‹ Étude de l'hommeChapitre 81 sur 235 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tout surpris d’enbendre sortir des mois heureux d’une bouche que l’on croyait muette.

La stérilité de l’esprit produit l’ entêtement. Quand on n'a qu’une idée, on y tient.

La stérilité produit aussi la curiosité. Celui qui ne trouve pas en lui-même un aliment suffisant pour sa pensée, va quelquefois le chercher dans les secrets d’autrui.

Avec peu d’esprit, on imite; et l’on prend, en chaque chose, ce qui frappe le plus, l’exagération, par conséquent le ridicule.

S V. — Imprévoyance.

Ou voit des esprits circonspects qui, dans les grandes entreprises, ne trouvent de difficultés qu’avant l’exécution, et des esprits téméraires qui n’aperçoivent les obstacles qu’au moment où il faut les surmonter. Les uns pèchent quelquefois par un excès de prévoyance, et les autres, toujours par l’excès contraire. Un succès, pour les premiers, est un motif de craindre des revers, et, pour les derniers, de les croire impossibles.

Alléguer son imprévoyance pour excuser ses fautes, c’est laisser un triste rôle à son intelligence.

Plus on a besoin de conseils, moins on les supporte. La présomption donne la mesure de l’imprévoyance.

On dépense, sauvent en vain, pour réparer le mal, beaucoup plus de courage, de patience et d’habileté. qu’il n’en aurait fallu pour le prévenir.

Qu’un homme, sachant vivre de peu, ne tienne pas à l’argent, on le conçoit; mais qu’un homme, esclave de sa sensualité, et incapable de se créer aucune ressource légitime, dissipe tout ce qu’il a, et même ce qu'il n’a pas, c’est ce qui n’est pas rare, et ce qui révolte toute âme droite et tout esprit sensé.

Où les esprits légers 11e voient qu’un accident, les esprits réfléchis voient la conséquence d’une loi.

Il y a déraison égale à voir des dangers partout, et à n’en voir nulle part. Une prévoyance excessive use inutilement nos for ces; l’imprévoyance nous livre désarmés.

g VI. — Sottise.

La sottise est le défaut d’esprit et la prétention d’en montrer. C’est une impuissance présomptueuse. Un sot se croit propre à tout, et s’étonne du moindre doute sur son mérite. Qu’une faute évidente, ou qu’un éclair de bon sens lui fasse entrevoir son incapacité, il ferme les yeux et garde sou assurance. Toujours empressé de se mettre en scène, il appelle l'attention par son maintien, son air satisfait, les promesses de son regard. Il semble dire : « Mon extérieur doit vous charmer... mais attendez mon esprit! » Si, eu effet, il trompe quelquefois par son extérieur, heureusement il parle.

Un sot fait arme de tout ; mais il se blesse lui-même en vou

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