sont sa vie; tous ses sentiments sont la crainte de les perdre cl le désir de les augmenter.
de 1/ Homme sknsitie.
UK IA GOURMANDISE.
L’observation prouve que plusieurs défau Us graves if excluent pas quelques qualités éminentes du cœur et de l'esprit. Ainsi le penchant, soit à la colère, soit à la paresse, soit aux plaisirs immodérés des sens, peut se rencontrer avec une certaine élévation de sentiments, avec la bonté, avec la générosité, et même avec une belle intelligence. Mais il est un défaut qui, peu dangereux dans sa mesure commune , semble , dans ses excès, absorber l’âme au prolit des sens; qui ctoulîe les qualités morales; qui détruit la sensibilité du cœur et la délicatesse ries sentiments; qui rabaisse l’intelligence, sans exclure toutefois la tinesse ni l’originalité de l’esprit; qui constitue tout un caractère composé d’égoïsme et de grossière sensualité : et ce défaut est la gourmandise.
DU l'LAlSIR ET DE LA DOULEUR PHYSIQUES.
I. homme sensuel ne cherche que des jouissances physiques. Mais plus il met d’ardeur à les poursuivre, plus il s’expose à rencontrer la douleur. Ses déceptions se répètent chaque jour, sans lui donner plus de prudence.
g J. •— Du plaisir physique.
Toute impression qui flatte nos sens est un plaisir. Elle répoud à un besoin , ou satisfait accidentellement un goût, comme lorsqu’un son mélodieux, lorsqu'un parfum suave arrivent inopinément à notre ouïe ou à notre odorat. Le plaisir physique a des nuances infinies. U est impossible de les dislin-