CHAPITRE V
perfection. Si nous acceptons celles que l’art grec nous offre, nous aurons de la beauté une opinion pleine dégoût et île sentiment; mais nous ne connaîtrons pas davantage le type arrêté dans la pensée du Créateur. Malgré notre admiration pour l’Apollon du Belvédère, pour la Vénus de Médicis, pour la Vénus de Milo, nous concevons qu'on pourrait en modifier un peu quelques parties, sans en détruire le merveilleux ensemble. L’idée que nous avons de la beauté est donc un jugement fondé sur une impression agréable, un jugement presque aussi incertain et aussi capricieux que le sentiment du plaisir.
La beauté, telle que nous la comprenons, en général, est l’image sensible des perfections idéales dont la réunion s'assimile le mieux aux rêves de notre àme , et lui promet les plus vives satisfactions.
Qu’il nous soit démontré, au contraire, que la beauté a un type invariable, et nous aimerons sans doute à en retrouver les caractères ; mais, en les reconnaissant, notre imagination restera muette, et notre cœur, glacé. Si l’exactitude d’une ligure géométrique peut contenter notre esprit, il faut un objet conforme à nos secrets désirs et à nos goûts pour nous attirer, pour nous inspirer un sentiment.
Dans la femme, la beauté est une harmonieuse combinaison de formes élégantes et pures, de contours délicatement arrondis, de coloris frais et brillant, de souplesse gracieuse, de vivacité contenue et de modeste abandon. Mais tous ces charmes, qui exercent sur nos sens un empire si puissant, louchent bien peu notre àme, quand elle n’est pas avertie, par l’expression du visage, qu’une autre àme est prête à lui répondre. La pensée et le sentiment complètent la femme, et la mettent en rapport avec notre double nature.
La beauté semble illuminer tout ce qui l’entoure. Elle éblouit et fascine. L’œil qui la découvre ne peut s’en détourner; et l’âme est attirée vers elle, comme vers un élément essentiel de la félicité. La beauté de la femme, source de corruption sans la vertu, est, avec la vertu, la plus ravissante image de la perfection humaine.
UK 1/ 110 MM R SENSITIF.
La nature, tout en faisant de la beauté le principal attrait des sexes, a mis dans les proportions et les mouvements du corps humain, dans la forme et l’expression du visage, autant de variété qu’il en existe dans les sentiments et dans les goûts. Aussi les êtres les plus disgraciés trouvent-ils presque tous des âmes qui semblent leur être prédestinées, et qui les supportent sans répugnance.
La possession et l'habitude ôtent des défauts à la laideur et des attraits à la lveauté.
Une femme nous semble toujours un peu moins jolie quand nous avons entendu contester sa beauté.
Les grâces et la beauté d’une femme transforment, à nos yeux, en qualités charmantes, la plupart des travers de son esprit et des vices de son cœur. La laideur, au contraire, donne à ses moindres défauts un caractère odieux et repoussant. Combien il faut de bonté à celle qui est jolie, pour en conserver un peu, et à celle qui est laide, pour que nous songions à lui en reconnaître!
Les préventions que la laideur ou la l*eauté d’une femme inspire aux autres femmes sont tout à fait opposées.
La femme la plus modeste pour sa vertu souffre volontiers qu’on admire sa beauté ou son esprit. Elle a sa vertu pour elle, sa beauté et son esprit pour l’agrément des antres.