CHAPITRE V
Le pins grand bonheur d’une femme vertueuse devrait être de se sentir à l’abri de tout danger; et répondant en est- il une qui voudrait acheter cet avantage au prix de sa beauté?
Il est des femmes qui n’attirent pas le regard, mais qui le captivent, dès qu’il s’est porté sur elles. On éprouve du plaisir à les voir, sans pouvoir d’abord s’en bien expliquer la cause. Est-ce la correction de leurs traits, la fraîcheur de leur teint, la vivacité de leurs yeux, la piquante expression de leur bouche, ou l'élégance de leur taille'? Non. Elles ne possèdent rien de ce qui séduit à la première vue; mais, en les examinant, on leur trouve une physionomie franche qui inspire la confiance, un air de bienveillance qui annonce la bonté, une candeur et une pudeur naturelles qui font croire à leur vertu. Plus on les étudie, plus on découvre de charmes dans leur esprit, d’amabilité dans leur caractère et de grâce dans toute leur personne. Il semble que la nature ait voulu protéger, par un voile, ce rare et précieux trésor. L’homme qui l’a découvert en garde un profond souvenir. On voit, au contraire, des femmes qui éblouissent au premier aspect : si on les regarde attentivement, le prestige cesse, et bientôt elles déplaisent. Le sentiment le plus durable, et peut-être le plus doux, est celui qu’inspirent quelquefois des femmes sans beauté.