DE L'IMAGINATION
L’imagination est la faculté de concevoir et de traduire en images sensibles des idées abstraites; mais, le plus ordinairement, elle n’est, dans son essor sans but, que la fantaisie ou le rêve de l’intelligence. Quand la raison cesse de voir, l’imagination prend sa place et croit voir encore. L’une ne s’attache qu’au vrai, l’autre se contente de l’apparence. Souvent l’imagination, comme un prisme mobile, reflète et transpose si rapidement toutes les nuances des sentiments et des pensées, qu’elle ne laisse pas à la raison le temps de les saisir, ni d’y faire un choix. L’imagination sans le jugement est le premier degré de la folie; mais, contenue par le bon sens et le bon goût, c’est la raison féconde.
Avec l’imagination seule, on est souvent bizarre, parfois spirituel, rarement sensé. Avec une intelligence calme et mesurée, on voit tout ce que l’œil peut facilement atteindre; mais on ne franchit guère la distance du connu à l’inconnu. On est
sage, on est logique, mais on n’invente pas. Toutes les découvertes de l’esprit humain sont dues à l’imagination guidée par le jugement.
Le cœur, connue l'intelligence, se laisse souvent entraîner par l’imagination. Quand il obéit à ce guide fantasque, il ne se complaît que dans les illusions, et rien de ce qui est vrai ne peut le satisfaire. Mais c’est surtout pour les cœurs gendres et faibles que l’imagination est un danger. Elle leur suggère le fol espoir de trouver toujours dans autrui des sentiments sublimes, des perfections idéales; et, par dé continuelles déceptions, elle les fait passer de l’enthousiasme à la froideur, de l’amour à l’indifférence, pour les ramener bientôt peut-être à leurs premiers sentiments, et ensuite les leur faire abjurer encore. La mobilité de l’imagination est la principale cause de l’inconstance.
Que l’intelligence et le cœur aient l’imagination pour auxiliaire, jamais pour souveraine.
C’est un malheur, pour un écrivain ou un artiste, d’avoir plus de goôl que d'imagination; car alors il se consume en efforts sans proportion avec l’importance du résultat qu’il peut obtenir.
Les pensées qui frappent le plus notre imagination sont peut-être celles dont l'éclat et le vague rappellent ces nuages éblouissants à travers lesquels le soleil rayonne '.
* Exemples :
1" « L’univers est une sphère infinie dont le centre est partout, cl la circonférence, nulle part. » (Pascal. )
2" « Songez que, du liant de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent. » (Napoléon I".)
Te « l.es grandes pensées viennent du cœur. » (Vauvenargues.)
i“ ... « Depuis trois mille ans, Homère respecté
Ksi jeune encor île gloire et <l 'immortalité. »