‹ Étude de l'hommeChapitre 80 sur 235 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lia paresse finit par rouiller les ressorts de l'esprit, el par lui donner l’immobilité de la bêtise.

Le repos du corps n'est pas plus l’oisivelé que l’agitation n’est le travail. Le travail est la pensée ou l’action dirigée vers un but.

g 11. — Obscurité de l'esprit, irrésolution.

Les esprits obscurs voient et rendent tout d’une manière confuse. Les objets leur paraissent enveloppés d’un brouillard. 11 est aussi des esprits clairs j>our eux-mêmes, qui ne le sont pas pour autrui. Soit que la timidité les trouble, soit qu’ils ignorent le mot propre, soit que leur vivacité les emporte, ils n’indiquent ni le point de départ, ni le lien, ni le but de leurs idées, et en font de véritables énigmes. Ils ont la lumière, et ne la montrent pas : ce sont des lanternes sourdes.

Dans les perplexités de la vie, un esprit obscur, comme le voyageur égaré dans la nuit, voudrait chercher sa roule; mais, retenu par l’incertitude ou la peur, il ne peut faire un pas. 11 craint des dangers imaginaires, et souvent son immobilité l'expose à des dangers réels.

L’irrésolution est l’embarras d’un esprit obscur ét vacillant qui veut aller sans savoir où, qui cherche sans savoir quoi.

g lit. — Esprit faut.

Un homme a l’esprit faux quand scs jugements se forment moins d’après la nature, la valeur réelle et les rapports réciproques des choses, que d’après ses goûts, ses désirs et ses premières impressions. C’est ainsi que le voluptueux n’estime que les plaisirs des sens; l’homme vain, que le faste; l’avare, que la richesse; l’ambitieux, que le pouvoir. Toute passion, corn nu

un verre de couleur, fai ( voir les objets avec la teinte qui la distingue.

Un esprit faux est une vue qui trompe, une vue affectée de quelque vice organique. La distraction ou l’inexpérience, la précipitation ou la lenteur peuvent nuire à l’exactitude des perceptions de l’esprit ou des yeux; mais, si la cause accidentelle de leurs illusions vient à cesser, ils reprennent aussitôt leur sûreté, leur justesse. Un esprit faux reste toujours faux. Quand il tombe juste, c’est par hasard.

Les personnes qui ont l’esprit faux ont l’avantage de dire et de faire beaucoup de sottises avec une parfaite sécurité. Arrive-t-il un événement qui devrait les éclairer, c’est pour elles une exception; et leur confiance en elles-mêmes n’en reçoit pas la moindre atteinte.

Moins ou croit sa pensée contestable, plus on veut l’exprimer avec calme et simplicité. La violence du langage indique d’ordinaire le besoin de se tromper soi-même ou de tromper les autres.

Un esprit faux peut raisonner très-logiquement. Il voit mal, mais il argumente bien. Si vous admettez ses propositions, vous serez forcé d’en admettre les conséquences. Niez le principe, ou vous serez irrésistiblement entraîné dans l’erreur.

g IV. — Stérilité de l'esprit.

La taciturnilé qui n’a pour cause ni l’habitude de l’observation, ni l’abattement d’une âme fatiguée, peut être attribuée à la stérilité de l’imagination ou à l’indolence de l’esprit : mais elle n’exclut ni le bon sens ni la finesse; et l’on est quelquefois

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